KANT PRÉDÉCESSEUR DE DARWIN
de la critique, n'affirmant ni un créateur du monde, conscient à regard du but à atteindre, ni une finalité inconsciente d'une nature en action, ni une téléologie immanente à son mécanisme, mais voulant seulement établir que l'homme, par le caractère de ses moyens de connaître, ne peut faire comprendre certaines manifestations de la nature sans s'aider de l'idée de but , il ne se refuse pas absolument à la tentation, au moins pour un instant et avec la conscience qu'il se «. risque dans une aventure de la raison, » de dépasser la limite tracée par la prévoyance. « L'unité de conformation de tant d'espèces animales d'après un plan commun, dit-il, qui ne se montre pas seulement dans la constitution du squelette, mais aussi au fond de l'arrangement des autres parties, où une simplicité remarquable dans les grandes lignes a su, par le raccourcissement de certaines portions, l'allongement des autres, le développement et l'extension d'autres encore, produire une si grande variété d'espèces, cette unité de conformation fait entrevoir à l'esprit l'espérance, faible encore, de pouvoir appliquer ici le principe mécanique de la nature. » Cette analogie des formes fortifie l'hypothèse qui leur suppose un enchaînement dans la descendance, et nous laisse croire à un développement graduel des êtres organiques, « depuis l'homme jusqu'au polype, depuis le polype lui-même jusqu'à la mousse et le lichen, et enfin jusqu'aux degrés les plus infimes qu'il nous soit donné de voir dans la nature, jusqu'à la matière grossière, de laquelle semble dériver tout l'ensemble de la nature (qui est pour nous si incompréhensible dans ses êtres organisés, que nous nous croyons obligés de chercher
un priocipe nouveau) . Et tout cela arriverait d'après les propres forcer dd cette matière, sources des lois mécaniques, et pourrait être comparé à la formation des cristaux* »
En ce qui concerne particulièrement Thomme, il y a de Kant une appréciation très-remarquable, dans une note placée en regard de la conclusion de son Anthropologie, D songe là à ce fait, qu'entre tous les animaux le nouveau-né de rjiorame accuse son existence par des cris. Ce qui n'offre pas d'inconvénient dans l'état de culture actuel, qui, même chez les sauvages, assure la protection de la famille ; dans un grossier état de nature précédent, c'eût été, au contraire, un signal qui eût attiré la bête féroce, et eût ainsi compromis la perpétuité de l'espèce. Ce vagissement du nouveau-né n'a donc pas dû apparaître à cette première époque , ' mais seulement à une deuxième où il ne pouvait plus être un danger. Cette remarque, ajoute Kant, mène loin ; par exemple l'on se demande si à cette deuxième époque, à la faveur de grandes révolutions de la nature, ne succéderait pas encore une troisième époque où un orang-outang, un chimpanzé amènerait ses sens de la vue, du tact, ses instruments de la parole à la structure des organes humains, et développerait peu 4 peu son cerveau et son intelligence par la culture sooiale.
Ce qui précède a indiqué les contours extérieurs de la théorie de Lamarok et de Darwin, et aussi les ressorts