‹ L'ancienne et la nouvelle philosophie [microform]Chapitre 56 sur 81 · Huxley, Hume, sa rie, sa philosophie, 1880, p · texte numérisé non relu

Huxley, Hume, sa rie, sa philosophie, 1880, p

rétréci, au point d'en faire une recherche spéciale des phénomènes de la pensée; elle a placé la connaissance de l'esprit humain au même niveau que la connaissance générale de l'univers. Dans ces conditions, l'explication des phénomènes psychologiques, elle-même, n'a pu acquérir un caractère scientifique, et la métaphysique, cessant d'être la philosophie, n'est pas devenue une psychologie positive.

•7. Passons maintenant à la deuxième partie de la question qui nous occupe, à Vinffuence de la philosophie à priori sur le développement des sciences spéciales.

Nous avons déjà appelé Tattention sur l'exagération du rôle qu'on fait jouer ici à la métaphysique. Sans doute, les vagues illusions élevées au rang de régulateur suprême de la vie intellectuelle, ont dû influer notablement sur révolution sociale tout entière, par conséquent sur l'accroissement progressif des connaissances positives qui occupent dans cette évolution une si grande place. On peut dire qu'en ce sens la philosophie à priori a été en même temps un agent actif et une fonction de la civilisation générale. Une semblable conclusion ne nous permet pourtant pas de sortir du cercle des rapports ordinaires des faits sociaux, et elle indique, de plus, que la réaction de la métaphysique sur la science a été, en somme, un obstacle que le savoir positif écartait graduellement. L'état florissant des conceptions à priori, conséquence et indice de l'ignorance et de l'insuffisance de la science, ne pouvait, certes, pas contribuer au progrès scientifique.

Mais il ne faudrait pas conclure de cette thèse générale qui, disons-le en passant, est également vraie pour toute la philosophie à priori, que la métaphysique doive être considérée comme la cause unique, ou même comme la cause principale qui empêchait le développement du savoir positif. Ceux qui supposent que le triomphe d'une ten-

dance quelconque de l'idée à priori aurait pu accélérer cette marche et que la domination d'une autre tendance aurait pu l'arrêter, aussi bien que ceux qui croient qu'il suffisait d'enlever les entraves que la métaphysique mettait à la science, pour faire avancer celle-ci à pas de géant, se trompent également.

Un exemple expliquera mieux notre pensée et la distinction que nous voudrions établir ici. Un philosophe aussi prudent que Lange ne craint pourtant pas d'affirmer que le monde ancien lui-même pouvait arriver à d'immenses résultats dans les sciences naturelles, sans la victoire de la réaction athénienne sur les tendances naturalistes des premières écoles philosophiques de la Grèce *. Or, il est à peine besoin de dire que les thèses les plus importantes du naturalisme ancien, qui constituent la base du monisme matérialiste moderne, l'éternité de la matière, la nécessité de tout ce qui existe, la négation du hasard dans l'ordre des causes effectives des phénomènes, la réduction de ces derniers au mouvement n'ont jamais pu et ne peuvent servir à la découverte d'aucune loi naturelle.

Peu importe que de semblables hypothèses sdient considérées, même de nos jours, par beaucoup de gens, comme le dernier mot de la science. Le « dernier mot de la science » est justement celui qu'elle n'a pas encore prononcé et que les métaphysiciens prononcent en son nom, généralisant l'ensemble avant d'avoir expliqué les détails. Sans doute le matérialisme, par suite de causes que j'ai indiquées plus d'une fois dans ce livre et dans mon livre sur la sociologie * , est la philosophie qui se rapproche le plus de la conception future du monde et de son précurseur immédiat — le positivisme empirique ; mais cela ne provient nullement de ce que le matérialisme a produit simultanément toutes ou presque toutes ses thèses fonda-

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