‹ L'ancienne et la nouvelle foi: confessionChapitre 92 sur 175 · DARWIN ET LA FINALITÉ · texte numérisé non relu

DARWIN ET LA FINALITÉ

pour la chose. Primitivement la contradiction était dans le sujet, dans le rapport de ses attributs incompatibles, l'absolu et la personnalité; maintenant elle est dans le rapport du sujet et de son activité. Il est accordé à Tinconscient des propriétés et une action qui ne peuvent appartenir qu'au conscient.

S'il faut qu'un inconscient ait produit ce qui dans la nature se présente comme conforme à un but, je dois lui supposer un mode d'action propre à l'inconscient qui, pour parler comme Helmholz, agit comme une force aveugle et produit néanmoins quelque chose qui répond à un but. Avec Darwin, la science nouvelle nous a élevés à la hauteur de ce point de vue.

Quand Reimarus dit des instincts : « Ils sont une activité communiquée par Dieu aux âmes animales ; » quand Darwin, au contraire, les considère comme un progrès atteint par d'innombrables générations, au moyen de petites transformations successives accumulées sous l'influence de la concurrence vitale et la direction de la sélection naturelle : alors apparaît tout entier l'abîme qui sépare de l'ancienne la nouvelle conception du monde, tout entier le progrès accompli depuis un siècle dans l'intelligence de la nature. Treudelenburg s'arrête en face de ce fait, que l'œil ne se forme pas dans la lumière et pas davantage par la lumière, mais dans l'obfecurité du

sein maternel, et que cependant il est formé pour la lumière, et conclut de ce rapport final, bien qu'il ne renferme en soi aucune causalité, à une intelligence absolue se proposant et accomplissant une fin. Mais l'œil de l'embryon ne se forme que dans le sein d'un être dont les propres yeux étaient depuis longtemps exposés à l'influence de la lumière, et qui transmet au fruit de ses entrailles les modifications que la lumière a apportées dans son œil. Certes, ce n'est pas l'individu humain qui , mettant en œuvre la lumière, se fait un œil à soi ou à sa progéniture; mais il ne s'ensuit pas du tout que cet œil doive lui être confectionné par un créateur se tenant en dehors de lui. L'individu se voit ici mis en possession d'un instrument que depuis l'origine des temps ses ancêtres ont peu à peu amené à perfectionnement. Helmholz dit précisément de l'œil, ce qui d'ailleurs est vrai de tout autre organe : « ce que le travail de séries innombrables de générations peut atteindre sous l'influence des lois de développement de Darwin, coïncide avec ce que la sagesse la plus sage aurait pu préméditer. » Par ces ancêtres et ces générations il ne faut pas entendre seulement les hommes, qui tous auraient hérité de l'œil; il nous faut remonter même plus haut que la fameuse lancette jusqu'aux premiers débuts de la vie, au moment où d'un mélange confus de sensations, les sens spéciaux se dégagèrent et perfectionnèrent peu à peu leurs organes sous la pression de la nécessité. Ainsi, dans tous les cas, bien que l'usage fortifie l'organe, l'individu n'a qu'une action des plus minimes. Mais comme les individus qui, par suite de variations accidentelles dans les conditions de la vie, le possèdent à

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