L. Liard, La BcitiM potitivê 9t la m^tûphysiqut, ch. iv
228 L'ANXIENNE ET LA NOUVELLE niILOSOPHIE
blir peu à peu, et les diverses catégories de faits — être séparées de la masse totale des phénomènes. Une pareille séparation a amené tout naturellement une lutte intestine non seulement entre la théologie et la métaphysique, mais encore, quoique plus tard, entre les hypothèses théologiques et métaphysiques d'un côté, et de l'autre - le savoir positif qui leur servait de source commune et qui se distribuait petit à petit dans la série hiérarchique des sciences abstraites. Cet antagonisme suggéra à Tesprit humain la comparaison des résultats acquis par le même procédé d'explication dans deux domaines voisins, celui des faits particuliers et celui de l'ensemble des faits naturels ; et la comparaison démontra clairement qu'une méthode bonne pour le savoir spécial ou scientilique, ne valait rien pour le savoir général ou philosophique.
■7. Pendant les deux premières phases, la philosophie n'a aucun caractère scientifique, malgré l'emploi constant de l'hypothèse ; dans la troisième phase, elle devient scientifique, po^tive, quoiqu'elle rejette cet instrument si utile au savoir spécial. L'affirmation, sous cette forme, peut paraître paradoxale. On exprime, en effet, habituellement la distinction entre le « scientifique » et l'a anti-scientifique », en opposant la méthode objective à la méthode subjective ; mais une semblable terminologie n'a de sens précis, que s'il est entendu que la première aboutit, en fin de compte, dune façon ou d'une autre, par l'induction ou la déduction, par l'hypothèse ou l'observation pure, à des résultats essentiellement positifs, et que la seconde amène invariablement à des conclusions essentiellement invérifiables. Ainsi amendée, la thèse cesse d'être en contradiction avec l'exigence d'une application rigoureuse de la méthode scientifique à la philosophie ; c'est, au contraire, à cause de cette exigence fondamentale que toute hypothèse, toute induction non vérifiée doit être sévèrement exclue des procédés d'in-
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vestigation philosophique. L'emploi irrationnel en philosophie de toutes les méthodes scientifiques est la conséquence de la confusion de la science et de la philosophie, inévitable au début du développement de l'une et de l'autre ; l'emploi rationnel de quelques-uns des procédés méthodologiques de la science — en très petit nombre, — est le résultat de la distinction qui s'établit graduellement entre les problèmes du savoir spécial et le but poursuivi par la philosophie.
L'unité de méthode dans la science et dans la philosophie qui existait au commencement de leur histoire, se rencontre donc encore de nos jours; mais elle était .formelle, synthétique, elle est devenue réelle et purement analytique. Il importe de remarquer d'ailleurs, que cette conclusion, pour devenir définitive, doit être confirmée par une théorie scientifique de la connaissance qui sera établie, tôt ou tard, par les efforts réunis de la psycho-physique et de la sociologie concrète.