Chapitre huitième
prirent la faute qu’ils faisaient et demandèrent à rentrer en grâce avec elle. Elle s’assembla le 3 septembre 1631 : un concordat fut passé entre la Faculté, les gardes jurés et les maîtres apothicaires qui consentirent à la visite de leurs boutiques : la Faculté les admit à résipiscence dans une assemblée du mercredi 10 septembre 1631, et, réunis dans la maison de Pierre Pijart, docteur régent, quatre apothicaires, délégués par la Confrérie, jurèrent obéissance et soumission (26).
Un nouvel édit d’organisation leur fut octroyé en 1638 par Louis XIII et on aurait pu croire que la concorde allait régner entre les deux corporations (27). Les barbiers chirurgiens avaient aussi fait leur soumission, et la Faculté, victorieuse de tous côtés, allait peut-être jouir de sa grandeur et de sa tranquillité. Mais un nouvel orage allait éclater.
Le 4 mars 1647, Guy Patin devait argumenter dans une thèse qu’on lui attribuait et dans laquelle il avait vigoureusement attaqué beaucoup de médicaments et ceux qui les vendaient. Il avait donné carrière à son esprit sarcastique et les mots grossiers, dits en latiü, il est vrai, tombaient avec une verve intarissable sur le bézoar, sur l’antimoine, sur le vin émétique, sur la thériaque, sur la pharmacie
(26) Commentaires , t. XII, f° 266 et suiv., et Annales medici.y p. 137.
(27) Statuts et ordonnances pour les marchands apothicaires et épiciers de la ville, fauxbourgs et banlieue delà ville de Paris, in-4, pièce, 1649.
Médecins, Chirurgiens , Barbiers , Apothicaires , etc.
arabesque, sur Avicenne qu’il traitait de voleur, fripon, nebulo , latro , etc., etc. C’étaient ses expressions favorites.
Les apothicaires adressèrent à la Faculté leurs plaintes qui ne furent pas écoutées. Ils les portèrent devant le Parlement, défendus par leur avocat. Guy Patin se défendit lui-même, et dans sa lettre à son ami Spon, du 10 avril 1647, il nous apprend que « aïant discouru une heure entière avec une très-grande et trés-favorable audience (comme j’avois eü il y a cinq ans, contre le Gazetier), les pauvres diables furent condamnez, sifflez, mocquez et bafouez par toute la Cour, et par six mille personnes, qui étoient ravis de les avoir vûs réfutez et rabatus, comme j’avois fait. Je parlai contre leur bezoar , leur confection d' Alkermes, leur theriaque et leurs parties; je leur fis voir que organa pharmacies erant organa fallaciœ et le fis avouer à tous mes auditeurs. Les pauvres diables de pharmaciens furent mis dans une telle confusion qu’iis ne sçavoient où se cacher. Toute la ville l’ayant sçû, s’est pareillement mocquée d’eux : si bien que l’honneur m’en est demeuré de tous cotez : jusques-là mesme que notre Faculté m’a rendu grâces de ce que je m’étois bien défendu de la pince de ces bonnes gens, en tant qu’il y alloit de l’honneur de nôtre compagnie: les juges mesmes m’en ont caressé. »
A la suite de toutes ces discussions, un livre parut sous le titre de Médecin charitable, qui était signé Guybert et qu’on attribua à Guy Patin, qui n’y était pas tout à fait étranger. Ce livre, assez médiocre, enseignait les moyens de préparer chez soi les médicamenis, sans avoir recours aux apothicaires. Nouvelle fureur de ceux-ci. « Les