‹ L'ancienne et la nouvelle philosophie [microform]Chapitre 17 sur 81 · ÉPOQUE DE SON ÉCLAT. HUME · texte numérisé non relu

ÉPOQUE DE SON ÉCLAT. HUME

1. A partir de Locke, le sensualisme devient une véritable métaphysique, entrant en lutte directe avec le matérialisme aussi l)ien qu'avec l'idéalisme. Ses principes fondamentaux sont formulés nettement, les détails en sont développés en tous sens, les différences avec les autres conceptions du monde expliquées ouvertement ; son in fluence croit, son point de vue pénètre dans les écoles adverses, et l'on obtient, comme résultat définitif, l'augmentation du nombre et de l'influence des systèmes métaphysiques mixtes, hétérogènes.

Les principales idées de Locke, qui devinrent bientôt la base de tout sensualisme, sont bien connues. Locke voit dans la théorie de la connaissance, qui doit déterminer les limites de l'esprit humain, le seul but de la philosophie; il veut remplacer les hypothèses du matérialisme et de l'idéalisme extrême par une hypothèse qui, selon lui, ne peut s'appuyer que sur les phénomènes psychologiques de la sensation; il considère les hypothèses matérialistes et idéa-

listes comme n'ayant aucune certitude, aucune valeur scientifique, — c'est pour cela qu'il les combat également. Sa profonde divergence avec le matérialisme est évidente, elle gît dans le point de départ de sa philosophie, dans la réduction du problème philosophique à l'étude des origines et du développement des concepts de notre esprit. Moins clairs sont, au premier abord, les traits qui le séparent des diverses catégories de l'idéalisme qui, lui aussi, se renferme dans Tétude du sujet ; pourtant ces traits sont nombreux et caractéristiques. Il ne faut pas oublier que le subjectivisme de Locke est un subjectivisme sensualiste, ne rompant jamais son lien avec la nature extérieure, avec le monde de l'objet, dans lequel il puise constamment ; un pareil subjectivisme est purement formel, verbal; en réalité, il ne se distingue en rien de i'objectivisme des matérialistes. J'emploie ici, il va sans dire, les termes de subjectif et d'objectif dans le sens usuel, dans le sens d'opposition entre le monde des sensations et le monde des phénomènes échappant au contrôle direct de notre appareil perceptif, nullement dans le sens méthodologique, suivant lequel le subjectivisme seul peut appartenir à la métaphysique.

Contre l'idéalisme, Locke et ses successeurs possèdent tout un arsenal d'arguments, tantôt originaux, tantôt empruntés aux matérialistes, à Hobbes et Gassendi, entre autres, et modifiés pour les besoins de la cause. Ils combattent la théorie des idées innées — quelques-uns vont môme jusqu'à nier les facultés innées — ils montrent l'importance des langues dans le symbolisme des choses, ils étudient patiemment et prudemment les sources du savoir qui, suivant Locke, se réduisent à une seule avec ses deux variétés : la perception sensorielle considérée en dehors des opérations ultérieures de l'esprit, et le sens intime, la perception par l'esprit de ses propres actes.

La conception du monde et de ses phénomènes était

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fondée chez Locke, comme le remarque très justement Littré \ sur une conception particulière de la nature humaine, c'est-à-dire sur quelque chose n'ayant qu'une importance très secondaire dans l'ensemble des faits cosmiques; pourtant, il faut le remarquer, les sensualistes élargissaient considérablement la base de leur édifice en faisant jouer un rôle considérable à l'élément plus général, à l'élément biologique que les idéalistes n'admettaient à aucun degré. Les sensualistes cherchaient l'origine de tous nos concepts dans les sensations ; dans la théorie de Locke, nos sensations nous donnent les idées simples, élémentaires — ce que l'école de Herbart appela plus tard les « représentations » — les idées de couleur, de son, d'étenduo, de mouvement; de la combinaison et de la comparaison de ces idées simples naissent les idées générales, les conceptions abstraites, les sentiments complexes, les désirs, les affections. En ramenant ainsi tous les phénomènes psychiques à leur point de départ biologique, Locke ne pouvait évidemment pas rattacher, comme le faisaient les idéalistes, la « chose en soi » à un concept quelconque de notre esprit, ni identifier les concepts avec l'essence des choses que toute métaphysique prétend connaître ; il ne pouvait pas, non plus, chercher avec les matérialistes cette essence à l'autre bout de l'échelle phénoménale, dans le monde inorganique. Comme tou3 les sensualistes, il était également sceptique à l'égard de la réalité de la chose matérielle en soi et de la réalité des essences idéales; mais son scepticisme n'atteignait pas cette généralité, cette profondeur qu'il devait acquérir bientôt dans les écrits de Hume. Locke prévoyait du reste lui-même la possibilité de ce développement, il prévoyait qu'on emploierait un jour son argumentation exclusivement contre l'une des deux écoles adverses ; mais il considérait l'exagération

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