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Kant appartient incontestablement au second de ces

44 L'ANCIENNE ET LA NOm'ELLE PHILOSOPniE

types. Il est certain que la Critique de la raison pnre est une œuvre magistrale ; mais il est non moins certain qu'elle nous présente une psychologie hypothétique, une logique hypothétique, et une hypothétique théorie de la connaissance — or une conception du monde basée sur une série d'hypothèses psychologiques ne peut être que do l'idéalisme pur. Kant modifie, il est vrai, la formule de l'ancien idéalisme, parce qu'il comprend parfaitement que cette formule est en contradiction flagrante avec les progrès du savoir positif; mais les modifications qu'il propose sont d'ordre secondaire, et ne touchent en rien à l'essence de la doctrine, telle que nous la comprenons de nos jours. C'est donc bien à tort qu'un de ses meilleurs disciples contemporains s'offense du terme « d'idéalisme supérieur», par lequel un critique caractérise la philosophie de Kant, et trouve qu'il eût sonné aux oreilles du grand penseur comme un reproche de « crétinisme supérieur ». Une pareille appréciation de l'idéalisme est par trop sévère et injuste ; Kant a mérité l'éloge que Lange répudie. On peut l'affirmer môme en présence de l'opinion exprimée par Kant à ce sujet :

« La thèse de tous les vrais idéalistes, depuis les éléates jusqu'à l'évêque Berkeley, est contenue dans cette formule : Toute connaissance acquise par les sens et l'expérience n'est qu'apparente, la connaissance vraie n'existe que dans les idées formées par les conceptions pures de la raison.

» Le principe qui gouverne mon idéalisme et le détermine complètement, est au contraire celui-ci : Toute connaissance des choses qui prend sa source dans la raison pure est apparente, la vérité ne se découvre que par l'expérience *. »

Cette opinion ne préjuge, en effet, rien dans la discussion de l'idéalisme de Kant ; elle eût pu être exprimée

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par un certain nombre d'idéalistes anciens, et notamment par Aristote. La question n'est nullement dans le fond de telle ou telle hypothèse psychologique — ce contenu peut et doit changer — mais bien dans le fait, que l'hypothèse psychologique sert de pierre angulaire à toute la conception du monde, de clef pour l'interprétation de l'ensemble des phénomènes.

Si le matérialisme ne peut accepter les doctrines de Berkeley, ce n'est que parce qu'elles découlent d'hypothèses d'ordre psychologique, au lieu de découler d'hypothèses physico-chimiques, car ces dernières, pas plus que les premières, n'ont jamais pu être vériflées par l'expérience. La pratique constante et invariable des matérialistes ne fait-elle pas d'eux des disciples de Berkeley à un titre au moins égal à celui qu'ont les idéalistes, y compris Kant, pour se considérer comme disciples de Démocrite, de Hobbes et de Gassendi ?

La proclamation solennelle des droits de l'expérience qui nous semble si naturelle de la part de Bacon, ne parait singulière, étrange dans la bouche d'un idéaliste, que parce que nous nous faisons jusqu'à présent de l'idéalisme une opinion à ce point vague et fausse, que nous rangeons encore souvent Spinosa parmi les représentants du matérialisme. Les idées de Kant sur l'expérience sont sans doute contraires aux idées de la plupart des idéalistes , mais elles ne sont nullement contraires à l'idéalisme qui représente la prédominance illégitime da point de vue des sciences supérieures, et spécialement de la psychologie, comme le matérialisme représente la prédominance du point de vue des sciences inférieures. La philosophie de Kant réunit toutes les conditions de la métaphysique idéaliste : elle est basée sur la psychologie, et ses généralisations sont hautement hypothétiques [1),

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