LES HABITANTS PRÉSUMÉS DES PLANÈTES
OU de seconde grandeur, puis disparaissent à nouveau après un temps plus ou moins long, nous sommes bien près de penser à ces mondes qui se précipitent l'un sur l'autre et préparent par un embrasement total l'avénement d'un monde nouveau.
De ce que notre terre est une planète, et qu'elle est habitée par des êtres animés, et pour une partie intelligents, conclure que toutes les planètes sont habitées, Kant trouvait cela aussi exagéré qu'il serait absurde de le contester à l'égard de toutes ou seulement de la plus grande partie. Les mêmes circonstances ou les mêmes causes laissent pressentir les mêmes effets ; mais il faut se rendre un compte parfait de ces circonstances avant d'en tirer une conclusion. Etre éclairé et échauffé par le soleil, tourner autour d'un axe, être soumis aux alternatives de jour et de nuit, toutes ces similitudes et d'autres encore peuvent être modifiées par des différences dans la distance d'une planète au soleil, dans sa grosseur et sa densité, et le raisonnement par analogie être ainsi rendu impossible.
Là encore Kant a su bien voir. « Peut-être, dit-il, tous les corps célestes n'ont-ils pas atteint leur état parfait ; des siècles, des milliers d'années doivent s'écouler (nous pouvons hardiment ajouter quelques zéros) avant qu'un grand astre atteigne à la solidité. Jupiter paraît n'en être pas encore là. Mais on peut prévoir avec confiance que s'il est
inhabité à l'heure présente , il se peuplera un jour , s'il traverse toutes les phases de son développement. » En supposant d'ailleurs qu'il ne soit jamais en état de posséder des habitants, d'après Kant, nous ne devrions pas plus nous en étonner que nous ne nous étonnons de rencontrer sur notre terre des déserts inhabitables.
En ce qui concerne notre lune, qui à la vérité est un astre infiniment plus petit, il semble que nous devions nous décider dans tous les cas à la considérer comme un aride rocher; car sur le côté visible à nos yeux nous ne pouvons rencontrer aucune trace d'une atmosphère, même la plus déliée, et les raisons qu'on a récemment alléguées de la possibilité d'une telle atmosphère sur le côté qui nous est caché, ont laissé place jusqu'ici àdes doutes sérieux. Le soleil, corps inflammé, ne peut, lui non plus, donner asile à des organismes vivants, seulement il est, par la chaleur qu'il répand tout autour de lui, la cause médiate de toute vie dans le domaine qu'il régit. Pour les petits nuages inconsistants qui forment les comètes, il ne peut en aucune façon être question d'habitants. Du fait de l'excentricité toujours croissante de l'orbite des planètes au delà de Saturne, Kant tentait d'établir une gradation constante entre toutes les planètes et les comètes; mais l'astronomie moderne a depuis longtemps reconnu une difiereùce fondamentale entre ces deux sortes d'astres ; elle est même disposée à tenir les comètes pour des corps qui, traversant les mondes et n'appartenant pas à notre système solaire, y pénètrent seulement par hasard. Et là quelques-unes, maintenues par la force de gravitation, prennent part, tant bien que mal, à notre vie commune.