‹ L'ancienne et la nouvelle foi: confessionChapitre 84 sur 175 · FORMATION DE LA THÉORIE DARWINIENNE · texte numérisé non relu

FORMATION DE LA THÉORIE DARWINIENNE

interaei^ qui caractérisent son propre mouvement. De même que pour Goethe l'animal était préparé aux circonstances par les circonstances, de même pour Lamarck les yeux de la taupe s'étaient étiolés par son séjour sous la terre, tandis que le besoin de se diriger avait palmé les pieds du cygne, le besoin de chercher au fond de l'eau sa nourriture avait allongé son cou devenu flexible. En face de telles interprétations le public secouait la tête, et Darwin lui-même, bien que persuadé de la justesse de la théorie, trouvait ces appuis insuffisants.

Une fantaisie, semble-t-il, lui fournit le moyen d'en découvrir de plus solides. Comme Anglais et propriétaire, il élevait des pigeons, et s'efibrçait tantôt de fondre toutes les variétés de cet oiseau, tantôt de les reproduire. Il trouva alors que des formes, au premier abord si éloignées l'une de l'autre qu'elles semblaient constituer des espèces difierentes, s'obtenaient plutôt peu à peu, dans le cours de plusieurs générations, par les procédés de l'élevage. L'éleveur découvre, je suppose, entre ses pigeons ordinaires, un exemplaire qui a une plume de la queue de plus que les autres, ou le jabot plus grand ; aussitôt il cherche dans les deux cas un exemplaire d'un autre sexe présentant les mêmes déviations, il les accouple, et ce serait fort extraordinaire si, parmi leur postérité, il ne se trouvait, avec le temps, des exemplaires dont les plumes de la queue soient encore augmentées en nombre,, et le jabot grossi de nouveau. Ainsi ont été produits, après beaucoup d'années et de générations, d'après ce simple procédé de descendance, le pigeon-paon et le pigeon à jabot, et en outre toutes les variétés de cet oiseau. Puis les déviations,

ne s'arrêtant pas aux plumes et aux couleurs, arrivèrent jusqu'au squelette et au mode de vie.

On sait que, par des moyens analogues appliqués aux animaux domestiques, aux chevaux, aux chiens, aux moutons et aux bœufs, aux plantes aussi, surtout aux fleurs, des résultats analogues furent atteints ; ce qui est rendu possible par cette loi de nature déjà mentionnée, que les types organiques, constants dans leur entier, sont transformables néanmoins dans leurs parties, déviations qui se transmettent à la postérité : résultats étonnamment concluants; et je parle de cette différence des variétés ainsi obtenues par une idée arbitraire de l'homme, qui, rencontrant des exemplaires conformes à ses visées, les accouple et empêche leur mélange avec d'autres. Par d'habiles croisements, l'homme produit des variétés auxquelles on ne peut refuser le nom d'espèces sans tomber dans une querelle de mots. Si quelque choix semblable se montrait dans le domaine de la libre nature, la voie serait ouverte qui expliquerait le partage de la vie organique en toutes ces différentes formes et espèces que nous avons devant les yeux.

Y a-t-il donc dans la nature quelque chose qui agit de telle sorte, que les déviations une fois produites dans le règne végétal ou animal se maintiennent et croissent encore; que, par conséquent, comme condition nécessaire.

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