TRANSITION
tienne; et si tant est que nous restions attachés à la religion , celle-ci repose sur des bases essentiellement différentes de tout ce qu'il est d'usage de considérer comme idée religieuse. C'est pour cela qu'il s'agit maintenant de voir ce que nous avons à mettre à la place devenue vide ; nous nous tournons ainsi vers l'autre côté de notre tâche et nous allons chercher à répondre à cette question :
Dans rexaraen de nos rapports avec la religion, nous sommes finalement arrivés à l'idée de l'Univers. Après que les dieux multiples se furent transformés en un Dieu unique et personnel, ce dernier s'est encore transformé en un Tout impersonnel, mais engendrant des personnes. Et cette même idée forme — selon le point de vue auquel nous nous plaçons — le commencement et la fin de notre conception du monde.
L'on sait que l'expérience nous ofire tout d'abord une diversité d'impressions et, par elles, d'états subjectifs. Du plus loin que nous nous souvenions, il est devenu pour nous comme une seconde nature, produite néanmoins par des conclusions logiques, de nous représenter pour causes de ces impressions des objets extérieurs, et, par conséquent, de nous former l'idée d'un monde qui s'oppose à nous. Dans ce monde nous distinguons les causes suppo-
sées des impressions ressenties, ou les objets extérieurs, de ce côté de notre être par lequel ces impressions sont reçues, c'est-à-dire de notre corporalité, comme nous distinguons dans notre être lui-même les côtés extérieurs, instruments de la perception, du côté qui perçoit réellement, de notre moi.
Il n'est pas besoin de développer longuement ici comment deviennent distinctes les diverses modalités de notre réceptivité; comment nous séparons de plus en plus en groupes les causes objectives de nos impressions, qui se subordonnent les unes aux autres par leurs différences, leurs analogies, leurs constitutions ou leurs formes, jusqu'à ce qu'enfin soit formé ce système si bien coordonné de notre conception actuelle de la nature et du monde. Tout autour de nous, nous allons des phénomènes particuliers, de la base fixe et des forces élémentaires, à la vie végétale et animale, à la vie générale du globe terrestre, de celle-ci à celle de notre système solaire, et toujours ainsi, jusqu'à ce que nous ayons embrassé tout Y Être dans une seule idée. Cette idée c'est l'Univers.
De même que les moindres groupes, d'où nous sommes partis pour nous élever à cette idée suprême, ne sont pas seulement des assemblages d'objets rapprochés par d'apparentes analogies, mais sont liés dans leur intime profondeur par des forces et des lois, de même aussi nous devons concevoir l'Univers, non-seulement comme l'ensemble de tous les phénomènes, mais comme l'ensemble de toutes les forces et de toutes les lois. Que nous le désignions comme la totalité de la matière mue ou des forces mouvantes, des mouvements soumis aux lois ou des lois du