Chapitre cinquième
daire avait beaucoup à payer, si nous en croyons Pierre Ramus (5):
« Pour le sucre de nos maistres 30 livres
« Pour les bonnets de nos maistres, pour lesquels
chacun d’eux prend 20 sous, à 78 docteurs. .... 78 —
« Pour les bonnets du recteur, du chancelier et du
premier bedeau ou appariteur 3 —
« Pour les bonnets des amis, au moins dix. ...... 10 —
« Pour les gants 30 —
Mais cet usage disparut et il n’y eut ensuite que le président de l’acte qui recevait de son nouveau collègue tous les insignes du doctorat, consistant en soutane de soie violette, robe rouge, fourrure, bonnet carré, etc. Plus tard on se contenta de lui donner un bonnet de docteur et une paire de gants pour l’usage journalier.
On voit que dans la cérémonie du malade imaginaire, Molière, si habile à saisir les ridicules, a largement puisé dans le cérémonial de notre vieille Faculté (6) ; il en a pris le côté risible. N’en pourraiton pas faire autant de toutes les corporations d’alors, des maîtrises, des jurandes, de quelques autres institutions qui, même de nos jours, ont conservé 'les rites et coutumes d’autrefois ? Il n’était pas facile d’entrer dans la corporation médicale ; il fallait du temps, du
(51 Ramus, Advertissemenls sur la Ré formation de l' Université, en 1 562, in-8, p. 19 et suiv.
(6) M. Raynaud, Les médecins du temps de Molière , in-12, 1862.
Le Doctorat en médecine,
travail, de l’argent, et plus qu’aujourd’hui. Mais une fois reçu, le nouveau docteur appartenait en réalité à la famille médicale ; il y avait donc fête pour le recevoir et il allait vivre désormais en contact journalier avec ses confrères, bien moins nombreux alors qu’aujourd’hui. On en comptait 72 en 1550, 81 en 1566, 67 en 1587, 46 en 1603, 85 en 1626, 101 en 1634, 113 en 1650, 105 en 1675, 77 en 1733, 164 en 1780, 144 en 1787. Sous la domination anglaise, au xve siècle, il n’y avait à Paris que 10 ou 12 maîtres régents, magistri regentes, car la qualification de docteur ne remonte qu’à la fin du xvc siècle. Aujourd’hui il y a environ 2000 médecins à Paris, sans compter les empiriques de toute nature, somnambules, électriseurs, magnétiseurs, etc. En comparant la population actuelle avec la population des temps passés, on peut établir qu’il y a aujourd’hui à Paris un médecin pour 850 habitants, tandis qu’autrefois il n’y en avait qu’un pour près de 5000. Aussi la profession était avantageuse. Le public ne partageait pas, comme aujourd’hui, les docteurs en grands et en petits médecins. Tous les praticiens avaient les mêmes titres ; tous pouvaient être professeurs, le professorat n’ayant qu’une durée limitée d’un ou deux ans.
Etait-ce un bien? Etait-ce un mal ? La seule hiérarchie était pour les médecins de la Cour qui tenaient le haut du pavé. Les consultations étaient fréquentes et bien rémunérées : il n’était pas extraordinaire de voir trois, quatre ou cinq docteurs appelés auprès d’un malade. Ce n’est pas à Molière, qui réunit autour d’Argan les deux Diafoirus et Purgon, ou bien Bahin, Tomès, Des Fonandrès et Maçroton auprès de Sganarelle, que nous demanderons des renseigne-