Chapitre quatrième
Ces examens étaient annoncés par des affiches apposées à la Faculté et dans la ville. En 1733, sous le décanat de H. Th. Baron, à cause de la difficulté à obtenir des cadavres, ces examens eurent lieu du ler octobre au dernier jour d’avril. Les deux premiers jours, les candidats étaient interrogés sur l’abdomen et les viscères 5 le troisième, sur la poitrine ; le quatrième, sur la tète ; le cinquième, sur tous les muscles ; le sixième, sur les vaisseaux et les nerfs ; le septième, sur les os. Les épreuves chirurgicales avaient lieu conjointement sur les mêmes régions (6).
On suivait, dans ces examens, le même mode d’admission ou de refus que dans les examens pour le baccalauréat.
Restait à subir un examen important, celui de pratique, depraxi.
Primitivement, l’examen de pratique était tout intime : il avait lieu, pour ainsi dire, au coin du feu, inter parietes. Les aspirants se rendaient au domicile des docteurs régents désignés, qui leur demandaient ce qu’ils feraient dans tel ou tel cas, et qui rédigeaient leur rapport en conséquence. Mais on y mit bientôt plus de rigueur et plus de solennité, car la vieille Faculté aimait la mise en scène.
Lorsque les bacheliers émérites avaient satisfait aux thèses et aux examens, ils devaient se rendre le samedi, avant Pâques, dans les salles supérieures immédiatement après la messe, pour se présenter devant les docteurs régents, convoqués par le doyen, selon
(6) Statuts * art. 16*22.
La Licence en médecine et le Paranymphe-
la coutume, et leur demander de vouloir bien les admettre à subir l’examen pour la pratique de la médecine (7).
Ces examens avaient lieu vers le mois dejuin ou de juillet et duraient une semaine ; ils étaient tout à fait oraux et étaient subis en présence de la Faculté réunie.
Après l’examen, tous les docteurs régents étaient de nouveau convoqués dans les salles supérieures pour donner leur avis sur le mérite des candidats. On admettait ceux qui avaient fait preuve de capacité, qui avaient soutenu convenablement tous les actes probatoires, leur thèse cardinale et leurs trois thèses quodlibétaires ; qui, pendant les deux dernières années avaient assisté exactement aux disputes scolastiques. Comme pour les thèses du baccalauréat et de la licence, il fallait au candidat les deux tiers des suffrages pour être admis, et tous les docteurs régents présents à l’exameû avaient droit de suffrage.
En tant qu’examens, ceux-là étaient bien plus sérieux que ceux d’aujourd’hui, pendant lesquels chaque examinateur interroge le candidat pendant un quart d’heure environ.
Notre vieille Faculté était fière et elle était gardienne sévère de J ses privilèges ; elle ne craignait pas la lutte, même contre la Royauté, contre le Parlement et contre le Clergé. Ainsi, en 1330, l’Of-
(7) Statuts, art. 23.
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ficial du chancelier voulut intervenir mal à propos dans une affaire de réception à la licence. La Faculté maintint ses droits : il ne demanda rien moins que son excommunication en masse. Mais alors le pape était Jean XXII, qui avait jadis été sur les bancs de l’Université de Paris (8). Une bulle d’Avignon, à la date du 18 des calendes de juillet, n’accorda pas l’excommunication, au grand désappointement de l’Official (9). Mais ce sentiment qui honorait la Faculté, elle le poussait trop loin quelquefois et se croyait blessée en admettant dans son sein des membres ayant exercé ou exerçant une profession manuelle. Ainsi les chirurgiens et les apothicaires étaient exclus de la licence, s’ils ne s’engageaient par acte passé devant notaire, à renoncer absolument à leur profession : cette promesse était consignée sur les registres de la Faculté, car il convenait de conserver intégralement l'honneur du corps des médecins (10). On sait tous les ennuis et les déboires qu’eut à subir Théophraste Renaudot, comme fondateur du journalisme en France, des monts-de-piété et des consultations charitables. Gui Patin ne lui ménageait ni les procès, ni les épithètes les plus grossières, mais en latin.
Cependant, à côté de cette sévérité exagérée, la Faculté se montrait bienveillante pour les jeunes étudiants sans fortune. L'article
(8) Fils d’un savetier de Caliors, deuxième pape d’Avignon ; il étudia la médecine, est auteur du Thésaurus pauperum et de conseils pour conserver la santé.
(91 Pajon de Moncets, Lettre sur les Paranymphes , in- 1 2.
(10) Statuts, art. 28.
La Licence en médecine et le Paranymphe.
29 de ses statuls disait : « Afin que les pauvres ne soient point exclus des grades, on fera une remise des rétributions dues à la Faculté pour la licence et le doctorat, à ceux qui seront vraiment pauvres, pourvu qu’on sache qu’ils sont honnêtes et instruits, et cela, à condition qu’ils promettent et s’engagent par devant notaire, à payer lesdites rétributions, dès qu’ils seront parvenus à une condition meilleure. »
Notre Faculté actuelle ferait-elle aussi bien? Je l’ignore, car elle n’est pas tout à fait maîtresse d’elle-mème ; elle relève du Grandmaitre de l’Université et du Conseil' supérieur. Toutefois il est bon de rappeler qu’après les événements de février 1848, le numéraire étant devenu rare, la Faculté de médecine fit crédit de quelques inscriptions aux étudiants qui en firent la demande.
Le vieille Faculté de médecine n’accordait pas cette faveur seulement aux étudiants français ; les étrangers purent en jouir également, comme nous le voyons pour le Suisse Frey, pour le Polonais Golemoski, reçus gratuitement (11).
Nous dirons plus tard quels étaientles frais exigés pour ces études et on verra qu’ils étaient considérables.
Les examens pour la licence, comme pour le baccalauréat, avaient
(11) Riolan, Curieuses recherches sur es escholes en médecine de Paris et de
Montpellier , p. 2G8.