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V. le chapitre suivant, passim

ROBERTY

liront pas été tout à fait vains, ils ont contribué dans uno large mesure à la position rationnelle do la question.

J'ai déjà eu l'occasion d'indiquer la part qu'Aristote et Bacon avaient prise aux progrès de la méthode générale — ils ont été les véritables créateurs de ce qu'on a appelé plus tard la philosopliie objective. J'ajoute maintenant quelques mots sur le rôle de Descartes et de llobbes.

En parlant ici de Descartes, je n'ai en vue que l'auteur du Discours sur la méthode, c'est-à-dire un penseur singulièrement inconséquent, fondant la philosophie positive et préchant en môme temps les doctrines du plus étrange idéalisme. Dans cette œuvre qui est la première parmi ses œuvres philosophiques, il se montre à moitié matérialiste dans le domaine de la métaidiysique, et disciple de Bacon dans le domaine de la méthodologie scientifique. Il commence par l'induction pure et cherche dans le passage du particulier au général, la clef pour l'interprétation des phénomènes, n'envisageant la déduction que comme un moyen d'application pratique des résultats que l'induction nous donne ; ce n'est que plus tard, alors que .sa métaphysique devint nettement idéaliste et réactionnaire, qu'il tomba dans l'erreur d'Aristote attribuant aux principes généraux une certitude absolue. Dans son Discours^ il conserve encore l'inébranlable conviction que l'expérience seule est réellement démonstrative ; il n'y place la théorie avant les faits que comme une hypothèse provisoire, destinée à interpréter les phénomènes et toujours soumise à la vérification des données expérimentales. Une pareille méthode, combinant la déduction avec l'induction, mais dans un ordre inverse de celui recommandé par Bacon, se rapproche beaucoup du procédé employé par les sciences spéciales, et, à ce point de vue, elle est infiniment supérieure aux méthodes du philosophe grec et du philosophe anglais. Il n'en est pas moins vrai qu'en admettant des constructions hypothétiques en philosophie, la tentative de

Descartes devait aboutir à un résultat purement négatif. C'est ainsi également que Hobbes, qui avait nettement pris le parti de Descartes contre Bacon, considérait le problème de la méthode philosophique. Sa définition de la philosophie, qui eut pendant longtemps droit de cité en Angleterre, tendait à effacer complètement la distinction qui, après Bacon, pouvait encore exister entre la conception de la philosophie et celle de la science générale. Hobbes transforme définitivement la philosophie en une science naturelle générale ayant pour but de prévoir les conséquences nécessaires des causes essentielles des choses et d'appliquer ces prévisions aux besoins pratiques de la vie. Ajoutez à cela son opinion sur la métaphysique grecque et la scolastique du moyen âge qu'il considérait comme un fantôme, « phantasma quoddam », privé de toute signification scientifique ; sa lutte contre la confusion des mots et des choses, surtout contre la personnification du verbe être, dans laquelle il voyait la principale source des absurdités métaphysiques ; enfin, sa tentative de constituer une philosophie politique (philosophia civilis), d'introduire les phénomènes sociaux dans le cadre des investigations de la nature, — et vous serez convaincu que son matérialisme qui date de la fin du xvii« siècle, avait déjà une teinte de positivisme.

•7. Le développement du sensualisme au xviii« siècle en Angleterre et en France, le grand mouvement matérialiste en France vers la môme époque, ont donné une impulsion nouvelle et considérable aux idées qui ont préparé la grande crise philosophique moderne. Ces idées se rencontrent si fréquemment au xviii« siècle, elles ont été présentées par tant d'auteurs et de façons si diverses, qu'on se demande ce que notre temps a apporté de vraiment nouveau, et qu'on cherche cette audace de la pensée dont on accuse souvent quelques philosophes contemporains*

m L'ANCIENNE ET LA NOUVELLE riITLOSOPIIIE

L'élude attentive des courants intellectuels du xviiio siècle nous permet, en effet, d'affirmer avec infiniment de vraisemblance, que la période qui nous précède immédiatement et qui commence vers 1840, n'a fait que profiter habilement des trésors légués par le siècle dernier, sans augmenter d'une façon appréciable l'héritage. Il est vrai que les philosophes du xviii" siècle n'étaient la plupart du temps, que des semeurs infatigables mais inconscients, ne sachant souvent pas ce qu'ils ensemençaient et ce que serait la récolte, — c'est là le côté tragique de la vie intellectuelle de tous ces grands penseurs, et c'est là la raison qui amena au commencement de notre siècle une courte mais énergique réaction. Cette incertitude devant l'avenir n'existe plus de nos jours ; nous savons que les écoles critiques contemporaines déblaient le terrain encombré encore par les ruines de la métaphysique, pour y établir solidement l'édifice de la philosophie scientifique. Cette filiation entre deux époques séparées par un siècle de tâtonnements laborieux, est évidente ; elle apparaît dans le retour vers Kant qui se produit en Allemagne avec grand fracas, dans le retour à Hume qui s*opère sans bruit en Angleterre, dans les emprunts constants que, de tous côtés, on fait à Auguste Comte, ce successeur immédiat de la glorieuse pléiade des matérialistes français du siècle dernier. Toutes les nuances des doctrines actuelles se groupent autour de ces penseurs qu'on proclame les créateurs de la philosophie rationnelle.

Ainsi s'établit et s'affirme le rapport intime qui existe entre le sensualisme sceptique, le criticisme qui n*est qu'un sensualisme teinté d'idéalisme, et le positivisme proprement dit. On s'aperçoit en même temps, que dans la période qui nous précède immédiatement et qui est caractérisée par la décadence de la métaphysique, il faut, comme dans la philosophie ancienne, chercher ies premiers linéaments de la vérité, non dans les idées extrêmes, mais dans les sys-

tèmes mixtes où dominaient à la fois les points de vue matérialistes et les points de vue sensualistes.

Les tendances positives, scientifiques, ont existé à toutes les époques de la philosophie ; mais au xviii® siècle ces tendances, sans cesser d'être encore vagues et inconscientes, firent un pas immense en avant vers la solution définitive du problème. Il y a surtout un trait qui caractérise le rapprochement entre la philosophie et les sciences : les conceptions particulières, empruntées aux branches spéciales du savoir, prennent la place des raisonnements généraux et abstraits, nés en dehors des données de l'expérience.

Ce trait est frappant au siècle dernier ; il devient distinctif de plusieurs systèmes matérialistes et sensualistes ; mais cette prééminence des faits scientifiques n'était encore que le résultat de considérations purement pratiques : elle n'était pas érigée en principe, ni appuyée par des arguments d'ordre théorique.

Le grand mérite d'Auguste Comte et de ses successeurs immédiats a été de systématiser ce rôle de la science, et d'avoir transformé le positivisme spontané et rudimentaire du passé en un positivisme déterminé et réfléchi (21).

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