FORMATION DU SYSTÈME PLANÉTAIRE
solaire; les axes de révolution de ces planètes autour d'elles-mêmes n'affectent pas la perpendiculaire, mais sont inclinés à des degrés différents sur le plan de leur orbite. Voilà des irrégularités dans les effets de la nature dont il ne faut pas demander raison à Kant, mais qui peuvent trouver leur explication dans les circonstances particulières qui influèrent sur la naissance de ces corps considérés dans leur généralité ou leur individualité. Les planètes les plus éloignées du soleil sont en général les plus grandes et les plus riches en satellites, mais en même temps les moins denses, ce qui a son origine dans ce fait, que lors de la première séparation de ces corps, des quantités énormes d'une matière peu concentrée se présentèrent à l'arrangement. Là cependant on rencontre une anomalie ou plutôt un résultat d'une suite d'actions dont les causes sont encore inconnues : dans ces groupes lointains ce n'est pas le plus extérieur, mais le plus intérieur, Jupiter, qui est le plus puissant, et Neptune est plus dense que Saturne et Uranus. On n'est pas davantage parvenu à rattacher aux lois connues le fait des distances qui séparent les orbites des planètes soit l'une de l'autre, soit du soleil. En comptant les orbites d'un même groupe de planètes comme une seule orbite, quand on s'avance de plus en plus vers la périphérie les distances augmentent, de sorte que la dernière orbite observée est de une fois et demie à deux fois plus éloignée du soleil que la précédente. Schopenhauer a tenté de l'expliquer en supposant que la contraction du corps central avait eu lieu par saccades, de sorte que chaque fois il se serait réduit de la moitié de son volume
précédent, et que les distances des planètes ainsi produites auraient suivi la même proportion.
Les globes détachés de ce corps central reproduisent les péripéties par lesquelles il a passé lui-même. Ils se contractent peu à peu, les plus grands séparent de leur masse des satellites, et tous se refroidissent, deviennent opaques et denses. A cet égard, deux causes agissent en sens contraire. La contraction des globes, la cohésion plus intime de leurs éléments augmentent la température; mais leur rayonnement dans les froids espaces interplanétaires la diminue. Et comme ce dernier l'emporte d'autant plus que le corps est plus petit, les moindres planètes se refroidissent et se solidifient avant les plus puissantes. C'est ainsi que, selon toute probabilité, Jupiter n'est pas encore refroidi au même degré que la terre, et que sa surface manque encore de solidité, ce qui lui conserve quelque peu de sa lumière propre. Combien alors doit durer l'embrasement d'une masse aussi énorme que le globe central, surtout si l'on songe que cette chaleur s'entretient, d'après les conjectures des naturalistes, par une contraction insensible et par la chute incessante de petits corps analogues à nos essaims d'astéroïdes ! Je n'ai pas d'ailleurs à exposer ici ces grandes lois sur les rapports des distances qui dominent notre système solaire et le maintiennent dans toutes ses manifestations, lois que découvrit Kepler et que Newton ramena aux effets de la force d'attraction.