Chapitre huitième
avis les premiers ; — que le corps des chirurgiens enverra chaque année, au doyen de la Faculté, le catalogue de ses membres, pour tenir lieu de l’hommage et du serment qu’ils prêtaient autrefois aux médecins (20). A partir du 19 juin 1770, le premier chirurgiendu roi dut prêter serment entre les mains du premier médecin.
Pendant que la vieille Faculté, imbue de ses privilèges, s’éternisait dans son immobilité, la corporation des chirurgiens marchait à grands pas vers l’avenir. Peu de noms des médecins sont venus jusqu’à nous comme savants ; beaucoup de chirurgiens nous sont connus. Tandis que la Faculté, croyant avoir fait un pas immense en avant, demandait qu’il fût ajouté deux ou trois professeurs à son enseignement composé de six docteurs régents, le collège des chirurgiens avait des cours nombreux, mieux distribué», des professeurs qui se nommaient Louis, Brasdor, Sabatier, Suë, Tenon, Lassus, Deleurye, etc. Le collège de chirurgie comptait quinze professeurs, non soumis aux changements annuels ou bis-annuels, comme à la Faculté de médecine : et il y avait matin et soir des cours de physiologie, de pathologie, de thérapeutique, d’anatomie, d’opérations, d’accouchements, de maladies d’yeux, et enfin de chimie chirurgicale, dont Peyrille fut le premier titulaire en 1779.
L’infériorité dans laquelle les médecins voulaient tenir les chirurgiens se révélait toutes les fois que les membres des deux corpo-
(20) Verdier, Jurisprudence particulière de la chirurgie en France. Crevier, Histoire de V Université ; t. v. p. 48, 395. t. VI, 317.
Médecins , Chirurgiens , Barbiers , Apothicaires , etc.
rations étaient en contact, ce qui arrivait journellement, surtout à la Cour et chez les grands personnages. Ainsi, quand on devait saigner le roi, c’était le premier médecin qui ordonnait la saignée et tenait le flambeau ; le premier chirurgien faisait l’opération et le premier apothicaire tenait la poëlette. Quand le souverain mourait, l’autopsie était pratiquée avec un grand cérémonial, en présence des hauts dignitaires de la Couronne, du doyen de la Faculté et d’un de ses collègues, de deux chirurgiens jurés, du premier médecin du roi, du premier chirurgien, assistés des médecins et des chirurgiens ordinaires. Tout étant préparé pour l’opération, le premier médecin donnait l’ordre de commencer et c’était le premier chirurgien qui tenait le scalpel et pratiquait l’autopsie. A la mort de Louis XIV, un carrosse de la Cour fut envoyé à la porte de la Faculté de médecine pour y prendre le doyen, J. -B. Doye et son collègue Guérin ; les deux chirurgiens jurés durent y attendre pour prendre place auprès d’eux. L’opération terminée, un repas fut offert à Versailles au doyen et à son collègue; quant aux deux chirurgiens, on ne s’occupa point d’eux, et, disent les Commentaires, ils allèrent se restaurer dans quelque auberge voisine, in uliquam propinam ad sese reficiendum recepêre (21).
Les chirurgiens subissaient toutes ces vexations et attendaient une occasion pour secouer ce joug qui les humiliait.
Un des coups les plus rudes que dut ressentir la Faculté, ce fut la
(21) Commentaires, XV\ II, f° 86 etsuiv. Voir aussi Corlieu, La Mort des Rois de France, Etudes médicales et historiques, in-12, 1873, p. 118.