‹ L'ancienne et la nouvelle philosophie [microform]Chapitre 35 sur 81 · La Phiîosoj^hie jtositive^ t. I, p · texte numérisé non relu

La Phiîosoj^hie jtositive^ t. I, p

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fictions dont il s'agit, par suite de leur caractère éminemment abstrait, n'ont jamais été directement alimentées par les illusions nombreuses des sciences particulières, qui, à une époque plus reculée, leur avaient donné naissance ; de sorte que la source primitive de ces erreurs fut peu à peu complètement oubliée. Pour la rappeler à la mémoire et couper court aux constructions arbitraires de l'esprit, il a fallu une nouvelle série de conceptions générales, dérivées des conceptions anciennes que l'expérience avait amendées — il a fallu, en d'autres termes, la lente réaction produite par le savoir positif. Plus ce savoir était général et plus il s'approchait de l'état de maturité philosophique, plus il dissipait rapidement les fantômes de la théologie et de l'apriori.

"7. De tout ce qui vient d'être dit, il résulte que la loi des trois états est une loi essentiellement empirique. Comme expression d'un fait historique général elle fournit, sans doute, à l'histoire de la philosophie, ou à l'histoire de tout autre groupe de phénomènes sociologiques, une formule très précieuse permettant de classer facilement les données de l'observation ; mais en tant que loi, elle reste elle-même inexpliquée. Pourquoi, par exemple, existet-il une période métaphysique entre la période théologique et la période des interprétations scientifiques? Pourquoi, d'une manière générale, les hypothèses métaphysiques apparaissent-elles? Dans quelles conditions précises cessent-elles d'avoir de l'empire sur les esprits? La loi des trois états laisse de pareilles questions sans réponse, à moins qu'on ne considère comme réponse le renvoi à des causes profondément cachées dans l'inconnu psychologique.

C'est précisément ce problème de la genèse de l'a priori que j'ai essayé de résoudre en m'eflbrçant de rester, autant que possible, sur le terrain de la sociologie, et en cherchant une conception qui soit pleinement indépen-

dante de telle ou telle théorie de la connaissance, de tel ou tel postulat appartenant aux domaines voisins de la biologie, de la psycho-physique et de la psychologie, considérée comme une branche concrète de la science des sociétés. La loi particulière des trois types de la métaphysique que j'ai étendue, par hypothèse, à tout l'ensemble des faits renfermés dans la formule de Comte, donne la loi générale du rapport entre la science et la philosophie et, par conséquent, répond à la question posée. C'est, en effet, dans l'état du savoir, c'est-à-dire dans la quantité relative d'idées scientifiques, que se trouve la véritable cause de l'apparition, de la floraison et du déclin, aussi bien des religions que des systèmes métaphysiques.

Cette loi générale du développement de la philosophie ne renferme rien qui contredise la succession des trois phases mentales ; bien au contraire, elle confirme le fait exprimé dans la loi de Comte. La relation entre les deux formules se manifeste par la concordance des conséquences pratiques qui en découlent. Ma formule suppose la disparition progressive des illusions théologiques ou métaphysiques, à mesure que croît la somme du savoir positif; la même conclusion, consolante pour les uns, regrettable pour les autres, se tire aisément de la formule de Comte. Cette concordance est toute naturelle : le fait général exprimé dans la formule de Comte n'est, évidemment, qu'une conséquence nécessaire d'un fait plus général encore que ma formule exprime.

ROBERTY

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