‹ L'ancienne et la nouvelle foi: confessionChapitre 86 sur 175 · LA SÉLECTION NATURELLE ET LA CONCURRENCE VITALE · texte numérisé non relu

LA SÉLECTION NATURELLE ET LA CONCURRENCE VITALE

Mais, au moins dans l'industrie, la concurrence ne pousse pas seulement les activités à parvenir plus haut, elle les disperse aussi. Si tous les fabricants anglais voulaient travailler exclusivement la laine, il feraient de bien mauvaises affaires. C'est pourquoi une partie s'est jetée sur la laine, une autre sur la soie, une troisième sur le fer ou l'acier. La concurrence croissante entre les médecins fut l'occasion qui les porta à se spécialiser de plus en plus, de sorte que celui-ci choisit un organe, celui-là un autre organe du corps humain comme champ de son travail.

Dans la nature il n'en est pas autrement. Supposons ceci : la foule des compétiteurs dans la vallée fertile pousse une troupe d'herbivores sur les hauteurs ; les vaincus s'habituent, tant bien que mal, à une nourriture plus maigre, à un sol pierreux, à un air plus vif; après une série de générations, ces nouvelles conditions leur sont devenues comme leur habituelle patrie; mais il s'est introduit dans leur structure des changements correspondants : ils sont devenus plus sveltes, ils grimpent, sautent, voient mieux; en fin de compte, il s'est formé une nouvelle espèce. Prenons maintenant la classe des oiseaux. Entre les becs croisés nous savons qu'on distingue les becs croisés des pins et les becs croisés des sapins; celle-là, puissante espèce, qui ouvre les cônes les plus durs et se nourrit de leurs graines; celle-ci, plus faible, qui, à cause de son bec également plus faible, s'attaque aux cônes moins résistants du sapin. Ici se présente l'hypothèse que la première espèce s'est formée d^s des contrées qui ne lui offraient qu'une nourriture difficile à se procurer; mais nous pouvons aussi supposer qu'une concurrence

incessante ayant amené la pénurie, les individus les plus forts de Tespèce totale furent amenés à faire des efforts pour une nourriture que les plus faibles ne devaient plus, et toujours moins de génération en génération, pouvoir leur disputer.

Tout cela serait bien ; mais aussi longtemps que la variété nouvelle habitera avec l'espèce ancienne le même bois, la même plaine, il arrivera à chaque instant qu'im exemplaire de celle-ci s'accouplera avec un exemplaire de celle-là ; et la conséquence sera que la descendance retournera toujours au type primitif, et que le libre développement du type nouveau sera ainsi empêché. La séparation d'avec les autres des exemplaires dans lesquels une variation se manifeste, cet isolement par lequel seul l'élevage artificiel obtient ses résultats, parait manquer dans la nature, et par là de tels résultats être rendus impossibles chez elle.

Il ne manque pas dans la nature ! remarqua un naturaliste allemand ; mais la théorie a ici une lacune. La naissance de nouvelles espèces n'est certainement pas possible sans séparation ; mais pour rendre celle-ci réelle, la nature a bien assez de barrières. Notre Maurice Wagner, qui a beaucoup voyagé, se souvenait sans doute de ses excursions en Algérie, où les cours d'eau qui descendent de l'Atlas dans la Méditerranée, sans être très-larges, cons-

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