‹ L'ancienne et la nouvelle foi: confessionChapitre 82 sur 175 · GOETHE PRÉCURSEUR DE DARWIN · texte numérisé non relu

GOETHE PRÉCURSEUR DE DARWIN

parenté où les deux règnes se confondent, les créatures nouvelles se sont peu à peu développées selon deux directions opposées, de sorte que la plante finit par devenir un arbre, persistant et rigide, et que l'animal s'éleva dans l'homme à la mobilité et à la liberté la "plus complète. »

A propos de l'origine de ce dernier en particulier, Eckermann a comblé une importante lacune des écrits de Goethe. Celui-ci fut amené à parler des races humaines avec un naturaliste de Munich qui lui faisait visite. Le naturaliste, soumis à l'Eglise, cherchait à établir la descendance entière de l'homme comme sortie d'un premier couple, par cette proposition, que la nature pratique la plus stricte économie dans ses productions. « Je dois contredire cette opinion, répondit Goethe, se montrant déjà par là supérieur au professeur de sciences naturelles; je prétends plutôt que la nature se montre toujours large et même prodigue, et qu'il serait bien plus conforme à ses habitudes de supposer qu'au lieu de produire un pauvre couple unique, elle adonné naissance aux hommes par douzaines, par centaines. Lorsque la terre fut arrivée à un certain point de maturité, lorsque les eaux se furent écoulées, parut la période humaine. Alors les hommes surgirent par la puissance de Dieu, partout où le sol le permit, peut-être d'abord sur les hauteurs. Je tiens pour raisonnable de supposer qu'il en fut ainsi ; mais de se demander de quelle manière se passèrent les choses, je tiens cela pour un travail inutile, que nous devons laisser à ceux qui s'occupent des problèmes insolubles et qui n'ont rien de mieux à faire. »

Le voile sous lequel Goethe veut laisser cette question n'est qu'un reste de l'incertitude qui caractérisait ses idées

SOUS ce rapport. Nulle part on ne voit bien clairement comment Goethe s'est représenté la gradation ascendante des êtres vivants ; s'il a cru que les espèces particulières se sont transformées peu à peu, animaux aquatiques d'abord, amphibies ensuite, puis animaux terrestres; ou seulement que la nature s'est essayée tantôt sous une forme, tantôt sous une autre , mais d'une main libre, sans s'assujétir à faire sortir le plus parfait du moins parfait. S'il se représentait les choses sous cette dernière face, l'homme, en particulier, n'aurait pas son origine dans une espèce animale supérieure , mais aurait surgi un beau jour d'un sol tout nu. Opinion si monstrueuse qu'il est prudent de baisser là-dessus le rideau.

Il est un autre penseur allemand que nous devons signaler aussi comme un des prédécesseurs de Darwin, celui-là même que nous avons rencontré comme précurseur de Laplace, à propos de l'organisation générale du monde, le philosophe de Kœnigsberg. Et quoique chez Goethe les tendances et le coup d'œil du naturaliste lui aient permis d'établir son système général de la nature avant l'apparition du livre de Kant, la Critique du jugement , cependant il est à peine possible de méconnaître l'influence qu'a eue sur le développement de ce système tel que nous l'avons exposé, cette œuvre qui fit époque.

Bien que Kant se tienne complètement sur la réserve

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