‹ L'ancienne et la nouvelle philosophie [microform]Chapitre 31 sur 81 · I. Premiers principes, p. 134-137. Edit. de · texte numérisé non relu

I. Premiers principes, p. 134-137. Edit. de

m L'ANCIENNE ET LA NOUVELLE rillLOSOPIIlE

bien de ne pas n(?gliger ces quelques débris du passé quMls trouveront surtout dans l'étude des systèmes matérialistes et sensualistes.

12. La seconde circonstance qu'il ne faut pas perdre de vue lorsqu'on veut apprécier les doctrines métaphysiques, c'est la part qui leur revient dans la préparation des éléments qui constituent petit à petit la science sociale. La portée sociologique des formules par lesquelles les anciens penseurs ont voulu exprimer leur conception du monde, est un autre critérium qui permet de déterminer exactement ce qui, dans ces formules, conserve encore pour la pliilosopliie contemporaine une certaine valeur.

Les systèmes métaphysiques doivent être considérés comme la résultante d'une longue suite de réactions entre la somme existante du savoir et tous les autres facteurs de la civilisation ; ils ont été, cela est incontestable, les produits les plus brillants du développement intellectuel du temps et du milieu. Là-dessus partisans et adversaires de la métaphysique sont d'accord. L'historien qui veut se rendre un compte exact d'une civilisation donnée doit l'étudier avant tout dans les conceptions de ses meilleurs penseurs. En devenant ainsi matière à études sociologiques, la philosophie du passé n'en reste pas moins, indirectement, sujet d'investigations philosophiques. La sociologie, à l'égal de toutes les autres sciences d'ailleurs, n'est qu'un élément ; ses déductions, comme les déductions des autres branches du savoir, servent de matériaux ou, plus exactement, de point de départ à la philosophie. Il est vrai que le tribut que la sociologie apporte est justement celui dont la philosophie a eu et a peut-être encore le plus grand besoin.

13. Parmi les rapports entre la philosophie et la sociologie, il en est un qui est particulièrement intéressant.

CAnACTÉRlSTIQUE DE LA PHILOSOPHIE DU PASSÉ 185

C'est la sociologie, en effet, qui doit formuler non seulement la loi empirique à laquelle est soumise l'apparition des systèmes métaphysiques, mais encore la loi générale du développement de la philosophie qui renfermera la loi empirique comme un cas particulier.

La philosophie la plus parfaite que nous puissions prévoir dans l'avenir, ne cessera jamais d'avoir des points de contact avec la plus grossière, la plus élémentaire des philosophies du passé : car elle ne sera jamais, elle aussi, qu'une fonction complexe de la somme du savoir et des autres conditions propres à une civilisation donnée. Les relations qui relient tous ces groupes d'éléments peuvent changer du tout au tout, la prédominance peut passer de l'un à l'autre, le savoir positif qui jouait un rôle secondaire et effacé peut devenir le moteur principal de l'évolution,— la philosophie future n'en dépendra pas moins, dans une certaine mesure, des conditions créées par les forces et les influences sociales. La conception scientifique du monde ne coïncidera jamais dans toutes ses parties, non seulement avec une science spéciale ou un groupe de sciences spéciales — c'était, nous l'avons vu, ce que voulait la métaphysique — mais même avec la série entière des sciences particulières.

14. Ce point de vue a son importance dans la crise que traverse la philosophie moderne et qui produit deux courants d'opinion.

I,es uns veulent faire de la philosophie une sorte de complément du savoir spécial, n'ayant pas de méthode propre et se servant de procédés appartenant aux diverses sciences. Les autres, au contraire, tentent de la constituer à l'état de science particulière s'occupant des conceptions générales de l'esprit humain. Une philosophie réellement scientifique doit également éviter ces deux extrêmes, qui se touchent par leur négation de la nécessité de distinguer

les méthodes du savoir général d'avec les méthodes du savoir spécial.

La philosophie des sciences ne peut pas être une science générale, terme que les métaphysiciens seuls sont en droit de lui appliquer, encore moins une science spéciale. Elle est fondée sur le cycle complet du savoir abstrait et ne peut forct^ment ni se confondre avec lui, ni en former une partie. Elle doit, sans doute, n'employer dans ses investigations que des procédés rigoureusement scientifiques, mais cela ne veut nullement dire qu'elle ait le droit de se servir de toutes les méthodes des sciences spéciales indistinctement. En un mot, la philosophie nouvelle doit rester ce qu'a toujours été l'ancienne : une conception du monde.

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