‹ L'ancienne et la nouvelle foi: confessionChapitre 70 sur 175 · LE TOUT · texte numérisé non relu

LE TOUT

mouvement, c'est toujours le même Univers, mais observé sous diflFérentes faces.

Qu'il n y ait qu'un Tout, cela se comprend de soi-même ; et tel parait être le cas pour celui que nous concevons avec son infini, aussi bien endurée qu'en étendue. Le Tout est le tout; par conséque.nt il n'est rien autre chose en dehors de lui, rien, pas même le néant, semble-t-il. De tout temps cependant on a disputé sur l'infini ou le fini du monde. Il était de l'intérêt de la théologie de se déclarer pour la dernière hypothèse, afin que l'infini fût réservé à son Dieu créateur ; la philosophie indépendante, au contraire, inclinait du côté opposé.

L'on se souvient que Kant établit ici ce qu'on nomme une antinomie, c'est-à-dire qu'il soutint avec des arguments d'égale force la thèse et l'antithèse. Il crut trouver la solution de cette contradiction dans l'idée que, par cette tentative de déterminer les conditions d'un domaine placé si loin en dehors de l'expérience, nous dépassions la compétence de notre raison. Il m'a paru, à moi, que cette antinomie permettait et demandait une solution objective. Il y a trente ans je me suis déjà exprimé ainsi dans ma Dogmatique , à propos de la croyance chrétienne sur la fin du monde. « Nous pouvons prouver par la géologie la formation successive de notre terre ; dès lors il suit, avec une nécessité métaphysique, qu'elle doit se dissoudre, puisqu'un être nouveau qui ne serait pas appelé à périr augmenterait la somme d'existence qui compose l'Univers et en détruirait l'infini. L'Univers ne peut être un tout égal à lui-même et absolu que si ses parties constituantes se meuvent dans un perpétuel échange de jeunesse et de

136 COMMENT CONCEVOXS-NOrS LE MOXDE?

sénilité. On ne peut méconnaître qne les corps de notre système solaire nous offrent une gradation entre une maturité moindre et une maturité plus grande, et T immense Tout dans son entier, ressemble à un de ces arbres du midi dont les rameaux donnent naissance à une fleur chaque fois qu'il en tombe un fruit. »

Cela veut dire que nous devons distinguer le monde dans le sens absolu ou l'Univers, et le monde dans le sens relatif, le mot alors comportant un pluriel ; que ce dernier monde, quelle que soit la grandeur de ses parties, a ses limites dans l'espace, son commencement et sa fin dans le temps, tandis que l'Univers s'enchaîne et se déroule sans limites à travers tous les espaces et tous les temps. Nonseulement notre terre, mais notre système solaire tout entier, ne fut pas une seule fois ce qu'il est aujourd'hui, n'a jamais paru sous sa forme actuelle et ne l'aura plus jamais. Il fut un temps où notre terre n'était encore habitée par aucun être intelligent, un temps plus éloigné où elle ne l'était par aucun être vivant, un temps même où elle n'était pas un corps ferme, où elle se confondait avec le soleil et les planètes. Et si nous considérons l'Univers dans son ensemble, jamais on ne le vit n'être pas semblable à lui-même, ne pas contenir des astres divers, de la vie, de l'intelligence. Quand ces attributs n'existaient pas dans une partie du Tout, ils existaient dans une autre partie, et il y en avait une troisième où ils n'étaient plus. Ici c'était la naissance; là, le complet développement; là encore, la fin. L'Univers est un ensemble infini de mondes à tous les degrés de l'accroissement et du déclin, luimémo conservant éternellement la même abondance de

Page 1