‹ L'ancienne et la nouvelle foi: confessionChapitre 72 sur 175 · LA COSMOGONIE DE KANT · texte numérisé non relu

LA COSMOGONIE DE KANT

mitifs des mouvements, et de cet ordre nouveau il sortira un nouveau monde. »

Tout cela ne pourrait être mieux dit; cependant Kant n'est arrivé qu'à la notion de l'alternative infinie des dépérissements et des renaissances, sans atteindre à la notion du Tout infini, toujours égal à lui-même. Le monde lui paraît bien sans bornes dans l'espace, et il a à cet égard les idées les plus hautes. Il emprunta à l'anglais Wright de Durham sa conception de la voie lactée, considérée comme un système d'innombrables étoiles fixes ou soleils groupés sous la forme d'une lentille ; et dans ce qu'on appelait des nébuleuses, il vit des systèmes analogues, qui, en raison de leur immense éloignement, nous paraissent petits et confus. Mais si pour Kant la création n'est jamais achevée dans le temps, elle a néanmoins commencé. Déjà à l'expression : la création, nous pouvons reconnaître d'où provient cette limite de sa pensée. Il ne veut pas perdre son acte créateur et ne peut se le représenter que comme un commencement. Il est ainsi conduit à cette étrange idée que Dieu a commencé à ordonner et animer le chaos dans un endroit déterminé de l'espace, probablement au point central, qu'il considérait comme le centre général de gravité, comme une énorme masse primitive, cet arrangement se continuant dans le sens de la périphérie. A l'extérieur, il y aurait toujours du chaos qui serait ainsi ordonné seulement peu à peu. Cette théorie « d'un accomplissement successif de la création » , procure à l'esprit humain le plus noble étonnement. Si seulement elle ne contenait pas ces contradictions : un espace infini qui a un centre ; une durée infinie qui a un commencement !

Pour l'espace restreint de notre système solaire, dont il entreprit d'expliquer la formation par des principes purement mécaniques, à l'exclusion de tout créateur agissant en vue de la finalité, Kant fut, au contraire, dans l'écrit déjà cité, le fondateur de la théorie encore admise aujourd'hui. Ce n'est pas qu'en excluant le créateur, il le nie ; ce qu'il nie, c'est l'action de Dieu dans l'enchaînement cosmogonique. Le créateur a de tout temps déposé de telles forces et de telles lois dans la matière, que le monde doit se développer et s'organiser sans intervention de sa part.

D'où viennent le soleil et les' planètes, d'où les révolutions de ces dernières, qui s'accomplissent dans le sens même du soleil tournant sur son axe? Le pieux Newton avait là encore appelé à son secours le doigt de Dieu; Buffon, une comète. Celle-ci se serait précipitée sur le soleil, en aurait détaché un torrent de matière en fusion, qui se serait arrondie en globes à des distances différentes, globes devenus obscurs et solides par un refroidissement graduel. « J'admets, dit au contraire Kant, que toute la matière devenue les globes qui appartiennent au monde solaire, les planètes et les comètes, réduite à l'origine de toute chose, à ses éléments simples, a rempli tout l'espace où gravitent actuellement les corps constitués. » C'est de la même façon que plus tard s'exprimait Laplace, sans

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