‹ L'ancienne Faculté de médecine de ParisChapitre 48 sur 128 · Chapitre sixième · texte numérisé non relu

Chapitre sixième

deux, celui de la Saint-Luc, aux frais des futurs bacheliers, et celui que donnait le licenciande qui obtenait le premier lieu. On se rappelle les prétentions des chanoines de Notre-Dame aux banquets de la Licence en 1634, prétentions qui aboutirent à la suppression de ces banquets en 1642.

Mais ce qui était aboli pour les étudiants ne l’était pas pour les doyens, et il nous est permis d’assister, le premier décembre 1650, à une de ces agapes chez le nouveau doyen Guy Patin, dans le quartier du Chevalier-du-Guet. C’est lui-même qui rend compte de son dîner ; écoutons-le :

« Trente-six de mes collègues firent grande chère : Je ne vis jamais tant rire et tant boire pour des gens sérieux, et mesme de nos Anciens : c’étoitdu meilleur vin vieux de Bourgogne, que j’avois destiné pour ce festin: je les traitay dans ma chambre où par-dessus la tapisserie, se voyoient curieusement les tableaux d’Erasme, des deux Scaliger, père et fils, de Casaubon, Muret, Montaigne, Charon, Grotius, Heinsius, Saumaise, Fernel, feu Monsieur de Thou et notre bon amy Monsieur Naudé bibliothéquaire du Mazarin, qui n’est que sa qualité externe, car pour les internes, il les a autant qu’on les peut avoir, il est très-sçavant, bon, sage, déniaisé et guéri de la sottise du siècle, fidèle et constant amy depuis 33 ans ; il y avoit encor trois autres portraits d’excellents hommes, de feu Monsieur de Sales évesque de Geneve, Monsieur Lévesque du Bellay, mon bon amy Justus Lipsius et enfin de François Rabelais, duquel autrefois on m’a

L'Ancien , le Doyen et tle Censeur.

voulu donner vingt pistolles. Que dites-vous de cet assemblage, mes invités n’étaient-ils pas en bonne compagnie?.... » (8).

Pierre Léger, élu doyen en 1688, au lieu d’offrir un banquet à ses amis ou collègues, fit don à la Faculté de cent pistoles ou mille

livres.

Comme chef de la Faculté, le doyen présidait aux examens, il assistait aux obsèques princières au nom de la Faculté, accompagné du censeur et des deux appariteurs. Il était alloué à chaque docteur régent présent aux messes, aux examens, etc., un ou plusieurs jetons ou méreaux: le doyen et l’ancien recevaient toujours le double des autres docteurs régens. C’était le doyen qui était chargé de l’exécution de ces jetons qui portaient d’un côté les armes de la Faculté, et de l’autre, les armes du doyen. Il existe au cabinet des médailles de la Bibliothèque nationale une magnifique collection de ces jetons. 11 y en a deux tiroirs, environ cent-soixante méreaux, dont un en or, les autres en argent ou en cuivre. Le premier jeton remonte à Simon Bazin, en 1638 ; la collection se termine en 1790, avec Edmond-Claude Bourru, le dernier doyen. Ces jetons sont pour ainsi dire les annales métalliques de la Faculté, pendant plus de cent-cinquante ans. Guy Patin, en 1652, imagina de faire remplacer ses armes par son portrait et il fut imité en cela par beaucoup de ses successeurs. « Le sculpteur tout habile qu’il est, dit-il, n’y a pas fort bien rencontré, pour la ressemblance, principalement à l’œil» (9).

(8) Guy Patin, Lettre L, du 2 décembre 1650.

(9) Guy Patiu. Lettre LXIX, du 28 juin 1652.

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