‹ L'ancienne et la nouvelle philosophie [microform]Chapitre 30 sur 81 · Nov. Or g · texte numérisé non relu

Nov. Or g

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à reconnaître qu'au milieu des innombrables erreurs des vieux philosophes, apparaissent çà et là des parcelles de ce qui devait être un jour la vérité. La philosophie du passé a été l'écho fidèle non seulement de l'ignorance générale, mais aussi des premiers résultats de ce savoir positif qui devait permettre à l'homme de lutter victorieusement contre les forces brutales de la nature. Il faut même avouer que la philosophie, du moins dans la personne de ses meilleurs représentants, écoutait le langage simple et calme de la science naissante plus volontiers que les interprétations mystiques des phénomènes inconnus de la nature. Son erreur, si une condition nécessaire d'existence peut porter le nom d'erreur, a consisté à combiner, souvent d'une façon remarquablement heureuse, deux éléments, la fantaisie et la réalité, les hypothèses arbitraires de l'ignorance et les résultats précis de la science. Et le mauJur de la philosophie - si ce terme peut s'appliquer à une situation naturelle, en somme - a été qu'à l'époque de son plus grand éclat, l'imagination dominait encore la réalité, l'immense amas de choses inconnues et de suppositions'gratuites écrasait encore les modestes acquisitions

du savoir positif.

La nécessité historique de la métaphysique et son droit d'occuper une place d'honneur dans les annales de l'humanité ne sont pas douteux. Difficile en tout cas et pénible a été, pour les grands esprits du passé, le travail philosophique ; il leur fallait lutter contre des obstacles dont nous ne pouvons avoir présentement qu'une faible idée. La plupart de ces obstacles n'ont sans doute pas été vaincus ; ils ont été momentanément écartés ; il n'en est pas moins vrai que cette victoire, aussi incomplète fùt-elle, a coûté aux anciens des efforts considérables pour résister aux suggestions de l'imagination, aux illusions du sens intime, aux tentations de la logique formelle. Ce n'est qu'en mettant rigoureusement d'accord les éléments subjectifs de leurs

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systèmes avec la somme des connaissances scientifiques de leur époque, que Platon et Aristote, Descartes et Spinosa, Leibnitz et Hume, Kant et Hegel ont pu arriver à cette haute situation qui leur appartient dans l'histoire de la pensée humaine, et exercer sur leurs contemporains une sérieuse et durable influence.

Le développement de la philosophie que nous pouvons envisager comme témoins, car nous sommes bien plus et bien mieux témoins du passé que du présent, nous conduit, depuis l'ignorance générale, depuis les rudiments du savoir positif, en passant par toute une série de systèmes dont l'ensemble correspondait au cycle complet des sciences, à la philosophie scientifique qui nous apparaît comme la phase dernière de cette évolution parallèle de la pensée philosophique et du savoir spécial. Cette évolution régulière, progressive n'est certes pas faite pour nous inspirer le mépris de l'ancienne philosophie. Ce qui s'est passé jadis, se passera probablement dans l'avenir, si les conditions générales restent les mômes ; le développement de la philosophie ne s'arrêtera pas au degré qui est aujourd'hui pour nous le degré supérieur. Nous avons pu, grâce au progrès des sciences exactes, réduire à un type unique des synthèses de valeurs très différentes ; l'histoire future de la philosophie en agira de même à l'égard des systèmes qui se succéderont après nous.

11. Ces prévisions se rapportant à un avenir plus ou moins éloigné nous importent peu d'ailleurs ; nous devons nous contenter de chercher une appréciation vraie et équitable des philosophes anciens, et il suffit, pour cela, de ne pas perdre de vue deux circonstances qui peuvent nous guider dans tous nos jugements sur la métaphysique.

En premier lieu, l'histoire entière de la philosophie nous montre clairement, suivant la juste remarque de

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H. Spencer *, que les métaphysiciens de toutes les écoles comprenaient le problème général de la philosophie exactement comme nous le comprenons maintenant. La philosophie, aux diverses époques de son existence, a toujours tâché, en effet, d'extraire des sujets qu'elle abordait, les vérités générales et supérieures, laissant à la science spéciale la recherche des vérités particulières ; elle a toujours tenté de coordonner tous les résultats partiels du savoir positif ou du savoir hypothétique en une conception d'ensemble, en un système complet d'interprétation de la nature.

Ce trait caractéristique, qui rapproche la métaphysique de la philosophie réellement scientifique, implique une conséquence importante. Dans l'héritage légué par la métaphysique, dans ses méthodes d'investigation et ses résultats acquis, il y a deux parts fort inégales à faire : l'une, de beaucoup la plus considérable, qu'il faut rejeter définitivement comme ne correspondant plus à l'état présent de nos connaissances, l'autre infiniment moindre, dans laquelle nous pouvons trouver encore de très utiles indications. Cet actif de la métaphysique a justement pour origine, sinon exclusive du moins principale, une conception vraie du problème de la philosophie. Pourtant, quelque bien disposé qu'on soit, quelque bonne volonté qu'on y mette, il est incontestable que le passif de la philosophie ancienne dépasse dans une proportion énorme son actif, et cela suffit pour la ranger dans la catégorie des choses fausses dont il est parfaitement inutile de chercher la réhabilitation. Mais réhabiliter un mode de penser condamné sans appel, et essayer de retrouver dans la masse d'erreurs des parcelles de vérité qui pourront servir dans l'avenir, sont choses fort différentes. Ceux qui poursuivent la rénovation de la philosophie par la science, feront donc

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