Chapitre troisième
La question religieuse avait une très-grande importance, surtout dans les temps voisins de la Réforme : elle était un motif d’exclusion aux examens. Nous voyons en effet dans les Commentaires que le 15 mars 1572, Jean de Gorris se vit exclure parce qu’il n'avait pas voulu jurer sur le Christ et l’Evangile d’assister aux Messes de la Faculté. Son père avait été Doyen de la Faculté de 1548 à 1549, et avait sans doute accepté les idées réformistes. Son père mourut en 1577; n’étant plus alors retenu par le respect paternel, Jean de Gorris adressa une nouvelle supplique à la Faculté qui, convoquée le 22 novembre 1578, décida qu’il serait admis s’il voulait jurer non ore , sed mente ( 4). On s’expliquera cette mesure, si l’on réfléchit que, l’Université se considérant comme la fille aînée de l’Eglise, elle ne voulait recevoir dans son sein ceux qui étaient en désunion avec elle.
Outre ces pièces, les candidats devaient aussi se munir d’un certificat de moralité signé de trois docteurs de la Faculté, attestant qu’après avoir examiné la vie de l’étudiant « ils l’avaient trouvée régulière » (5). Les lettres testimoniales devaient être revêtues du petit sceau de la Faculté pour l’apposition duquel le candidat avait à payer 6 livres à la Faculté et une livre 10 sous au premier bedeau.
Le jour fixé, après-midi, chaque candidat exhibait ses lettres testimoniales devant le doyen et la Faculté. Six docteurs étaient nommés à l’élection pour collationner et examiner ces lettres qui leur étaient confiées par le doyen.
(4) Commentaires, t. VIII, p. 121, et XIII, p. 44. (.5) Statuts, art. 10.
Le Baccalauréat en médecine.
Il existait à cette époque un usage excellent que nous voudrions voir rétablir chez nous. Le corps enseignant n’était pas le même que le corps examinant. Comme tout docteur régent pouvait être appelé à l’enseignement, c’était pour chacun une obligation d’être pour ainsi dire toujours prêt à monter en chaire. L’enseignement n’était donc pas une spécialité dans laquelle les professeurs pouvaient vieillir et s’éterniser, une fois en possession de la chaire tant enviée, exposés, comme quelques-uns le sont aujourd’hui, à faire leurs leçons devant des banquettes vides ou à se faire remplacer par des suppléants.
Les examinateurs étaient nommés aussi à l’élection par une sorte de suffrage à deux degrés. On élisait d’abord cinq docteurs régents. trois anciens ou du premier rang et deux nouveaux ou du second rang (6). Ces cinq électeurs se retiraient dans la chapelle et juraient de ne porter leurs suffrages que sur ceux de leurs collègues qu’ils croyaient aptes à ces questions et de ne pas se nommer euxmêmes : « Juratis quôd in examinatores eos eligetis quos credideritis « magis idoneos, non acceptando personas, nec aliquem ex vobis « eligetis illà vice. » Il choisissaient parmi tous les docteurs présents à l’Assemblée trois anciens et trois nouveaux dont ils mettaient les noms dans deux urnes. Le choix se portait surtout sur ceux qui suivaient exactement la soutenance des thèses quodlibétaires et
(6) On appelait anciens ou du second rang les docteurs régents qui étaient inscrits depuis dix ans sur les registres de la Faculté.