Chapitre neuvième
rition au xvi° siècle. Il y avait donc rivalité entre les deux écoles et tôt ou tard la guerre devait éclater. Un homme en fournit l’occasion, ce fut Théophraste Renaudot.
Né à Loudun en 1584, Théophraste Renaudot s’était fait recevoir docteur à Montpellier en 1606, après avoir commencé à étudier la chirurgie à Paris. Il voyagea quatre ans avant de rentrer dans sa ville natale pour y exercer la médecine, pendant qu’Urbain Grandier y remplissait les fonctions ecclésiastiques (1). Une petite ville ne convenait pas à son esprit entreprenant et il revint à Paris en 1612. Mais les règlements étaient formels et ne permettaient d’exercer la médecine qu’aux docteurs régens de Paris, aux médecins du Roi ou de la famille royale. Renaudot avait connu dans le Poitou le fameux père Joseph, le confident de Richelieu, et il sollicita le titre de médecin du Roi, afin d’être en règle avec la Faculté. Il obtint le brevet purement honorifique et prêta serment entre les mains d’Héroard, premier médecin de Louis XIII. Sans fortune, plein d’ambition, d’un esprit fécond en ressources, Renaudot donna quelques leçons de médecine, prit chez lui des pensionnaires, se fit nommer commissaire général des pauvres et établit rue de la Caladre, vis-àvis le palais de Justice, à la maison du Grand Coq , un bureau de consultations charitables où se pressaient les pauvres qui recevaient gratuitement des conseils et des médicaments. Les gens riches y vinrent aussi -, Renaudot était aidé de quelques-uns de ses confrères
(1) Roubaud, Théophraste Renaudot, in-18, 1858. — Légué, Histoire des possédées de Loudun , br. in-8, 1874, p. 9 à 38.
La Chambre royale et la Société royale de Médecine. 203
de Montpellier, de ses deux fils, Isaac et Eusèbe, et ses consultations qui avaient lieu chaque semaine acquirent une telle vogue que la Faculté s’en émut. Les Gazettes à la main qu’il avait fondées en 1631, l’établissement des prêts sur gages l’avaient popularisé dans Paris; à cela il avait joint un bureau d’adresses et de rencontre et il avait obtenu du cardinal de Richelieu le titre d’historiographe de la Couronne. Piquée par un sentiment de jalousie, la Faculté voulut donner aussi des consultations gratuites, et le 27 mars 1639 elle faisait afficher dans les rues de Paris l’annonce suivante :
« Les doyen et docteurs de la Faculté de médecine font sçavoir à « tous malades et affligez de quelque maladie que ce soit, qu’ils se « pourront trouver à leur collège, ruë de la Bucherie, tous les sa- « médis de chaque semaine, pour estre visitez charitablement par « les médecins députez à ce faire, lesquels se trouveront audict col- « lége, et ce depuis les dix heures du matin jusqu’à midypour leur « donner avis et conseil sur leurs maladies et ordonner remèdes contt venables pour leur soulagement. »
Mais le peuple n’y vint pas ; il préferait les consultations de Renauiot. Ce n’est que le 1er juin 1644 qu'elles commencèrent à avoir lieu régulièrement aux Ecoles de la rue de la Bucherie (2). Pendant ce temps Renaudot triomphait, et une quinzaine de docteurs et de nombreux étudiants assistaient à sa consultation. Parmi les médicaments qu’il prescrivait se trouvaient l’antimoine et l’émétique,
(2) Statuts, art. 2