Chapitre huitième
apothicaires, dit Guy Patin, se mêlent de la partie et enragent contre le Médecin charitable et contre les médecins, qui pour empêcher leur tyrannie, ordonnent en françois et font faire les remèdes à la maison, ce que j’en fais n’est que pour le soulagement des familles. La casse, le séné, le sirop de fleurs de pêcher, de roses pâles et de chicorée composé avec rhubarbe suffisent presque à tout. Je n’ai jamais vû de maladie guérissable qui nt pût guérir sans antimoine : quoiqu’à la vérité je me serve aussi, pour les plus sots, tels que sont quelquefois les étrangers, de nos confections scamoniées, comme du diaphénic, diaprun solutif, diacarthame, diapsyllium, de citro et de
succo rosarum » (28). On comprendra aisément qu’avec une telle
thérapeutique, avec sa langue et sa plume mordantes, il ne devait pas se faire aimer de l’apothicaire, que son collègue Hautin, peu soucieux du barbarisme, définissait animal fourbissimum , faciens benè partes et lucrans mirabiliter.
Une nouvelle tentative d’émancipation eut lieu de leur part en 1667 ; un nouvel arrêt fut pris contre eux par la Faculté le 15 décembre (29) ; ils se soumirent, et, quatre ans après, nous lisons chaque année dans les Commentaires, au chapitre ayant pour titre : Res gestœ apud Pharmacopolos , les noms des candidats et les résultats des examens. Le 27 avril 1672, un pacte fut fait entre la Faculté et les apothicaires, pacte par lequel le doyen assisterait à leurs actes de réception, sans honoraires. Ils continuèrent à prêter devant la
(28) Lettre du 18 juin 1666.
(29) Commentaires , XY, p. 428.
Médecins , Chirurgiens , Barbiers , Apothicaires, etc.
Faculté, le lendemain de la Saint-Luc, le serment suivant dont on leur donnait lecture :
a Vous jurez :
1° Que vous porterez honneur et respect au Doyen et aux docteurs de la Faculté et que vous les regarderez comme vos maîtres, en ce qui concerne la médecine et la pharmacie :
•2° Que vous n’administrerez aucun médicament sans l’ordonnance de quelqu’un des docteurs de la Faculté ou d’autres médecins approuvés par elle \
3° Que vous souffrirez deux fois par an que la visite de vos boutiques soit faite parle doyen ou quatre docteurs de la Faculté. »
En 1776, les apothicaires projetèrent de faire de nouveaux statuts ; ils furent repoussés et durent s’en tenir à ceux du 26 février
Naturellement plus modestes dans leurs allures, plus simples dans leurs besoins, les sages-femmes ont vécu côte à côte avec la Faculté, sans lui susciter d’embarras et réclamant au contraire son appui. Jusqu’au milieu du xvie siècle, on n’a que des indications vagues sur leur organisation. Les accouchements étaient faits par des femmes qui, comme dans certaines campagnes éloignées, n’avaient d'autre instruction que celle qu’elles acquéraient en assis-