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DEVOIRS ENVERS SOI-MÊME ET ENVERS AUTRUI

désir de garder pour lui, certain qu'aucune preuve ne pourrait être invoquée contre lui. D'après Kant, il devrait donc se représenter clairement le motif pour lequel il se sent tenté d'agir ainsi, c'est-à-dire : chacun doit nier un dépôt si personne ne peut lui prouver qu'il le possède. Comme il songe que ce devrait être un motif suivi par tous, il ne peut s'empêcher de remarquer que celui-ci tombe de lui-même; car alors nul n'aurait plus jamais l'envie de faire un dépôt quelconque. On voit que Kant désire s'élever au-dessus de ce précepte : ce que vous voulez que le monde vous fasse, etc., car ce dernier met en jeu une inclination, tandis que Kant veut que la seule raison dicte les règles à suivre, après avoir éprouvé qu'elles ne contiennent en elles rien de contradictoire. Ici ce n'est pas à tort que Schopenhauer rappelle que l'obligation morale ne peut pas être constituée par des conceptions abstraites, mais doit se rattacher à une impulsion réelle de la nature humaine. Et à côté de Tégoïsme (et du penchant au mal, que nous subordonnons à l'égoïsme, dont il est une exagération ou une dégénération) il trouve encore comme mobile des actions de l'homme la compassion, et cette dernière est pour lui la source exclusive du phénomène moral. Si nous étendons cette compassion jusqu'à la sympathie, nous arrivons à ce principe de bienveillance que dans le siècle précédent les moralistes écossais surtout opposaient à l'amour-propre. D'ailleurs la manière dont Schopenhauer lui-même classe ces actes déroulant de la compassion, nous indique que nous devons bien l'entendre dans ce dernier sens. Ainsi il distingue les actes où se montre la volonté (négative) de ne nuire à personne, ou actes de

justice, de ceux où se manifeste la volonté (positive) de secourir autrui, ou actes de la sympathie.

En raison de cette déduction, Schopenhauer ne conserve naturellement plus que des devoirs envers les autres hommes, et cherche à mettre en pleine évidence qu'il ne peut pas y avoir de devoirs de l'homme envers lui-même, ce que Kant admettait encore. Les faits pris à part, il peut avoir maintes fois raison; néanmoins son argumentation ne me parait pas aboutir complètement. Prenons, par exemple, un jeune homme qui doit faire son éducation ; la compassion sera-t-elle le mobile qui le portera à devenir studieux? Prenons-la, comme plus haut, dans le sens de sympathie, et faisons-en l'application à la société, dont ce jeune homme pourra devenir un membre utile : bien entendu, Schopenhauer reconnaît comme mobile moral seulement ce qui existe en fait dans la vie réelle ; mais c'est certes l'exception, que chez un jeune homme le devoir envers la société soit le motif qui le détermine à l'application et à la volonté de s'instruire. On peut encore se fonder sur le désir de procurer aux parents la joie que leur causent le travail et les progrès, et le chagrin qu'ils éprouvent dans le cas contraire ; mais ce n'est pas là le mobile réel. Celui-ci n'est autre que l'instinct de développer et d'exercer ses forces intellectuelles. Si, au contraire, on était tenté de dire qu'il n'y a rien là de moral, parce qu'il y entre un élément uniquement égoïste, il faudrait alors songer à ceci : A coté des dispositions intellectuelles et morales, le jeune homme sent en lui des dispositions sensuelles, qui comme celles-là tendent à l'action et au développement, et même avec une vivacité et une vio-

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