LE PRINCIPE MORAL DES STOÏCIENS ET DE KANT
monde vous fasse, faites -le vous-mêmes. Pour les chrétiens croyants, cette prescription puise dans la dignité divine de la personne de Jésus une autorité immédiatement divine. Pour nous, au contraire, l'autorité que nous accordons encore à cette personne est d'autant plus grande qu'elle a donné davantage de ces préceptes, qu'elle a exprimé davantage de ces pensées auxquelles notis ne pouvons refuser notre adhésion. Et il n'y a plus aucune différence dans la valeur de ces pensées, que Jésus les ait puisées tout entières dans son esprit et son cœur, ou qu'il en soit redevable à une source étrangère. C'est ainsi que pour la règle morale qui nous occupe en ce moment, on ne peut méconnaître l'influence d'un temps où, par suite de 1^ domination romaine, l'idée générale de l'humanité commençait à se faire jour même au milieu du particularisme juif. Jésus ne fut pas un philosophe, et de cette maxime comme de tant d'autres il n'a pas vu toute la profondeur. Néanmoins elle a en soi quelque chose de philosophique. Elle ne s'autorise pas d'un commandement divin, mais, pour imprimer une direction aux actions humaines, elle se tient sur le terrain de la nature humaine (et non pas seulement des besoins sociaux). Et tel fut de tout temps le point de vue de la philosophie.
Ceux qui doivent être reconnus comme les plus puissants philosophes pratiques sont, dans l'antiquité, les Stoïciens,
et, dans les temps modernes, Kant. Le principe supérieur de la morale stoïcienne fut : vivre en se conformant à la nature. Si Ton demandait : Quelle nature? l'un répondait : la nature humaine ; un autre : la nature universelle ou Tordre du monde. Mais la nature humaine résulte de la domination de la raison sur l'instinct; c'est pourquoi l'empereur philosophe écrivait que pour les êtres raison nables, vivre selon la nature, c'était se conformer à la raison. En outre, parce que cette même raison, qui doit dominer dans l'homme, est répandue dans tout le monde comme principe divin, l'homme qui se conforme à sa raison agit aussi selon la raison générale du monde. Enfin, puisque par cette raison même il se reconnaît comme partie du monde, et surtout comme membre de la grande communauté des êtres raisonnables, il s'avoue ainsi obligé de vivre, non-seulement en vue de son bien propre, mais en vue du bien général.
Comme fondement de la raison pratique , Kant établit cette proposition : « Agir de telle sorte que le principe de ta volonté puisse également être de tout temps le principe d'une législation générale. » Il veut dire que chaque fois que nous nous trouvons sur le point d'agir, nous devons avoir clairement à la pensée le motif qui nous porte à l'action, et nous demander alors ce qu'il adviendrait si tous les hommes prétendaient se conduire d'après le même principe. Non pas si le monde ainsi produit nous plairait, il ne peut pas être ici question de nos sympathies ou de nos antipathies ; mais s'il en sortirait quelque chose d'harmonique en soi. Il cite comme exemple un dépôt, qu'après la mort de celui qui l'a confié, le dépositaire wr^^it le