‹ L'ancienne et la nouvelle foi: confessionChapitre 73 sur 175 · KANT ET LAPLACE · texte numérisé non relu

KANT ET LAPLACE

d'ailleurs avoir connu comme précurseur le philosophe allemand : L'observation des mouvements planétaires nous conduit à admettre que, par suite de l'immense chaleur iixitiale, l'atmosphère solaire a dû s'étendre originairement au delà des orbites de nos planètes, et ne s'est que peu à peu resserrée dans ses limites actuelles. Tous deux laissent alors, comme nous le verrons parla suite, les corps célestes sortir, eux et leurs mouvements, du sein de cette dispersion primitive.

Lorsque Kant parle avec cela du commencement de toute chose, d'après sa théorie, nous devons prendre ces paroles entièrement au sérieux; mais lorsqu'il concède que dans l'avenir, après la destruction de notre système solaire, un état analogue renaîtra de la dissolution de ses parties, il ne peut savoir si le premier état n'a pas été, lui aussi, le résultat d'une destruction précédente ; et nous surtout, nous qui savons d'un commencement de l'Univers aussi peu que de sa fin, nous ne pouvons considérer la chose autrement. Nous laisserons seulement indécis si la dissolution ou la transformation fut restreinte à notre système solaire ou s'étendit à tout le groupe de la voie lactée, dont celui-là forme une province.

Telle a déjà été au fond la conception du monde chez les stoïciens; seulement ils retendaient à tout l'Univers, et la comprenaient dans le sens de leur panthéisme. L'Être primitif sépare de lui-même le monde comme son corps , mais le consume peu à peu, de sorte qu'à la fin un incendie universel se déclare, qui replace les choses dans leur premier état, c'est-à-dire les dissout dans le foyer divin. Mais après que cette grande année du monde est

ainsi écoulée, la formation d'un monde nouveau commence, dans lequel — telle était la sanction stoïcienne — le précédent se reproduit exactement jusqu'aux accidents divers, jusqu'aux personnes (Socrate et Xanthippe). Contre cette sanction, Kant émet cette vue profonde, qui d'ailleurs lui servit maintes fois, qu'il ne peut être question des particularités absolues des phénomènes de la nature « parce que, comme il s'exprime, la multitude des circonstances qui ont part à ces états naturels ne permet pas d'en calculer la succession. » De même dans la doctrine bouddhiste, les êtres et les mondes ont été lancés « du non-commencement » dans les révolutions de la naissance et de la mort. Chaque monde vient d'un premier monde détruit ; le temps infini se partage en grands et en petits kalpa's, c'est-àdire en périodes de destructions et de réédifications plus ou moins étendues, produites tantôt par l'eau, tantôt par le feu ou le vent.

Ces pressentiments de la philosophie religieuse se sont élevés dans ces derniers temps par deux découvertes, résultats de l'investigation de la nature, à la hauteur d'une probabilité scientifique. Par la diminution successive dans l'orbite de la comète de Encke, l'on a conclu à la présence dans les espaces célestes d'uniB matière excessivement déliée, qui faisant obstacle aux révolutions des astres, devait, après un temps certainement très-long, diminuer aussi l'orbite des planètes et finalement amener celles-ci à se précipiter sur le soleil. L'autre découverte est celle de la constance de la force. Il y a dans le nionde une loi en vertu de laquelle tout mouvement interrompu se transforme en chaleur, et cette chaleur engendre à son

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