‹ L'ancienne et la nouvelle foi: confessionChapitre 68 sur 175 · RÉPONSE A LA QUESTION · texte numérisé non relu

RÉPONSE A LA QUESTION

les écrits d'Arthur Schopenhauer (quoique au lieu de les feuilleter simplement, on ferait mieux de les étudier) pour rencontrer sous différentes formes cette proposition, que le monde est quelque chose qui ne pourrait être meilleur. Ou, comme l'exprime avec plus de finesse l'auteur de la Philosophie de l'inconscient : Dans notre monde tout est aussi bien organisé que possible, bien qu'il soit aussi misérable et plus mauvais que tout autre monde. En conséquence, Schopenhauer trouve la difierence fondamentale de toutes les religions et de toutes les philosophies dans leur optimisme ou leur pessimisme ; et pour lui le point de vue optimiste est exclusivement celui de l'ignorance et de la trivialité, tandis que tous les esprits très-distingués, comme lui, se placent au point de vue pessimiste. En particulier, après une sortie de cette force (il serait meilleur que la vie ne fût pas plus apparue sur la terre que sur la lune, et que sa surface fût restée dure et rigide comme un cristal), Schopenhauer ajoute qu'il lui faut bien reconnaître que sa philosophie n'est pas consolante. Ce qui est certain, si nous devons le prendre dans ce sens, c'est que l'auteur, en émettant de telles propositions, n'avait plus tous ses esprits. Car nous nous trouvons en effet en face de la plus apparente contradiction. Si le monde est ainsi fait qu'il ne pourrait être meilleur, alors la pensée du philosophe, qui forme une portion de ce même monde, est une pensée qui ne pourrait fonctionner plus sainement. Notre pessimiste ne remarque point que, déclarant le monde mauvais, il déclare mauvaise sa pensée elle-même ; mais si une pensée qui déclare le monde mauvais est mauvaise elle-même, c'est que le monde est bon. En général, l'opti-

misme montre peut-être trop de facilité, tandis que les déclarations de Schopenhauer concernant le rôle puissant que jouent dans le monde la douleur et le mal, sont tout à fait à leur place; cependant cette vraie philosophie est nécessairement optimiste, puisqu'elle sape elle-même ce qui constitue sa base.

Ce qui précède n'est qu'une digression. Nous nous étions demandé si notre point de vue, pour lequel un Univers régi par des lois, plein de vie et de raison, est l'idée suprême, si ce point de vue pouvait supporter le nom de religion, et pour cela nous avions ouvert Schopenhauer, qui à toute occasion s'en prend à notre idée. Comme on le sait, de telles sorties font à notre raison l'effet d'absurdités, mais à nos sentiments celui de blasphèmes. Il nous parait téméraire et impie de la part d'un individu isolé de s'opposer aussi hardiment à un Univers, d'où il tire et son origine et la petite parcelle d'intelligence dont il abuse. Nous y voyons un désaveu de ce sentiment de dépendance que nous exigeons de tout homme. Nous demandons pour notre Univers la même piété que le dévot du vieux style demandait pour son Dieu. Notre sentiment pour l'Univers réagit, quand il est blessé, d'une façon toute religieuse. Si après cela on uous demande si définitivement nous avons encore une religion, notre réponse ne sera pas une négation aussi catégorique que dans un cas précédent. Nous dirons seulement : Oui ou non, selon ce qu'on voudra entendre par religion.

Par les développements qui précèdent, nous avons répudié la conception du monde de la vieille religion chrér

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