‹ L'ancienne et la nouvelle philosophie [microform]Chapitre 7 sur 81 · Prantl, Oesckichte dtr Logik im Abendlando, t. II, p · texte numérisé non relu

Prantl, Oesckichte dtr Logik im Abendlando, t. II, p

scolastique tout droit de porter le titre de philosophie, n*étant en somme qu'un mélange de théologie et de logique. La remarque est très juste, mais toute la vieille philosophie, et particulièrement tous les systèmes idéalistes, peuvent être compris dans cette définition. La théologie, dans le sens le plus large du mot, constitue elle-même une conception du monde, une philosophie de degré inférieur ; façonnée par la logique et reliée à une théorie déterminée de la connaissance, elle se transforme nécessairement en métaphysique. Tel est le cas de la scolastique qui combinait très sincèrement d'abord, et plus tard hypocritement, en se couvrant de la doctrine de la double vérité, la logique et la théorie aristotélicienne avec des formes grossières, parfois même monstrueusement absurdes, de la théologie.

La scolastique offre d'ailleurs, pour l'histoire de la philosophie, un intérêt tout particulier, parce que c'est pendant son règne qu'apparaît, avec une singulière évidence, le lien qui existe entre tous les types de conceptions hypothétiques, et spécialement entre l'idéalisme et l'hypothèse qui détermine les conditions de nos -connaissances. C'est justement à cause de l'insuffisance de leur bagage scientifique et philosophique, que les penseurs du moyen âge nous montrent directement, sans aucune des considérations imaginées plus tard, l'immense importance de la théorie de la connaissance pour un certain ordre de conceptions du monde. Toute la scolastique, si on la dépouille de ses étrangetés théologiques, se réduit à la lutte de deux hypothèses déjà connues de l'antiquité, mais que le moyen âge reprit en leur donnant les noms caractéristiques de nomi' nalisme et de réalisme; il semblait alors, comme il semble encore maintenant à certaines écoles philosophiques, qu'en possédant une théorie de la connaissance, on tient en main la clef d'une conception complète, homogène du monde.

Plus tard, dans une autre partie de ce travail, je mon-

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trerai que la théorie de la connaissance ne peut, à aucun égard, être considérée comme une condition unique ou même primordiale pour la constitution d'une philosophie scientifique qui doit, tout au contraire, s'appuyer également sur toutes les parties du savoir humain. J'expliquerai, de plus, que la théorie de la connaissance, pour constituer une source féconde de spéculations philosophiques, doit quitter complètement, totalement le domaine de la philosophie où elle s'est toujours réfugiée, et rentrer dans le cadre précis de la science spéciale, à laquelle elle appartient de droit. Mais nous n'en sommes pas là présentement ; nous sommes encore en plein dans le passé de la philosophie, et nous devons remarquer que dans ce passé la question était envisagée tout autrement. Le sujet et les conditions lui permettant de connaître l'objet, ont toujours constitué le centre vers lequel gravitait l'idéalisme ; la question de la connaissance se résolvait nécessairement, en l'absence de données positives, par une série de conjectures. Ces dernières toutefois, ne conservaient que rarement, comme dans les meilleures parties de l'œuvre d'Aristote, une relation éloignée avec les conditions particulières . des phénomènes correspondants. La plupart du temps l'hypothèse était posée d'emblée comme une généralité philosophique, et la question de la connaissance devenait une recherche oiseuse sur ce qui est réel et ce qui possède un degré supérieur d'existence, sur ce qui est inconditionnel et ce qui est absolu; la théorie hypothétique de la connaissance se transformait ainsi invariablement en une théorie non moins hypothétique de la chose en soi. Ce trait général de l'idéalisme ne manque pas à la philosophie du moyen âge. Pourtant, c'est dans ce domaine que la scolastique mérite le moins le dédain dont on l'accable. Suffisamment garantie de la recherche de l'absolu dans l'ordre purement philosophique par ses croyances religieuses, elle a pu résister ici, jusqu'à un certain point, à la grande tentation à

laquelle sont exposés tous les idéalismes, de transformer rhypothèse de la connaissance en une hypothèse suf l'essence intime des phénomènes. Elle a sans doute succombé à la longue, mais elle a du moins le mérite d'avoir posé les questions relatives aux hypothèses de la connaissance d'une façon plus simple et plus directe que la philosophie ancienne.

Sur le terrain de l'ignorance complète des faits psychologiques que l'idéalisme a toujours eu la tendance de généraliser prématurément, comme le matérialisme a eu la tendance de généraliser les phénomènes les moins connus du monde inorganique, la confusion des conditions subjectives et objectives était très naturelle. Cette confusion était parfois telle, que les éléments subjectifs étaient pris pour les faits objectifs, et l'être abstrait pour une existence concrète. Un pareil réalisme, qui avait trouvé son expression systématique dans la théorie des idées de Platon, a été l'hypothèse préférée pendant la première période de la scolastique ; cette hypothèse, il faut le reconnaître, correspondait admirablement à l'état des esprits d'alors, pleins d'une naïve croyance. Mais au fond de toute supposition indémontrable, git un dualisme qui force tôt ou tard l'esprit à se jeter dans une supposition diamétralement opposée ; c'est, en effet, ce qui arriva à la doctrine platonicienne au moyen âge. Le nominalisme, ce descendant lointain de Socrate, apparaît d'abord comme une réaction naturelle, quoiqu'indécise encore, contre les exagérations du réalisme, ensuite, comme un résultat de l'étude d'Aristote et de la renaissance du matérialisme. Mais cette seconde hypothèse, donnant à l'existence concrète la première place et réduisant l'abstrait à l'état de simple procédé intellectuel, de condition purement subjective et formelle, acquit entre les mains des scolastiques un développement inconnu aux anciens.

A cet égard, le nominalisme des siècles suivants, ayant à

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sa tète des hommes comme Occam, le « docteur invincible », est surtout intéressant; sous cette forme, l'idéalisme du moyen âge se relie déjà par mille liens invisibles aux divers courants^'de la pensée philosophique moderne. Son formalisme logique, l'exactitude, la minutie même de ses distinctions et'de ses définitions, enfin sa lutte incessante avec le langage qui, « appartenant tout entier au peuple », devient par cela même le véhicule des préjugés et des erreurs, tout cela a déblayé la route à l'empirisme rationaliste des penseurs sensualistes de la France et de l'Angleterre, tout cela a contribué aussi à ranger le matérialisme, qui n'a jamais songé à élaborer une théorie de la connaissance, du côté de la théorie purement nominaliste.

En parlant de l'idéalisme du moyen âge, il est impossible de passer sous silence la philosophie arabe qui a eu, elle aussi, une influence considérable sur le développement de la scolastique. Cette philosophie, malgré ses nombreuses écoles, appartient tout entière au type philosophique que nous avons examiné tout à l'heure.

Composée de logique - de logique aristotélicienne presque exclusivement, - de néoplatonisme et de théologie sous la forme du monothéisme mahométan, la scolastique arabe ne se distingue de la scolastique chrétienne que par trois traits ayant entre eux les rapports les plus intimes : une plus exacte connaissance des sources de la pensée ancienne, un plus grand savoir positif, enfin un plus précoce développement de tendances au scepticisme. Ces traits expliquent la liberté des allures philosophiques chez les plus brillants représentants de l'idéalisme arabe, en particulier chez Averroës, dont les œuvres ont eu une si large part au mouvement intellectuel de l'Europe.

4. Nous nous sommes arrêté avec quelque insistance sur l'idéalisme du moyen âge, parce que cette période de son développement est, en général, très faussement appré-

ciée. On attribue couramment à Tinfluence des habitudes intellectuelles acquises pendant la domination de la scolastique, un grand nombre des déboires que Tidéalisme a rencontrés, et qu'il eût été plus juste d'expliquer par le caractère inhérent à ses conceptions. Les destinées ultérieures de l'idéalisme ont démontré, de la façon la plus évidente, que son irréparable stérilité ne tenait ni aux doctrines d'Aristote, ni aux philosophes scolastiques, et il est temps d'abandonner ces phrases vagues sur le caractère sophistique des vieilles philosophies qui ne trompent plus personne. Il n'y a, en effet, aucune raison valable pour mépriser un Protagoras, un Gorgias, un Origène, un Duns Scot, parce que nous connaissons maintenant leur profonde ignorance des phénomènes complexes de la psychologie et de la sociologie, ni de se prosterner devant Hegel, Schopenhauer ou même Kant, uniquement parce que l'insuffisance de leurs connaissancps en ces matières est moins appréciable. L'ignorance qui caractérise la période philosophique actuelle, a trait en partie aux mêmes questions que l'ignorance des temps passés, en partie à des questions d'un autre ordre, mais elle aboutit à un résultat identique, à la construction d'hypothèses qui embrassent à la fois le connu et l'inconnu et sont, par conséquent, arbitraires et invérifiables.

Dans les deux cas, dans la métaphysique du passé et dans la métaphysique du présent, l'esprit humain, même en obéissant aux meilleurs côtés de son organisation qui le détachent de )a foi aveugle et le poussent vers la critique et le scepticisme, tente involontairement de se dissimuler son ignorance et l'inanité de ses vastes généralisations. C'est pour cela que la métaphysique a constamment recours à une habile architechtonique des conceptions, nous cachant facilement ses défauts lorsque nous la regardons de près, mais nous trompant difficilement lorsque nous la considérons dans la perspective du passé. Dans ces

constructions nous apercevons clairement, il est vrai, le génie des créateurs de grands systèmes, des fondateurs d'écoles influentes, mais ces constructions n'ont en ellesmêmes qu'une portée essentiellement contingente et temporaire. Le « docteur invincible » est depuis longtemps renversé du piédestal que ses contemporains émerveillés lui avaient élevé ; le même sort a été réservé aux plus illustres de ses successeurs. Tous ont été invincibles à leur heure, parce que tous représentaient également les conceptions générales de leur temps.

5. Revenons maintenant à l'idéalisme et à ses destinées, après sa sortie du cercle étroit de la scolastique. Nous devons insister ici une fois encore sur cette importante remarque que, dans tous ses traits principaux, l'histoire de l'idéalisme n'est qu'une reproduction exacte de l'histoire du matérialisme. Les deux histoires marchent concurremment et parallèlement, démontrant ainsi que les deux conceptions du monde, malgré les profondes différences de leurs hypothèses fondamentales, ont toujours été le produit de facteurs sociaux agissant non seulement identiquement, mais encore simultanément.

L'idéalisme et le matérialisme paraissent en même temps dans l'antiquité et y atteignent un haut degré de développement; tous deux traversent dans des conditions analogues la période obscure de l'invasion des barbares et de la formation des nouvelles sociétés européennes; tous deux enfin, durant cette longue période de stagnation mentale, font provision de forces nouvelles et commencent à développer leurs thèses fondamentales. Ce curieux parallélisme peut être poussé plus loin, il se poursuit jusqu'à notre temps. La somme des phénomènes intellectuels qui s'appelle la Renaissance, a touché également les deux directions de la pensée philosophique ; le mouvement provoqué par l'extension considérable du savoir positif dans

l'ordre des sciences inorganiques, s'est transmis bien vite du matérialisme à l'idéalisme qui eut, lui aussi, sa période de floraison, rappelant par son éclat les meilleurs temps de la philosophie grecque.

6. Les noms de Descartes, de Spinosa, de Leibnitz, de Berkeley, de Kant se succèdent sans interruption, laissant une trace lumineuse dans l'histoire de l'idéalisme des xvii*' et xvui*' siècles; Fichte, Schleiermacher, Hegel, Scheliing, Schopenhauer nous prouvent que, même de nos jours, cette philosophie n'a pas perdu de sa vitalité. Le xvii^' siècle est rempli du nom de Descartes dans l'Europe entière; non moins générale est l'influence de Spinosa et de Leibnitz qui appartient, du reste, par ses dernières œuvres, au commencement du xviii* siècle, c'est-à-dire à l'époque ou l'idéalisme s'implante solidement, avec Berkeley, sur le terrain, jusque là réfractaire, de la philosophie anglaise. Un grand nombre d'autres penseurs se groupent autour de la conception idéaliste qui ne cède temporairement le pas au matérialisme qu'après l'apparition des esprits avancés du xviii'' siècle. Elle reparaît de nouveau avec Kant, un des plus grands penseurs de tous les temps et de tous les pays, et produit ai)rès lui de nombreux systèmes, particulièrement en Allemagne , ou les conditions de culture lui étaient singulièrement favorables.

7. J'ai déjà montré le caractère mixte de la philosophie de Descartes dont une partie seulement était conçue dans l'esprit de l'idéalisme pur; en revanche, cette partie est un type du genre. L'ignorance des phénomènes hyperorganiques qui caractérisait l'époque, n'a pas empêché Descartes, comme elle n'avait pas empêché les anciens, de façonner de toutes pièces une psychologie et une logique, et de les confondre à tout instant; elle ne l'a pas empêché d'attribuer à ces produits de méditations individuelles une

grande importance philosophique, et de les considérer comme points de départ de toute une conception du monde. Mais la philosophie de Descartes ne se contente pas de pratiquer ce procédé habituel de l'idéalisme, elle l'érigé en principe. Elle considère l'absence des données empiriques relatives à une notable fraction des phénomènes naturels, comme la meilleure condition pour la construction de vastes hypothèses, comme la meilleure des positions que le philosophe puisse prendre à l'égard de la réalité qui l'entoure. Tel est, en effet, le véritable sens des méthodes qui ont fait la gloire de Descartes et qui, examinées au point de vue des idées scientifiques, démontrent le vide complet de l'extrême idéalisme, ce représentant de l'ancienne philosophie de l'ignorance. Descartes qui proclame la nécessité d'une rupture violente entre l'idée et la représentation sensorielle, qui transforme le scepticisme, cette dernière branche de salut de l'ignorance, en une simple jonglerie avec des conceptions analogiques, imitée d'ailleurs de saint Augustin (3), aboutit à un idéalisme dont on aperçoit facilement les relations avec la complète ignorance de la série organique en général et de l'homme en particulier.

Tout au contraire, la philosophie de Spinosa, quoique idéaliste dans son essence et dans sa méthode, s'enfonce si profondément dans les formes mystico-religieuses, que son caractère i)ropre disparait, pour ainsi dire, complètement, et qu'on a pu contester à l'illustre penseur hollandais le droit de se ranger sous la bannière de l'idéalisme. C'était là, à coup sûr, une erreur grossière qui démontre une fois de plus l'insuflîsance du critérium qu'on applique aux classifications des philosophies. Le centre de gravité du spinosisme est tout entier dans le monde des idées, dans la sphère psychique dont Spinosa, en vrai idéaliste, proclame l'absolue identité avec la sphère changeante de l'objet. Sans doute, ses principes de l'unité et de la

nécessité de ce qui existe, de l'identité de l'idée et de la nature, pouvaient aussi bien appartenir au matérialisme, mais c'est la prédominance du point de vue suivant lequel on considère les analogies des résultats, en oubliant les différences des moyens employés pour les atteindre, qui constitue la ligne de démarcation entre les différentes conceptions du monde. Toutes les philosophies qui admettent la recherche hypothétique de l'inconnu, sont infailliblement entraînées, tôt ou tard, vers la séduisante conception de l'unité, de l'identité des phénomènes naturels. Spinosa eût pu être un matérialiste comme La Meltrie ou Holbach, s'il avait fondé l'identité sur la transformation graduelle des faits d'ordre inorganique en phénomènes psychiques; mais il arriva au même résultat par un procédé inverse, en s'appuyant arbitrairement sur les seules preuves fournies par son esprit, — c'est pour cela qu'il doit être rangé parmi les idéalistes.

8. A cet égard, c'est-à-dire comme représentant d'une façon très évidente les tendances monistiques de tout idéalisme, deux penseurs, Leibnitz et Berkeley, occupent une place à part dans le groupe nombreux des idéalistes de cette époque.

Leibnitz, cet éclectique et ce polygraphe dont la philosophie, quelque peu superficielle, était considérée par ses contemporains eux-mêmes comme une « philosophie de circonstance », n'a de valeur dans l'histoire de l'idéalisme que parce qu'il représente, d'une manière particulièrement nette et précise, la tendance de l'esprit idéaliste à faire rentrer le fond des phénomènes plus complexes dans les formes toutes prêtes des phénomènes plus simples, espérant ainsi saisir Tinsaisissable unité des choses. Cette soif de l'unité, Leibnitz, comme tous les autres, la satisfait au moyen d'une hypothèse qui, chez lui, prend la forme d'une théorie des monades, atomes formels et métaphysiques

remplissant la nature entière. Dans l'ordre inorganique, ces atomes sont doués de représentations se neutralisant réciproquement, comme cela arrive chez l'homme pendant un sommeil sans rêves ; dans l'ordre organique leurs représentations s'individualisent et passent par une série de degrés de développement, depuis l'inconscience des plantes jusqu'à la raison humaine. Chaque monade renferme un monde de représentations qui ne se distinguent entre elles que par leur plus ou moins grande netteté : ce que nous ai)pelons matière est la représentation vague, ce que nous appelons esprit est la représentation claire et précise. Non moins caractéristique est une autre hypothèse de Leibnitz qui couronne son système : l'harmonie préétablie, en vertu de laquelle la monade vit et se développe, sans s'en douter, harmoniquement avec toutes les autres, et leur ensemble offre un ordre éternel et parfait. 11 est intéressant de remarquer que cette célèbre doctrine n'est que la reproduction de l'hypothèse spinosiste sur le parallélisme entre l'ordre subjectif et l'ordre objectif. Mais les deux hypothèses de Leibnitz inaugurant une sorte de déterminisme idéaliste sui generis, ne sont, en outre, qu'une simple copie des hypothèses matérialistes sur les atonies et leurs mouvements nécessaires. Il est vrai qu'une tentative d'explication de l'ensemble des phénomènes, au moyen de données psychologiques inconnues, avait déjà été faite par Platon dans sa doctrine des idées et de leur éternelle harmonie ; il est vrai aussi, que tous les idéalistes sans exception poursuivaient le môme but ; mais ce n'étaient là que des aspirations purement sentimentales. Les œuvres de Leibnitz leur donnent une forme sérieuse et les exagèrent en même temps au point qu'elles peuvent nous servir d'antidote contre les entraînements de toutes les conceptions arbitraires, des conceptions idéalistes aussi bien que des conceptions matérialistes (4).

ttjUERTV,

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9 Bien supérieur à Leibnitz est Berkeley, Tun des principaux promoteurs de ridéalisme moderne ; les progrès des sciences organiques apparaissent dt^jà clairement dans son système. Berkeley identifie tous les phénomènes, et arrive à leur conception logique au moyen d'une hypothèse qui appartient, comme toutes les hypothèses idéalistes, aux manifestations de la nature les plus spéciales et les plus complexes, et qui s'applique ensuite à tous les phénomènes indistinctement. Celte hypothèse a pour point de départ les faits psychologiques, principalement les conditions de la connaissance et la perception des impressions externes. Ce point de vue, auquel on peut donner le nom qu'on veut, celui d'immatérialisme universel, de phénoménalisme ou de scepticisme idéaliste, n'est, en déHnilive, que le point de vue de Platon, - 1 idéalisme qu'on pourrait appeler normal, quoiqu'il soit extrême. Platon affirmait que les idées seules possédaient la réalité supérieure, qu^elles constituaient seules les choses en soi ; Berkeh-y souligne cette opinion en déclarant que tout phénomène est un agrégat de nos représentations, et en niant toute autre existence phénoménale. L'absorption de l'objet par le sujet atteint chez Berkeley son plus haut degré, son suprême couronnement ; le monisme idéaliste efface ainsi les dernières traces du dualisme primitif. Pour Berkeley, comme pour les matérialistes, il n'existe qu'une seule substance, ou, plus exactement, qu'une seule espèce de propriétés et de phénomènes ; seulement, ces propriétés et ces phénomènes ne sont plus d'ordre inorganique, ils sont d'ordre superorganique , spirituel. Les sensations ellesmêmes ne sont que des idées, la nature n'est que leur succession logique, et ses lois immuables représentent l'ordre régulier suivant lequel les idées se suivent et s'associent.

Telle est la conséquence logique à laquelle arrive le philosophe anglais, et à laquelle on aboutit inévitablement en transformant ce domaine particulier du savoir — la théorie

de la connaissance — en un système philosophique, et les hypothèses inofl'ensives quand elles ne dépassent pas les limites de la science spéciale, en hypothèses absolument inadmissibles, puisqu'elles sont absolument invérifiables. Il est intéressant de remarquer, dès à présent, que tout l'idéalisme de Berkeley et de ses disciples se réduit exclusivement ù « la négation d'un monde réel, distinct de nos représentations sensorielles ». Cette négation constitue pour la théorie idéaliste de la connaissance une base solide, qu'aucun savoir spécial n'a pu ébranler jusqu'à présent.' Tout le reste, la substance immatérielle comme cause des représentations, par exemple, ne fait « qu'ouvrir la porte aux plus évidentes absurdités des systèmes métaphysiques ». Malheureusement pour les disciples de Kant, la négation de la réalité d'un monde distinct de nos représentations sensorielles, ne forme, comme chacun peut s'en assurer en y réfléchissant quelques instants, que la reproduction littérale de la conception matérialiste, confondant le monde de nos sensations avec le monde des réalités (5).

10. Kant est incontestablement le nom le" plus glorieux de l'idéalisme moderne, comme Aristote est le nom le plus éclatant de l'idéalisme ancien. Entre ces deux grands philosophes, la difliTence ne tient qu'à la somme de savoir caractérisant les deux époques. Aristote s'eflTorçait de corriger les défauts évidents de l'idéalisme de Socrate et de Platon, en s'appuyant sur Démocrite et sur ses propres connaissances dans toutes les branches alors cultivées du savoir ; Kant a derrière lui un nombre infiniment plus considérable de penseurs, beaucoup plus d'erreurs, c'est-à-dire de connaissances négatives, surtout un fonds incomparablement plus riche de connaissances positives. Tout cela lui permet de voir plus clairement les insuffisances de l'idéalisme, tout cela donne au criticisme moderne un avantage considérable sur le criticisme d'Aristote qui nous parait quelque peu

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routinier et dogmatique, mais tout cela ne donne pas encore le droit de considérer Kant comme une sorte de Messie de la philosophie scientifique, s'élevant sur les ruines de la métaphysique qu'il aurait détruite. Une pareille opinion sur le rôle de Kant dans l'histoire de la philosophie est profondément erronée. Kant est métaphysicien jusqu'à la moelle des os, et il n'est grand que par sa métaphysique ; considéré comme représentant de la philosophie scientifique, il se perd au milieu de la foule des penseurs qui ont \u plus loin et plus juste que lui.

Son œuvre doit nous arrêter un instant, d'abord parce qu'elle exprime admirablement les aspirations fondamentales de la philosophie antérieure, considérée dans son ensemble, sans distinction de tendances, ensuite, parce qu'elle nous apparaît comme une manifestation très typique de l'idéalisme. Il faut reconnaître, toutefois, que le caractère profondément métaphysique et l'idéalisme extrême de la philosophie kantienne ne se découvrent pas facilement et du premier coup, non seulement à cause de la langue étrange et ténébreuse dont elle se sert, mais encore par suite d'une particularité qui la rapproche de la philosophie de Descartes et constitue peut-être son trait le plus caractéristique. Kant, en effet, prêche ouvertement, mieux que cela, il élève en théorie, en principe général, la pratique de ses prédécesseurs, et en même temps il consacre la meilleure part de son activité à l'implacable critique den théories des anciens philosophes.

Par sa découverte, qu'il compare volontiers à celle de Kopernic, et qui consiste à dire que l'universalité et la nécessité^ dans le sens des anciens penseurs, ne viennent dans la connaissance expérimentale que du côté du sujet, que, dès lors, c'est l'objet qui est subalterne et que ce sont les choses qui se conforment à nos conceptions, Kant ne fait que légitimer théoriquement le mode de penser, souvent parfaitement inconscient, de la plupart de ses devan-

L'IDÉALÏSME 37

ciers. Dans la philosophie ancienne, on le sait, la conception, l'idée générale, le symbole dominaient constamment le phénomène concret, qui se pliait docilement à toutes les exigences et prenait toutes les formes imaginées d'avance par l'esprit irresponsable et dominateur du philosophe. De cette prééminence du subjectif découlait la tendance commune à toutes les philosophies, à résoudre les plus hautes questions au moyen d'hypothèses invérifiables. Kant est doublement d'accord avec cette tendance : il lui cherche une base rationnelle, et trouve cette base dans une autre hypothèse philosophique dont la vérification n'est également pas possible. Tel est, en effiet, le caractère de sa thèse fondamentale, que les objets d'expérience en général, ne sont que nos objets, que lobjectivité n'a de valeur qu'en tant que conséquence, ou, plutôt, représentation de la subjectivité, qu'enfin la connaissance à posteriori doit être précédée par la connaissance a priori et

guidée par elle.

Renfermée dans les limites exactes de la psychologie, cette hypothèse serait parfaitement inofiensive, mais, en . revanche, à la première tentative de vérification, elle se réduirait à un médiocre résultat, à l'ancienne et très superficielle observation que notre connaissance des phénomènes est en relation intime avec les conditions biologiques de notre organisme, et ne s'acquiert pas autrement que par leur intermédiaire. De nos jours et sur le même terrain psychologique, l'hypothèse de Kant pourrait se compléter utilement par la supposition que nos connaissances sont réglées, en dehors de l'organisme individuel, par l'organisme collectif, par cette somme d'influences sociales qui développe les conceptions les plus hautes et les plus générales de l'esprit ^ Seulement en ce cas,

t. Voir mon livre: La Sociologie, chap. x. Paris, Germer-Baillière Félix Alcan\

aucune des deux hypothèses n'aboutit à la conclusion de Kant, à la double existence de l'objet, l'une conforme à nos concepts, l'autre ind^^pendante du sujet et inaccessible à ses investigations. Enfermé dans les limites de la psychologie, le philosophe allemand n'eût pn proclamer solennellement, comme premier princi|)e et dernier résultat de la philosophie, le concept de l'incognoscible, si nécessaire à toute métaphysique. Aussi ne s'est-il pas borné à ces limites qui, d'ailleurs, n'existaient pas de son temps, la psychologie, en tant que science, étant à peine constituée de nos jours. C'est pour cela, qu'imitant tous les idéalistes, il transforme immédiatement l'iiypotlièse psychologique en hypothèse philosophique, et s'en sert pour interi>réter non pas seulement les phénomènes intellectuels, mais tous les phénomènes en général. A côté du monde phénoménal, produit de notre organisme, Kant place un autre monde indépendant du premier, le monde des conceptions absolues qui est inaccessible à Veniendement, mais qui, par une étrange contradiction, ou, plus exactement, par une singulière terminologie, se trouve être accessible à la raison. Il retombe ainsi lourdement dans la vieille ornière métaphysique (G).

D'un autre côté pourtant, l'activité philosoi»hique de Kant s'emploie à une critique de la plupart des thèses de ses devanciers, qui aboutit à une négation. 11 sauve l'esprit de l'ancienne métaphysique, mais sacrifie sans hésiter les formes dans lesquelles de nombreuses gén<'* rations de grands penseurs l'avaient incarné. Ce trait particulier donne à la physionomie philosophique de Kant un aspect caractéristique, en un temps où le scepticisme à l'égard des résultats des vieilles spéculations atteint son apogée. L'homme de génie qui s'était fait l'accusateur de toutes les erreurs devenues évidentes, devait passer tout naturellement pour un grand prophète et un grand réformateur, à la veille d'une immense transformation intellectuelle. C'est

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cette illusion fort simple qui explique le retour d'un grand nombre de penseurs contemporains vers Kant, après le triomphe passager de l'idéalisme réactionnaire.

Outre celte cause directe, d'autres raisons ont également contribué à entraîner les esprits. Les vastes connaissances de Kant et sa fidélité à la méthode scientifique, toutes les fois qu'il s'agissait des questions spéciales, sont hors de conteste. Cette particularité qui le distingue nettement de . tous les idéalistes, ses devanciers ou ses successeurs, devait être hautement estimée de nos jours. De plus, Kant devait plaire à l'esprit moderne, car il est le dernier et le plus proche de nous parmi les grands philosophes, qui ont compris que le côté faible de tous les systèmes proposés était leur conception partiale et incomplète des choses. Il ne se rendait, cependant, aucun compte de cette inévitable partialité et de cette insuffisance forcée ; leur relation directe avec l'état du savoir positif lui échappait complètement, — c'est pour cela qu'il cherchait une issue dans des solutions intermédiaires. On connaît sa fameuse tentative de conciliation entre les droits de l'expérience obtenue par les sens et les privilèges supérieurs du raisonnement apriorique; cette tentative n'a pas réussi et n'a pas atteint le but poursuivi, qui était la synthèse de deux conceptions contradictoires du monde, au moyen d'une conjonction organique de l'idéalisme et du matérialisme, jusque là séparés ou artificiellement rapprochés. Et ce n'est pas par les procédés de l'éclectisme, par l'admission pure et simple des thèses fondamentales de l'une et de l'autre manière de philosopher, que Kant poursuit son but ; idéaliste sincère, il lui importe avant tout de faire triompher l'idéalisme, mais un idéalisme épuré, approfondi, vraiment capable d'embrasser la totalité des phénomènes cosmiques. Il a donc essayé de détruire définitivement le matérialisme, en l'incorporante l'idéalisme ainsi modifié; il espérait, par ce moyen, éviter la pierre d'achoppement de toutes les entre-

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prises de ce genre — le scepticisme à outrance. Pour y arriver, il terrassa, dans une lutte corps à corps, la thèse fondamentale du matt^rialisme, la réalité de la chose matérielle « en soi » ; malheureusement, c'était là une arme à double tranchant, et le coup porté à la réalité de l'absolu ^ matériel atteignait en même temps la réalité de l'absolu idéal.

La gloire de Kant, comme grand destructeur de toute métaphysique, a justement pour base ces coups involontaires qu'il se portait à lui-môme. On le juge à présent par les conséquences de son œuvre, et des conséquences si lointaines, qu'elles n'ont pu apparaître qu'à des esprits complètement convaincus de la faiblesse de la métaphysique, après une longue suite de systèmes postérieurs. Vi\ pareil jugement ne me semble pas juste, et pourtant c'est encare par suite de ce jugement que Kant passe pour un pliilosophe incompris. Tout cela explique le grand nombre de ses disciples actuels, quoique la plupart d'entre eux ne le soient que de nom.

Tels n'étaient cependant ni le but, ni les intentions avouées de Kant. La réalité de l'absolu idéal constituait pour lui une arche sainte qu'il s'efforce de rendre inattaquable, et cette partie de son œuvre paraît infiniment plus importante que le développement de la critique, déjà solidement établie par les travaux de Locke, de Hume, de Reid, de l'école écossaise et, en général, de tous les sensualistes. A ce point de vue, l'application que Kant a conçue et exécutée, de la chose idéale en soi à l'éthique, nous apparaît comme la réalisation, dans l'âge mûr do la métaphysique, d'une idée qui, en son adolescence, avait germé dans quelques puissants cerveaux, celui de Socrate, entre autres; c'est pour cela que la philosophie morale de Kant restera toujours comme un des plus beaux monuments de l'idéalisme. Certes, la question de savoir si ce monument n'est ou ne sera pas un jour un monument funéraire, reste

réservée ; mais, alors même qu'il le deviendrait, son style sévère, mesuré, simple jusqu'à l'excès, présentera un contraste heureux avec le lourd et informe mausolée que Hegel aura élevé à l'idéalisme.

Dans cet aperçu succinct du passé de la philosophie, il me suffit, d'ailleurs, de fixer deux points incontestables. Le premier, c'est que Kant appartient tout entier à la philosophie ancienne, le second, c'est qu'il s'y range' sous la bannière de l'idéalisme. Sa parenté avec l'ancienne philosophie résulte, en effet, de tout ce qui vient d'être dit sur le caractère de sa doctrine. Sa place est à côté d'Aristote. de Bacon, de Descartes, de Hume, de Locke dont il ne peut être isolé et qui ne sauraient, en aucun cas, être considérés comme ses inférieurs ; ce n'est que chronologiquement, non dogmatiquement, qu'il se trouve à la limite de la métaphysique et de la philosophie scientifique. L'œuvre du philosophe allemand a une haute portée pour le moderne criticisme qui, abandonnant les idées de Kant sur l'éthique, adopte ses idées négatives et y trouve presque tous ses points de départ; elle n'est pas sans importance pour les écoles les plus répandues du positivisme, qui lui empruntent sa théorie de l'incognoscible. Mais pour la philosophie scientifique, elle n'a pas plus de valeur intrinsèque que le système de l'un quelconque des grands métaphysiciens du passé. Kant ne peut être considéré comme l'un des ancêtres de la philosophie des sciences qu'à ce vulgaire point de vue historique qui, pour expliquer les phénomènes, prend indistinctement tous les antécédents, et place les erreurs elles-mêmes parmi les causes secondaires du triomphe de la vérité ; pourtant, même à ce point de vue, il n'api)araît comme destructeur de la métaphysique, que parce qu'il a fait un suprême et inutile effort pour la sauver. Il ne se doute en aucune façon, que pour arriver au but final de toute philosophie — une conception homogène de l'ensemble des phénomènes — il y a une autre

voie que celle qui a donné naissance à ces deux produits delà civilisation, si précieux en leur temps — la religion et la métaphysique.

11. Les croyances religieuses et les systèmes métaphysiques (auxquels le mot croyance s'appliquerait peut-être tout aussi bien) ont été, en effet, d'importants produits et d'indispensables facteurs de l'évolution sociale, sans lesquels on ne peut se figurer l'édifice de la culture moderne; mais cela démontre seulement que les générations futures doivent leur garder un reconnaissant souvenir, comme à des auxiliaires utiles, comme à des échafaudages ayant servi à la construction. Peu importe que ce rôle transitoire n'apparaisse pas encore clairement à tout le monde ; chaque progrès du savoir, et particulièrement dans le domaine de la morale sociale, apporte une nouvelle preuve que ces conceptions, qu'on croyait éternelles, sont éminemment passagères et constituent des moyens temporaires, non un but constant. Ainsi se trouve expliqué le fait, tant de fois constaté par l'histoire, de la transformation des croyances ; transformation très lente, lorsqu'il s'agit de religions, car les religions représentent la i)hilosophie des couches les moins civilisées, par conséquent les plus inertes, les plus résistantes au mouvement. La méthode de Kant — c'est toujours l'hypothèse philosophique réglant toutes les parties de la conception d'ensemble; cela indique suffisamment le caractère de sa philosophie — elle appartient entièrement au passé.

J'ai comparé Tancienne philosophie à un échafaudage masquant l'édifice qu'il entoure. Cette comparaison peut être poussée plus loin. L'édifice s'élève pierre par pierre, avec une lenteur désespérante au gré de l'impatience des premières générations de travailleurs, avec des interruptions séculaires entre les nombreux étages, avec de perpétuels remaniements ; mais la vague image de l'unité,

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indispensable pour dominer l'ensemble des phénomènes naturels, se présente, dès les premiers moments, du moins aux yeux des travailleurs les plus intelligents. Cette image ne laisse pas de trêve à leur imagination, la poussant toujours vers une prévision de l'avenir. Autour des fondations à peine assises, autour des étages inférieurs à peine ébauchés, autour de l'espace qui sera occupé par les étages supérieurs et par la toiture, un autre travail se fait dev.-ncant toujours, dans le courant des siècles, le labeur lent* du savoir positif, les conquêtes progressives des sciences spéciales ; les hypothèses philosophiques se superposent avec une singulière rapidité , les unes plus étranges, plus inadmissibles, plus inconséquentes que les autres. Toutes ces constructions fantastiques posées dans le vide sont nécessairement fragiles ; rapidement élevées, elles disparaissent plus rapidement encore, pour être remplacées par d'autres constructions aussi peu solides.

12. Les hypothèses philosophiques se répètent infailliblement, reproduisant les mêmes traits principaux; pourtant, on' peut distinguer parmi elles au moins trois types. L'un' d'eux s'appuie sur les sciences inorganiques, qui étudient les phénomènes les plus simples et les plus gênéraux - tel est le matérialisme ; l'autre prend pour point de départ les sciences à venir, les sciences superorganiques — tel e^<t l'idéalisme ; le troisième enfin, le sensualisme, que nous examinerons plus tard, occupe une situation intermédiaire, correspondant à celle qui appartient, dans la hiérarchie du savoir, aux sciences organiques.'ces trois types ont un caractère commun : la tendance à transformer des suppositions particulières, spéciales, en hypothèses générales, au moyen desquelles on interprète l'ensemble des phénomènes cosmiques.

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