LES HABITANTS PRÉSUMÉS DKS PLANÈTES
Une fois engagé dans ces présomptions sur les habitants des astres, Kant en arrive à agiter la question du rang qu'ils occupent dans la chaîne de la vie. D'un côté il semble facile de deviner que les planètes possèdent des habitants d'autant plus parfaits qu'elles sont plus rapprochées du soleil, la source de toute lumière et de toute vie. Par conséquent, les habitants de Mercure seront plus parfaits que ceux de Vénus, que ceux de la terre; enfin les habitants d'Uranus ou de Neptune, s'il y en existe, seront les Lapons et les Samoyèdes du système. Kant se place à un point de vue tout opposé. Avec l'éloignement croissant du soleil la chaleur diminue sans doute, mais aussi la densité des planètes et la grossièreté de leur matière. Kant alors se croit autorisé à en tirer cette loi : que la perfection du monde des esprits, ainsi que celle du monde matériel, croît depuis Mercure jusqu'à Saturne et peut-être au delà (Uranus n'était pas encore découvert) dans une progression constante en raison directe de leurs distances au soleil.
Dans cette progression , l'homme , habitant de la troisième planète à partir du centre , de la quatrième à partir de la périphérie (à cette époque), apparaît comme un terme moyen. Les hésitations morales entre le mal et le bien, entre la bête et l'ange, ont sans doute leur raison dans cette situation intermédiaire. Peut-être, suppose Kant, les habitants de deux planètes intérieures sont-ils trop près de l'animal pour pouvoir pécher; ceux des autres, trop éthérés : € de cette façon, la terre et peut-être avec elle Mars (et parcelle-ci la triste consolation d'avoir des compagnons de malheur ne nous serait pas enlevée) seraient dans cette dangereuse voie moyenne » où le péché a beau jeu.
Nous nous garderons bien d'aller aussi loin dans nos prévisions sur les habitants des planètes ; mais ce n'est pas une situation agréable de se garder de suivre celui qui devait plus tard écrire la Critique de la raison.
Si dorénavant nous nous limitons à la terre, tout ce que nous rencontrons sur sa surface ou dans ses entrailles vient on ne peut mieux à l'appui des conclusions logiques auxquelles nous sommes parvenus jusqu'ici.' Conformément à ce qui précède, nous devons nous la représenter comme un des plus gros parmi les petits globes de vapeur détachés de la masse totale, globe qui, en raison de la gravitation, se contracte autour de son centre, et malgré l'accroissement de température, en raison d'un rayonnement plus puissant encore, se refroidit peu à peu. Ce refroidissement se fait sentir à Tendroit même d'où part ce rayonnement, c'est-à-dire à la surface. Ici nous retrouvons le passage de l'état gazeux, d'abord à l'état liquide, et enfin à l'état solide. La croûte terrestre en formation doit affecter la forme d'une sphère ou d'un sphéroïde uni. Mais parce que la contraction persiste comme persiste le refroidissement, cette croûte se fend, des inégalités naissent et parmi cellesci des crevasses, d'où jaillissent, sous la pression de la croûte qui s'enfonce, des flots de la matière interne encore liquide; ou bien des masses gazeuses font irruption, et les montagnes se forment ainsi que les vallées,