LE POLYTHÉISME ET DU MONOTHÉISME
théisme juif n'est assurément pas sorti d'une profonde observation de la nature, et aussi peu de la spéculation philosophique. Car, avant l'impulsion que plus tard ils reçurent des Grecs, au moins dans le sens philosophique, les Juifs ne spéculaient pas. Ceux-ci nous en fournissent la preuve (confirmée plus tard par l'islamisme), le monothéisme est à l'origine la religion d'une horde. Comme sa constitution sociale, les besoins d'un tel amas nomade sont très-simples; et même, comme on doit le supposer ici à l'origine, s'il avait reconnu dès l'abord différents fétiches, démons ou divinités, tous disparaissent au milieu des combats, le jour où la horde se condense pour la lutte civile ou pour la guerre contre des tribus et des peuples déjà organisés. Ce fut ce qui arriva aux Israélites faisant irruption dans le pays de Chanaan. Comme c'était un sentiment unique, celui de sa bravoure, qui animait la horde, qui la soutenait dans les combats, qui lui donnait l'espoir de la victoire, et dans la défaite même lui promettait la prépondérance future, de même c'était un seul Dieu qu'elle servait, dont elle attendait tout, ou plutôt ce Dieu, c'était ce sentiment de sa valeur divinisé. Sans doute, avec ce Dieu unique de la horde rivalisaient les dieux des hordes ou des peuples voisins, sans doute les dieux de Chanaan rivalisaient avec le Dieu d'Israël; mais comme les plus faibles, les plus mauvais, destinés à être vaincus par ce dernier, comme des dieux faux, des dieux impuissants, qui disparaîtraient dans le néant pour faire place au seul vrai Dieu.
C'est un ancien préjugé qui a son origine dans le judaïsme chrétien de considérer, en face du polythéisme,
Ô2 AVONS-NOUS ENCORE UNE REUGipN?
le monothéiime ©omittê étant en soi la forme supérieure de la l'êligion. Il y a un monothéisme qui est au-dessus du polythéisme ; mais il y en a aussi un pour qui c'est tout le contraire. Proposer aux Grecs, depuis le siècle d'Homère jusqu'à celui d'Eschyle, d'échanger leur pléiade des dieux de l'Olympe contre le Dieu unique du Sinaï, c'eût été leur demander d'abandonner leur vie si belle, si riche, vie qui étendait partout ses rameaux chargés de fleurs, pour la pauvreté et l'existence si restreinte des Juifs. Dans ses Dieux de la Grèce, Schiller éleva la plainte contre l'appauvrissement de la vie par la victoire du monothéisme, et cependant le Dieu à qui il avait affaire était bien loin de ressembler au Dieu juif.
Par un de ses côtés cependant, le monothéisme possède une supériorité qui contient pour l'avenir les plus importants résultats. Les dieux multiples, conformément à leur origine, et si haut qu'on les ait élevés dans le domaine moral, restent toujours liés à une force ou à un phénomène de la nature, et conservent ainsi quelque chose do matériel, comme nous l'avons vu par Ie§ dieux grecs. La distinction des sexes chez les dieux du polythéisme en est une preuve. Au contraire, le Dieu unique, par cela même qu'il est unique et que la nature est multiple dans ses phénomènes et ses forces, ce Dieu est élevé au-dessus de la nature. De la part du peuple juif cette élévation ne se fit ^Q^ successivement et pour ainsi dire à regret; ^ais, à la fin, elle s'accomplit d'une façon d'autant plus complète que les races voisines, contre lesquelles il fàlliait combattre, étaient tombéeis plus profondément dans l'adoration de grossiers dieu^ physiques. Les images