‹ L'ancienne et la nouvelle philosophie [microform]Chapitre 63 sur 81 · Lange, Op. cit., tome P'", p · texte numérisé non relu

Lange, Op. cit., tome P'", p

y revient par les petites entrées, et reprend peu à peu sa place accoutumée.

Le matérialisme et le sensualisme, grâce à leur vernis scientifique, font les premiers frais de cette restauration ; mais le rôle prépondérant que la plupart des systèmes modernes accordent à la théorie de la connaissance, oblige bientôt ridéalisme à entrer à son tour dans la voie des accommodements. Le caractère éclectique et encyclopédique de la nouvelle philosophie s*accuse ainsi de plus en plus, — et c'est là peut-être le trait le plus caractéristique de la phase actuelle. A la seule exception du positivisme et des doctrines congénères, tous les autres systèmes contemporains, qu'ils soient dogmatiques, comme la théorie de l'évolution et la plupart des philosophies monistiques, ou purement critiques, se conforment de tout point au programme tracé par l'un de leurs représentants les plus autorisés : ils construisent la philosophie moderne dans le goût moderne, avec des procédés et des matériaux modernes.

Telle est, dans ses traits principaux, la ligne de démarcation que l'opinion courante établit à très juste titre entre la philosophie qui guide les sciences en les suivant pas à pas, c'est-à-dire la philosophie des relations et des lois exactement vérifiées, représentée par l'école positive, et la philosophie des hypothèses, représentée par les écoles monistiques qui se croient appelées à guider les -sciences en les précédant, en les inspirant par des suppositions philosophiques générales.

Ce qui empêche la transformation radicale du goût et des aspirations philosophiques de l'époque, ce qui nuit à la découverte des méthodes de généralisation inlerscientifiquey ce qui retarde, en un mot, la constitution de la philosophie des sciences, c'est avant tout l'insuffisance des matériaux que les sciences particulières peuvent fournir à la philosophie. C'est là ce qui fait du positivisme un

simple précurseur de la systématisation scientifique future, un symptôme de sa nécessité théorique. Le positivisme représente un avenir devenu possible — tel est son vrai rôle, le seul qu'il doive s'efforcer de conserver; il ne doit jamais oublier que si le besoin d'unifier complètement un savoir encore incomplet et fragmentaire se fait sentir à notre époque, ce besoin sera en grande partie satisfait par tous les autres systèmes contemporains. Le positivisme devra donc borner son ambition à déblayer définitivement le terrain philosophique, en augmentant le nombre des données exactes, surtout dans les domaines connexes de la psychologie physiologique et de la sociologie, et en établissant une série complète de philosophies particulières pour toutes les sciences abstraites. •

4. Ce n'est qu'en suivant strictement ce programme que le positivisme pourra remplir son principal office qui est d'accélérer et de faciliter le passage de la demi -philosophie qui règne aujourd'hui à une compréhension infiniment plus claire du lien général qui unit l'ensemble des phénomènes. Mais s'il est vrai que la philosophie est la syyilhèse suprême de l'univers, il est non moins certain qu'elle ne doit jamais prendre pour objectif l'unité pure et absolue des phénomènes, qui n'est qu'une abstraction quintessenciée, ne correspondant à aucune réalité observable. Rien n'est plus aisé que de concevoir cette unité absolue ; les penseurs des époques les plus ignorantes s'en faisaient un véritable jeu, et les systèmes métaphysiques les plus célèbres en sont une preuve vivante ; rien n'est plus difficile, au contraire, que de saisir dans l'extrême variété des choses leur unité relative et conditionnelle qui est seule digne des recherches philosophiques, car seule elle peut amener le triomphe final d'une conception du monde vraiment positive ou scientifique.

C'est à une pareille conception qu'on peut appliquer ce

ROBERTT.

que la nouvelle psychologie affirme à IVgard de la conscience, cet abrégé d'une longue suite d'états cérébraux et de modifications nerveuses qui à chaque moment donné forment notre « moi » : la conscience est une coordination, une systématisation qui mène à Tunité, mais elle n'est pas Vunité. Notre « moi » oscille constamment entre ces deux points extrêmes où il cesse d'être : l'unité pure et l'incoordination absolue». Une explication des choses strictement limitée à des catégories particulières de phénomènes — tel est le problème que se posent les sciences spéciales; une conception générale et systématique de l'ensemble des phénomènes — tel est le problème do la philosophie qui est, par définition, une coordination de nos connaissances, c'est-à-dire une sorte de conscience scientifique réunissant les membres épars du savoir particulier en un tout compréhensif et intelligible. En passant des notions et des représentations particulières, toujours isolées et fragmentaires, à leur groupement systématique, à de vastes domaines du savoir, nous ne pouvons évidemment pas sortir de nous-mêmes ou cesser d'être ce que nous sommes. Il est donc parfaitement naturel que, même après être parvenus aux dernières limites de l'abstraction philosophique, nous ne pussions faire autre chose que ce que nous faisons quand nous réduisons tels ou tels phénomènes à cette unité qu'on appelle la C07iscience. Ici, comme partout ailleurs — et cela sous peine de rester en deçà ou d'aller au-delà du but, — nous devons également craindre ces deux extrêmes : l'unification absolue et la complète

incoordination.

Ce dernier danger ne saurait, du reste, menacer sérieusement un système philosophique quelconque. Quant à l'excès contraire, l'exemple de la philosophie à priori est là pour montrer jusqu'à quel point tout le champ de la

1. Voy. Ribot, Les hasts intellectuelles de la personmlité, [Revue pkiL, oct. 1884, p. 446.)

conscience peut être envahi par une seule idée directrice. Ramenant la diversité infinie des phénomènes à l'unité absolue de la matière, de la sensation ou de l'idée pure, la métaphysique ne donnait que la formule abstraite de l'unité cherchée ; elle nous transportait malgré nous à l'un de ces points extrêmes où, suivant la doctrine dos psychologistes modernes, se perd toute conscience vraie, et, avec elle, toute possibilité d'atteindre l'unité relative des choses.

Mais il est inutile de pousser plus loin la comparaison, d'insister sur ce fait, que les bases physiologiques et psychiques de la conscience sont, en même temps et à plus forte raison, les bases de la philosophie ; et il n'est pas besoin de démontrer que si le point culminant des phénomènes de la première espèce se trouve être naturellement situé entre les extrêmes de l'unité absolue et de l'absolu chaos, la forme la plus haute des phénomènes de la seconde espèce, ou la philosophie des sciences, occupe nécessairement la même position. Tout cela me paraît indéniable, de même qu'il me semble évident que le positivisme a raison d'opposer la coordination des résultats généraux du savoir abstrait, quelque insuffisante qu'elle puisse être, à l'unité plus parfaite, sans contredit, mais, en revanche, purement fictive et stérile, de la philosophie hypothétique.

La philosophie des sciences, quand elle sera constituée, ne fera qu'accentuer et fortifier ce contraste. Je suis profondément convaincu que ce n'est qu'en se résignant à suivre pas à pas les sciences particulières dans leurs généralisations successives, sans s'écarter jamais de cette voie lente et difficile sans doute, mais directe et sûre, qu'on pourra atteindre l'unité relative des phénomènes, la compréhension conditionnelle du lien général qui les unit. Si cela est vrai, la question de la possibilité de réunir en une synthèse supérieure l'unité idéale et l'unité réelle des phénomènes — cette quadrature du cercle en philosophie — cesse d'être une question, dans le sens scientifique du

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terme • car, comme le fait justement observer Didmt, un problème d;it être considéré comme définitivement résolu. CSn peut prouver que sa solution est impossible.

5 Nous arrivons exactement aux mêmes conclusions en noTplaçant au point de vue de rhistoire des faits les «lus saillants du passé de la philosophie .

Puïque le développement du savoir est la cause soc.olo- «inuqrdétermine révolution des idées philosoplnques e Risque la loi des trois types métaphysiques n'est que rexp ession historique de l'action de cette cause pendant a ïnguTpériode qui est caractérisée par des lacunes consVéraL dans les sciences les plus importantes, le maté- ^mZ, ndéalisme et le sensualisme, sous leur forme ni constituent, à l'heure qu'il est, un anachronisme, r — ie. .ne régression sociale. ^if^^^^Zf;^ présentement ces philosophies n'est pas à la hauteur des InÏrnces molernes ou n'en tient pas su fisammen compte, ces connaissances mettent ^^—"1 fin à la ^.^ination exclusive de la métaphysique, et la translor ment peu à peu en une philosophie bâtarde mélange, par

parties égales, de germes de la ^u'!;- Pjl^^J^^S Lences et de restes de l'ancienne Pb''o«oP" «'"«'^^^^ des systèmes contemporains reflète donc fidèlement le ca .transitoire de notre époque et -présente es de.x

influences, scientifique et "ét-P^'y^n-r jrrait^H^^ samment entre elles, l'une au nom de 1 avenir. 1 autre

Tette L'ire transformation de la métaphysique, avec saTendance si prononcée à réunir dans une synthèse supérieure le « matérialisme des phénomènes . et le « p(«nt de vue de l'idéal ». subit pourtant encore la même loi. qLîà un degré bien moins sensible; la ^-^^ potliétique de nos jours est également ■"^'^"^f '^; ^^^j. sualiste ou idéaliste. Dans tous les efforts qu on fait actuel

lement pour trouver la formule suprême qui régit l'univers, nous voyons se reproduire le même phénomène : scientifiques à l'origine, ces tentatives s'écartent peu à peu de leur véritable but, et inclinent vers l'une des trois formes de Tancienne philosophie.

6. Dans la marche générale de révolution qui modifie graduellement les types historiques de la pensée et les remplace par un type nouveau, l'apparition d'un groupe entier de sciences reliées entre elles par l'unité de méthode, a dû exercer sur les destinées de la philosophie une influence autrement décisive que la constitution des branches isolées du savoir abstrait. C'est ce qu'on a vu, en eflet, lorsque apparut, le dernier en date, le groupe des sciences biologiques et sociologiques. On ne saurait trop insister sur l'importance, pour le développement des doctrines philosophiques, de l'application des méthodes scientifiques à l'étude des phénomènes de la vie et de la société. L'achèvement de la série des sciences abstraites a été non seulement le point de départ du grand mouvement qui a détruit le prestige de la métaphysique pure, mais encore le germe fécond qui à fait éclore les systèmes actuels.

Il est évident que la constitution du groupe des sciences complexes a dû sensiblement modifier les relations qui existaient autrefois entre l'idéalisme et ses deux concurrents métaphysiques. L'ancien idéalisme, dénué de toute base scientifique, acquiert aussitôt, du moins théoriquement, le terrain solide qui lui manquait, car il peut s'appuyer désormais sur les derniers échelons de la série scientifique. 11 prend donc définitivement rang à côté du matérialisme qui a toujours été la philosophie du groupe des sciences inférieures, et du sensualisme qui est devenu, un peu plus tard, celle du groupe des sciences de la vie.

La nouvelle position occupée par l'idéalisme dans le système des idées philosophiques, le force à être plus juste

envers les sciences expérimentales, les sciences d^observation pure et les sciences axioraatiques, qui existaient depuis longtemps». Les idéalistes modernes accordent à ces sciences une attention plus grande que leurs prédécesseurs. et aspirent môme à concilier les exigences légitimes du matérialisme avec les prétentions rationnelles de 1 idéalisme Ce furent les grands sensualistes du xviiP siècle et le grand idéaliste Kant, qui entrèrent les premiers avec hésitation dans cette voie.

Simultanément, ou un peu avant, une modification analoeue due à la même cause, se produisit dans le matérialisme* qui basé sur les sciences du monde inorganique, n'avait qu'à donner dans son système une place aux sciences de date plus récente ; mais c'est justement ce qu il ne pouvait faire sans transgresser les bornes de l'expérience sensorielle directe, tant que les phénomènes les plus complexes restaient en dehors des recherches strictement scientifiques. Lorsque le domaine de l'expérience s'étendit iusqu'aux extrêmes limites des phénomènes hyperorganiaues cette impossibilité logique disparut naturellement; • il n\ eut plus que la difficulté de fait, de s'adapter aux nouvelles conditions créées par les progrès des sciences positives Ce sont encore les sensualistes et les matérialistes du xviii« siècle qui engagèrent avec cet obstacle une lutte qui fut continuée plus tard, avec un succès bien autrement marqué, par Auguste Comte et par toute une phalange de philosophes contemporains, parmi lesquels il faut surtout citer les évolutionnistes et les partisans du monisme matérialiste.

1 Telle est, au point de vue historique, la genèse des systèmes contemporains de philosophie scientifique. C'est ainsi que la part de vérité qu'ils contiennent germa dans

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