LA COSMOGONIE DE KANT
vie absolue dans cette transformation et ce mouvement éternels.
Personne n'a encore, sur ce point, exprimé des pensées plus hautes, sinon plus dégagées de toute obscurité, que Kant dans son Histoire générale et sa Théorie du ciel, datant de Tannée 1755, écrit qui ne m'a jamais paru moins important que sa Critique ultérieure de la raison. Ici il faut admirer la profondeur des aperçus, là, l'étendue du coup-d'œil ; si nous avons ici le vieillard qui ne veut accepter que des connaissances certaines, dussent-elles ainsi être limitées, nous rencontrons là l'homme dans toute l'expansion que donnent les découvertes et les conquêtes de l'esprit. Par le premier de ces écrits il fut le fondateur de la cosmogonie moderne, comme il fut par l'autre le fondateur de la moderne philosophie.
Il appelle le monde « un phénix, qui se consume pour sortir de ses cendres avec une nouvelle vie et une nouvelle jeunesse. » Comme à la mort sur un point de la terre répond la naissance sur un autre point, « ainsi périssent les mondes et les arrangements de mondes , dévorés par l'abîme de l'éternité , quand au contraire la création est en perpétuelle activité dans d'autres contrées célestes (il veut dire dans d'autres parties de l'espace infini) pour édifier de nouvelles formes et compenser les pertes. Quand un système de monde, dans la longue étendue de sa durée,
a épuisé toutes les variations que sa constitution peut comporter, quand il n'est plus qu'un membre superflu dans la chaîne des êtres, alors il n'a rien de mieux à faire que de jouer son dernier rôle dans la scène des transformations incessantes de l'Univers, et, comme il convient à toute chose qui finit, de payer son tribut à la fragilité. L'infini de la création est assez grand pour estimer un monde ou une pléiade de mondes, ce que nous estimons une fleur ou * un insecte, comparés à toute la terre. »
Au reste, comme il a déjà été indiqué, la destruction ne persiste pas. Comme la nature présente s'est déjà élevée du chaos à l'ordre actuel, elle pourrait encore sortir du nouveau chaos que produirait sa destruction. Kant considère celle-ci comme un embrasement qui amènerait une fois de plus l'état d'où s'est formé d'après lui notre système planétaire. « On n'hésitera pas longtemps, dit-il, à admettre celle-ci (la possibilité d'une nouvelle transformation), si l'on songe que le jour où l'épuisement du mouvement de gravitation dans l'ensemble de notre monde, aura précipité toutes les planètes et les comètes sur le soleil, ce dernier aura reçu un immense accroissement de chaleur. Ce feu, puisant dans cette nouvelle nourriture une activité énorme, réduira sans doute toute chose en ses moindres éléments, qu'en raison de la puissance de dilatation de la chaleur, il répandra et dispersera à nouveau dans les lointains espaces occupés par eux avant la première formation de la nature. Après que la violence de ce foyer central aura été amortie par la dissolution presque entière de sa masse, l'union des forces attractives et répulsives ramènera les anciennes générations et les systèmes pri-