‹ L'ancienne Faculté de médecine de ParisChapitre 92 sur 128 · Chapitre neuvième · texte numérisé non relu

Chapitre neuvième

importés de Montpellier et d’Italie et repoussés par la Faculté, par décret du 3 août 1566, comme un poison violent, inventé par le diable et prescrit par ses suppôts.

L’affaire fat portée devant les tribunaux et Renaudot accusé d’exercice illégal de la médecine. Il se défendit d’abord dans deux factums où il a raconté sa vie et établi ses droits. René Moreau répondit pour la Faculté, ce qui amena un échange de répliques assez vives de part et d’autre. Renaudot s’adressa à la Reine elle-même et lui présenta une requête en faveur des pauvres malades de son royaume. René Moreau fit une nouvelle réponse à cette requête (3).

Mais le temps passait et le protecteur de Renaudot, le cardinal de Richelieu venait de mourir (1642). Tous ses ennemis tombent à la fois sur lui, et le plus mordant fut Guy Patin. Le 9 décembre 1643, une sentence du Châtelet avait fait défense à Renaudot, à ses adhérens et à ses adjoints d’exercer la médecine à Paris, d’y tenir des assemblées, d’y donner des consultations. Une fois même le doyen

(3) Théophaste Renaudot. Les consultations charitables dédiées à monseigneur de Noyers, in-4, pièce, 1640.

— Factum de l’instance de Th. Renaudot appelant... Contre le doyen. S. 1. n. d., in-4 pièce.

— Factum du procès d’entre maître Théophaste Renaudot... présenté au Conseil du roi le 30 octobre 1640, s. 1. n. d. in-4. pièce.

— La défense de la Faculté de médecine contre son calomniateur, par René Moreau, 1641, in-4. — Réponse de Théophraste Renaudot... au libellé fait contre les consultations charitables, 1641, in-4. — Toutes ces pièces sont à la bibliothèque nationale, T.18, 23 à 43. Voir aussi Raynaud, ouv. cit., p. 244.

La Chambre royale et la Société royale de Médecine.

se transporta au domicile de Renaudot, à la porte Saint-Antoine, le trouva en fonctions et en dressa un procès-verbal. Renaudot en appela de cette sentence devant le Parlement, s’appuyant sur un arrêt du conseil d’Etat rendu en sa faveur le 19 novembre et de Lettres patentes « par luy obtenuës le septiesme jour de décembre de la mesme « année, pour estre maintenu luy et ses assistants en la jouissance « de faire des consultations charitables et deffenses à toutes perte sonnes de les troubler ny empêcher directement ny indirecte- « ment. »

Mais cela ne suffit pas. L’affaire fut jugée en Parlement le 1er mars 1644. Renaudot était défendu par maitre Battaille 5 ses fils intimés dans l’affaire l’étaient par maître Pucelle ; la Faculté de médecine par maître Chenvot ; l’Université parDeffita, et la Faculté de Montpellier, qu’il avait à tort mêlée dans l'affaire, par maître Martin. Orner Talon occupait le siège du Procureur général, Chenvot fut cruel et impitoyable ; tout fut arme pour écraser Renaudot, sa patrie, son nom, son physique, son passé et son présent. Renaudot perdit son procès.

La Cour rendit l’arrêt suivant:

« La Cour a receu et reçoit les parties de Deffita et Martin inter- « venantes, et y foisant droit, ensemble sur les appellations, sans j « avoir égard aux lettres, a mis et met l’appellation au néant. Or- ! « donne que ce dont a esté appelé sortira son plein et entier effect ;

1 « condamne l’appelant en l’amende et ès despens, a ordonné et or-

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« donne que, dans huitaine, la Faculté de médecine s’assemblera « pour faire un projet de règlement pour faire les consultations cha- « ritables des pauvres et iceluy apporter à la Cour, pour, iceluy veu, « ordonner ce que déraison ; et sur les conclusions du Procureur gé- « néral, a ordonné et ordonne que Renaudot présentera à ladite « Cour les Lettres patentes adressées à icelle, parluy obtenuës pour « l’établissement du bureau et permission de vendre à grâce; et ce- « pendant luv a fait et fait très-expresses inhibitions et deffences de « plus vendre ny prêter à l’avenir sur gages, jusqu’à ce que autre- « ment par la Cour en ait esté ordonné ; et que les officiers du Cha- « telet se transporteront chez ledit Renaudot pour faire inventaire « de toutes les hardes qui se trouveront en sa maison, pour les « rendre et restituer à qui il appartiendra; et sur la requeste des « parties de Pucelle (4), y sera fait droit séparément ainsi que de « raison. Faict en Parlement le premier jour de mars, mil six cens « quarante-quatre » (5).

Renaudot était écrasé, mais n’était pas mort. Il avait remué des idées qui, comprimées par l’arrêt de la Cour, ont germé plus tard. Il avait créé le journalisme en France, les monts de piété, le bureau d’adresses qui est devenu plus tard le Journal des petites affiches , les consultations charitables, etc. De tout cela, une seule chose lui restait, c’était sa Gazette. Comme tous les novateurs, il avait eu son triomphe et son martyre ; de ses trois fils, l’un conseiller à la Cour des

(4) Les fils Renaudot.

(5; Registres du Parlement de Paris.

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comptes, mourut sans enfants ; deux étudièrent la médecine, Isaac et Eusèbe. La persécution qui avait frappé leur père retomba sur eux et ils se virent une première fois refuser aux examens de la licence. Ils durent, pour être admis plus tard, renier les entreprises de leur père. Devenu veuf, Théophraste Renaudot se remaria en novembre 1651 avec une jeune femme, divorça peu après et mourut le 25 octobre 1653, à l’âge de soixante-dix ans. Isaac, admis à la régence, mourut en 1688, sans postérité. Eusèbe devint premier médecin du Dauphin et mourut le 19 novembre 1679. De son mariage avec une demoiselle D’Aigue naquirent Eusèbe Renaudot, qui fut abbé et membre de l’Académie française et quatre filles (6). Ainsi s’éteignit le nom de cet homme qui, dès le milieu duxvne siècle, avait été par ses idées le précurseur du xix°.

Huit mois après l’arrêt du Parlement, le 21 octobre 1644, Siméon Courtaud, doyen de la Faculté de Montpellier, devait prononcer le discours de rentiée. Neveu d’Héroard, premier médecin de Louis XIII, il avait été appelé à Paris par son oncle et pourvu d’une charge de médecin du roi. par quartier. Pour des raisons inconnues, Héroard se sépara de lui, le fit nommer professeur à Montpellier, où il devint doyen en 1637. Dans son discours solennel, Courtaud prit pour sujet la matière du procès perdu à Paris par la Faculté de

(6j Bibl. Nat. Cabinet des titres, T. XII, 1011, page 111. Une de ses filles épousa Mathieu Thuillier, docteur régent ; la seconde et la quatrième se marièrent; quant à la troisième elle aimait un capitaine qu’on ne consentit pas à lui laisser épouser et dont elle eut un fils qui fut élevé à Nanterre. Ce fut le seul héritier du nom de Renaudot.

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