LA VOIE LACTÉE. LES N1«:BULEUSES. LES ÉTOILES DOUBLES
Comme elle l'avait fait pour les idées cosmogoniques de Kant en général, l'astronomie moderne a confirmé et perfectionné celles qu'il avait adoptées touchant la voie lactée, tenue par lui pour un amas d'innombrables soleils disposés sous la forme d'une lentille, et touchant les nébuleuses, devenues pour lui des amas analogues, qu'un énorme éloignement faisait seuls paraître si petits. A la place d'un globe central pour le système de notre voie, qu'il croyait apercevoir dans Sirius, on admet communément aujourd'hui une attraction symétrique et réciproque amenant un mouvement correspondant de toutes les étoiles qui composent le groupe. C'est en quelque sorte une constitution républicaine qui remplace une constitution monarchique.
Nos idées sur le système du monde ont encore reçu une autre direction par la découverte inattendue des étoiles doubles. Jusqu'ici, par analogie avec notre soleil, on jugeait les étoiles fixes entourées d'un certain nombre de planètes, et tout à coup l'on vit deux soleils se mouvoir ou autour l'un de l'autre ou autour d'un centre commun. La supposition de corps planétaires gravitant autour de chacun est néanmoins restée possible; mais les rapports des mouvements et des conditions lumineuses sont soumis à des combinaisons toutes spéciales. Plus surprenante encore fut dans ces derniers temps la découverte d'étoiles
doubles, dont un membre du couple n'est pas un soleil, mais un corps opaque. Ainsi le brillant Sirius entre autres se trouve dans cette situation d'être lié à un de ces compagnons obscurs. D'après cela nous serions en face d'un cas fort différent de la constitution de notre système solaire; la masse planétaire ne se composerait plus d'un certain nombre de corps moindres gravitant autour du soleil, mais d'un corps unique à peu près égal à ce soleil en grandeur et en poids.
Parmi les nébuleuses, beaucoup se sont résolues sous le télescope, comme la voie lactée, en un groupe d'étoiles ; beaucoup d'autres, qui d'abord semblaient indécomposables, n'ont pu résister à l'action de télescopes plus puissants; alors cette notion commença à s'étendre qu'en réalité aucune d'elles n'était rien autre qu'un groupe de soleils, comme notre voie lactée. Mais la merveilleuse découverte de Kirchhoff, l'analyse spectrale, apporta d'une manière bien inattendue, un élément de décision que le télescope était impuissant à fournir. Beaucoup de nébuleuses manifestent au spectroscope les mêmes lignes que les étoiles fixes ; d'autres, au contraire, se montrent par leurs lignes comme des masses gazeuses incandescentes. L'on conçoit immédiatement l'importance de cette découverte pour notre théorie. Elle nous montre par dés faits, ce que nous avions d'abord supposé, que dans l'espace immense, à côté des mondes parfaits, il y a des mondes naissants, trouvant leur origine dans l'état gazeux. Et quand d'un autre côté nous nous souvenons de ces étoiles, primitivement peu ou point remarquées, qui s'enflamment subitement et parviennent à l'éclat des étoiles de première