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Sociologie t chapitre sur l'aualogie réelle

RODERTY.

178 L'ANCIENNE ET LA NOUVELLE lilILOSOPUIE

hors des méthodes scientifiques, explique non seulement la préfërence accordée par toute métaphysique au syllogisme et aux procédés déductifs sur les procédés inductifs, mais encore la longue domination de la méthode a priori,

La prédominance, en philosophie, des méthodes de démonstration sur les méthodes de découverte n'a pas été en elle-même un grand mal. Elle n'a été désastreuse que dans les sciences positives. Mais la philosophie ancienne ne pouvait se contenter du simple rôle d'exposant des résultats du savoir humain ; c'est pour cela qu'elle tendait toujours à élargir le cadre normal de la méthode d^ductive, qu'elle essayait toujours de faire d'un moyen de vérification et de preuve, commun à toutes le.s sciences, un procédé de découverte propre à la philosophie. La méthode a priori» à laquelle la métaphysique est redevahle de toutes ses acquisitions imaginaires dans le domaine de l'inconnu, a pour origine cette perversion du caractère de la méthode déductive.

En plaçant au sommet de ses déductions de pures conceptions de l'esprit, souvent vides de sens, qu'elle considérait comme des généralités absolues, supérieures aux vérités relatives de la science, la méthode a priori y ramenait le connu et l'inconnu. La méthode se trouva ainsi stérile, elle ne faisait que remplacer les choses qu'on ignorait par des choses qu'on connaissait fort peu, et prendre ces tautologies pour de véritables explications des phénomènes. Il arriva ce qui était facile à prévoir : que la métaphysique, en partant, comme la science, du monde réel, aboutissait à la fiction et, pour me servir des expressions d'un des modernes historiens de la vieille philosophie, « ne créait que des synonymes du néant ».

Quoi qu'il en soit, les erreurs méthodologiques de la métaphysique ont une analogie vraiment frappante avec les procédés du raisonnement vulgaire qui appartient à l'immense majorité, à la foule des esprits incultes. Cette ana-

logie, tout à fait méconnue jusqu'à ces derniers temps, commence à être aperçue ; il devient de plus en plus évident que les anciens philosophes, tenus par la force des choses historiques en dehors des voies scientifiques, n'avaient pas d'autre alternative que de se rattacher au raisonnement du vulgaire. Il est cependant curieux que ce résultat de la critique contemporaine n'ait été atteint que grâce aux efforts de l'école qui accusait le plus durement les penseurs se rapprochant de la science, les positivistes et les matérialistes modernes, de n'avoir pas assez les allures de philosophes, de raisonner trop simplement (25).

9. Il découle de tout ce qui précède une conclusion qui a son importance pour la caractéristique de l'ancienne philosophie sous toutes ses formes : cette philosophie a toujours employé une seule et même méthode. Si, comme nous l'avons vu, la métaphysique pouvait et devait être subdivisée en trois branches, suivant ses trois hypothèses fondamentales, cette subdivision, ni aucune autre d'ailleurs, n'est applicable aux procédés méthodologiques des anciens penseurs.. En distinguant soigneusement les travaux scientifiques des idiilosophes de leurs écrits philosophiques, on reconnaît aisément que toutes les écoles ont eu recours à la même méthode, qu'elles marchaient toutes dans une même fausse voie, aboutissant aux mômes illusions subjectives.

Je parle, bien entendu, de la pratique courante des philosophes, et non de leurs théories de la connaissance qui ont été très différentes ; mais la théorie de la connaissance et la méthode sont deux choses qu'il ne faut pas confondre. La première examine les conditions générales du savoir à un point de vue exclusivement psychologique, elle ne peut donc pas être considérée comme une méthodologie philosoidiique particulière, pas plus qu'elle ne peut être prise pour une méthodologie spéciale à telle ou telle science.

Cette confusion a été pourtant souvent faite, principalement par les sensualistes et les idéalistes, mais, riiistoire de la métaphysique le démontre, elle est restée sans influence appréciable sur les procédés réellement employés par les penseurs dans leurs spéculations.

La parenté entre les diverses formes de la métaphysique apparaissait donc surtout dans le domaine de la méthode. La communauté des moyens d'investigation était le lien solide qui unissait tous les systèmes du passé en un grand groupe de philosophie métaphysique. L'identité du but final poursuivi - une conception complète et harmonique du monde - était un lien relativement moins important car il relie entre elles toutes les philosophies en général,* les antiques religions aussi bien que les modernes systèmes scientifiques.

La méthode a priori a toujours constitué l'élément le plus stable de la métaphysique, le seul, peut-ôtre, qui ait été pour elle une garantie sérieuse contre les envahissements des conceptions scientifiques. Une pareille persistance a eu pour conséquence naturelle le rapport direct entre la puissance intellectuelle des penseurs et la profondeur des erreurs dans lesquelles ils tombaient; car, comme le remarque Bacon, « un boiteux qui marche en ligne droite devance un coureur qui prend des chemins de traverse inconnus, et il est clair que plus le coureur sera rapide, plus vite il perdra définitivement sa route « ».

10. Après avoir jeté ainsi un coup d'oeil d'ensemble sur les côtés faibles de la métaphysique, nous devons examiner ses bons côtés qui ne sont pas nombreux et ne nous arrêteront pas longtemps.

L'impartialité qui est une conséquence naturelle du point de vue relatif auquel la critique doit se placer, nous oblige

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