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LE DÉCALOGUE ET LA RÈGLE MORALE SUPÉRIEURE DE JÉSUS

membre n'est assuré de sa vie, du butin pour lequel il a combattu, et plus tard de sa propriété; quand dans le rapport des sexes il n'y a d'autres barrières que le brutal désir. Par cette expérience chèrement acquise de ce qui est funeste et de ce qui est tolérable, il s'établit peu à peu parmi les peuples d'abord des usages, puis des lois, et enfin un

ensemble de devoirs moraux.

Différentes combinaisons de ces lois primitives nous ont été conservées, provenant soit des peuplades aryennes, soit des peuplades sémitiques. Tout près de nous il en existe une qui a son origine à une époque non des plus reculées, mais déjà assez ancienne : ledécalogue mosaïque. En dehors des prescriptions qui ont trait à la religion juive, il consiste pour la plus grande part en règles de droit : ne pas tuer, ne pas voler, ne pas être adultère. Puis certaines actions y sont défendues que la société ne peut à la vérité empêcher par les punitions qu'elle y oppose, mais dont elle peut diminuer la fréquence. La prescription d'honorer son père et sa mère, que nous trouvons également parmi ces lois, est plus élevée ; mais comme elle ne pouvait non plus être protégée par la menace du châtiment, le législateur le tenta par la promesse d'une récompense divine. Les deux commandements supplémentaires si remarquables, qui interdisent de convoiter la femme ou le bien du prochain, sortent tout à fait du domaine du droit pour en-

trer dans celui du sentiment. Là , Texpérience est déjà faite, que le meilleur moyen d'empêcher certains actes, c'est d'en tarir la source dans l'esprit même de l'homme.

A ces deux questions : Comment ces lois sont-elles parvenues à l'homme? et d'où leur vient leur valeur? la légende fait une seule et même réponse : Elles ont été données par Dieu, et ainsi elles sont absolument obligatoires pour tous les hommes. La Bible décrit avec détails la scène où Jehova sur le Sinaï, au milieu du tonnerre et des éclairs, écrivit do sa propre main les tables de la loi pour le chef d'Israël; ceux qu'on nomme les prophètes invoquaient également, plus tard, dans leurs sommations. Tordre immédiat de Dieu; et enfin Jésus présente son Évangile et par suite sa doctrine comme appuyée sur sa dignité de Messie, et sur ses rapports intimes et tout spéciaux avec son père céleste. Pour nous, tous ces mythes sont ruinés, et ces prescriptions n'ont d'autre autorité que celle qu'elles puisent dans leur valeur propre.

Les lois du décalogue nous apparaissent comme produites par une connaissance expérimentale des besoins de la société humaine, et c'est sur ce fondement que repose pour nous leur inéluctable obligation. Nous ne méconnaissons pas cependant ce que cet échange peut leur faire perdre : l'origine divine leur procurait la sainteté; l'origine que nous leur attribuons leur accorde l'utilité, tout au plus la nécessité. Cette perte de la sainteté ne pourrait être compensée que si leur intime nécessité, leur source ne dérivait pas seulement des besoins sociaux, mais encore de la nature ou de l'essence de l'homme.

Jésus dit à ses disciples : Ce que vous voulez que le

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