Chapitre sixième
un de ceux qui élisaient ce dernier. Il présidait aux examens des chirurgiens et des apothicaires, visitait leurs officines avec le professeur de pharmacie et deux autres docteurs régents ; il signait l’autorisation de délivrer des cadavres pour les anatomies ou dissections, pouvait faire saisir les cadavres trouvés à Saint- Côme, chez les chirurgiens ou chez les étudiants et faire arrêter ou condamner les détenteurs ; il assistait avec l’Ancien à l’autopsie du Roi et signait l’acte de décès (6). Il avait double revenu de tout, et cela allait quelquefois bien loin : il avait une grande charge, beaucoup d’honneur, un grand tracas d’affaires, parlait au nom de la Faculté, dans les occasions solennelles. Il intentait les procès au nom de la corporation et parlait même dans la Grande Chambre avant l’Avocat général. Quant aux procès, ils étaient assez fréquents; procès contre les empiriques et les médecins étrangers, procès contre les chirurgiens de robe longue, procès contre les enleveurs ou détenteurs de cadavres, procès pour soutenir les privilèges de la Faculté, etc., etc.
Aussi dut-on quelquefois donner des aides ou substituts au Doyen. Pajon de Moncets, dans le Calendrier de la Faculté , rapporte que, de 1324 à 1500, on nomma quatorze substituts. A partir de 1500 l’ex-Doyen ou l’Ancien fut quelquefois adjoint au Doyen en fonctions. Mais, en 1640, à cause des nombreuses charges qui incombaient au Chef de la Faculté, pour le conseiller ou l’aider au besoin dans tous ses procès et surtout contre les médecins provinciaux, la
(6) Commentaires , XVIII, p. 86.
L'Ancien , le Doyen et le Censeur,
Faculté lu joignit neuf collègues, qui prirent le titre de novemvirs (novem viri ), six anciens et trois jeunes. Ce furent parmi les anciens, Simon Le Tellier, René Chartier, Gabriel Hardouin de Saint-Jacques, Jean Merlet, Claude Gervais, Jean Bourgeois, et, parmi les jeunes, Jacques Cornuty, Guy Patin et Hugues Chasles (7).
Dans la vieille Faculté, peu ou pas de cérémonies sans banquet. On banquetait aux examens, aux fêtes, aux redditions de comptes : cela se passait quelquefois à la Faculté, ou chez les doyens, ou chez ceux qui étaient le plus grandement logés ; et, afin que le vin fût de bonne qualité, il y eut même, pendant un certain temps, des docteurs régents chargés de le déguster d’avance. En 1407, un banquet somptueux eut lieu le jour de la Saint-Luc, aux dépens de la confrérie; le cardinal D’Estouteville, lors de la réforme de l’Université, en 1452, demanda la suppression de ces festins. Ils continuèrent néanmoins à avoir lieu, mais furent plus modestes. En 1531, ils furent suspendus, à cause du malheur des temps; le 13 décembre 1632, il y eut de graves désordres, pillage des mets de la grande table, envoi de projectiles qui blessèrent à l’œil Pierre Lecomte. La Faculté établit alors que le prix du banquet offert par chaque nouveau docteur, évalué à 350 livres, et que celui offert par le bachelier qui erat responsurus , évalué à 50 livres, seraient versés dans les caisses de la Faculté. Mais, disait le décret, « la table étant le lien de l’a mitié,»il ne fallait pas les abolir complètement; on en maintint
(7) Commentaires , XII, p. 107.