Chapitre troisième
présence alloué à chaque docteur régent, qui attirait nos aînés à ces réunions. Les statuts, d’abord, le voulaient ainsi ; mais c’est que l’esprit de corporation était très-ardent chez eux; c’est que les aînés étaient les protecteurs des jeunes ; c’est que les jeunes vénéraient les anciens, et que les uns et les autres s’intéressaient au jeune étudiant qui, quelques années plus tard, allait devenir membre de la famille. « Que les plus jeunes se lèvent devant les anciens, disait l’article 78 des statuts, et que les anciens fassent politesse et amitié aux jeunes. » Individuellement, certains docteurs régents pouvaient ne pas s’aimer beaucoup ; mais toutes les rancunes, toutes les rivalités disparaissaient, quand il s’agissait des intérêts ou de l’honneur de la Faculté.
Là se terminait la première partie de l’examen des candidats au baccalauréat en médecine.
Le lendemain, samedi, après la messe, tous les docteurs régents se rendaient dans les salles supérieures pour y entendre le rapport fait sur chaque candidat par le plus ancien examinateur et pour y donner leur avis. Primitivement on faisait l’appel nominal de tous les docteurs présents à l’assemblée générale et on votait de vive voix sur l’admission ou le refus du candidat. Mais, dans la crainte que quelques docteurs ne cédassent à des influences et afin de laisser à chacun toute sa liberté, Ja Faculté, parun décret en date du 27 mars 1714, décida que le strutin serait secret. Chaque docteur régent, avant de donner son suffrage, recevait des mains du premier bedeau une feuille de papier sur laquelle étaient inscrits les noms des can-
Le Baccalauréat en médecine ,
didats par ordre alphabétique, avec ces deux mots : sufficiens , incapax. C’étaient les deux seules notes ; il n’y avait pas comme aujourd’hui les nombreuses variantes : passablement , — satisfait , — bien. — très, — extrêmement. On déchirait alors l’une des deux notes et le bulletin était remis dans l’urne. Les candidats ayant réuni les deux tiers des suffrages étaient admis (8).
Les nouveaux bacheliers étaient alors introduits dans les salles supérieures, en présence de toute la Faculté réunie ; le doyen leur faisait connaître le résultat de l’examen et l’opinion de leurs juges, et faisait prononcer à chacun individuellement le serment suivant
en latin :
« Vous JUREZ,
« D’observer fidèlement et de tout votre pouvoir les décrets, pratiques, coutumes et statuts delà Faculté, dans quelque position que vous soyez.
« De rendre honneur et respect au Doyen et à tous les Maîtres de la Faculté, dans les choses honnêtes et licites.
« De soutenir la Faculté contre tous ceux qui voudraient faire quelque chose contre ses statuts ou contre son honneur, et surtout contre ceux qui pratiquent illégalement, toutes les fois que vous en serez requis par la Faculté.
(8) Statuts, art. 27.
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« D’assister en robe à toutes les messes ordonnées par la Faculté, d’arriver au moins avant la fin de l’épître, de rester jusqu’à la fin de l’office ; d’assister également aux messes pour les morts, aux obsèques des maîtres, sous peine d’un écu d’or, ainsi qu’à toutes les messes du samedi dans la chapelle des Ecoles et aux consultations qui ont lieu le même jour en faveur des pauvres malades ; le tout, sous la même peine.
« D’assister aux exercices de l’Académie et à toutes les discussions quodlibétaires et cardinales pendant deux ans.
« De soutenir trois fois une thèse quodlibétaire et une fois une thèse cardinale et d’assister à tous les actes de la Faculté, depuis le commencement jusqu’à la fin,
« De pratiquer de vos propres mains, vous-mêmes, les dissections anatomiques et les opérations chirurgicales sur le cadavre humain dans les examens probatoires, en présence de toute la Faculté.
« D’observer la paix, la tranquillité et le mode d’argumentation prescrit par la Faculté dans toutes les discussions (9) ».
Chaque candidat ayant prononcé le Juro, le doyen, tous les docteurs régents et les nouveaux bacheliers se rendaient dans les Ecoles inférieures ; le doyen montait dans sa chaire, les docteurs
1,9) Baron, Rit us, usus Facultatis medieinæ, p. 42.
Le Baccalauréat en médecine.
régents occupaient leurs places réglementaires et les nouveaux bacheliers s’asseyaient par ordre alphabétique. Alors le premier bedeau proclamait en ces termes chaque bachelier : « Hodie (date) « Baccalaureatûs gradum adeplus est in saluberrimâ Facultate me- « dicinœ Parisiensis Magister ( noms et prénoms) ; proinde faciat prina cipium : die. »
Faire son principe ou début, c’était réciter un aphorisme d’Hippocrate ou quelque sentence médicale. C’était là une simple formalité, mais qui n’exigeait pas de discussion.
Tout n’était pas fini pour le bachelier. Il avait encore à subir son examen sur la botanique, qui avait lieu dans l’été , et à soutenir ses thèses sur la physiologie et sur l’hygiène au commencement de l’automne.
Primitivement l’examen botanique n’était qu’un exercice et non un examen probatoire. Les statuts imposaient aux étudiants l’obligation détenir note des plantes qui étaient dans le jardin botanique et d’en présenter le catalogue au doyen. Plus tard cet examen a pris plus d’importance et s’est étendu à la matière médicale, qui comprenait la connaissance des plantes usuelles, des racines, des fruits et de taus les médicaments tirés des règnes animal, végétal et minéral. Des échantillons étaient déposés sur les tables, et les candidats étaient interrogés sur ces agents médicamenteux et sur leurs propriétés. On ne fait pas mieux aujourd’hui. Cet examen avait lieu dans les écoles supérieures, pendant trois heures, de 3 à 6 heures,