‹ L'ancienne Faculté de médecine de ParisChapitre 93 sur 128 · Chapitre neuvième · texte numérisé non relu

Chapitre neuvième

Montpellier et par les autres facultés provinciales; il exalta outre mesure la Faculté de Montpellier, d'où sortait Héroard, et abaissa, autant qu’il le put, celle de Paris. Ce discours, mal écrit, sans ordre, sans méthode, plein de fautes de latin, d’histoire, de médecine, de chronologie, fut imprimé à Montpellier et parvint à Paris. Les médecins de Paris en furent indignés et au lieu de garder le silence ou au moins la modération qui leur convenait, un anonyme (très-probablement Guy Patin) et René Moreau répondirent dans deux brochures latines à Courtaud qu’ils malmenèrent vigoureusement. Jean Riolan, dans ses Curieuses recherches sur les escholes en médecine de Paris et de Montpellier , fut un peu plus mesuré que ses deux collègues (7). Un anonyme, Antoine Magdelain, répondit à l’écrit anonyme de Guy Patin ; Isaac Carquet de son côté entreprit de réfuter Jean Riolan dans sa Seconde apologie de l’Université de médecine de Montpellier (8). Il faut se reporter par la pensée à ce temps de luttes passionnées pour comprendre tous ces libelles, dont deux seulement supportent encore aujourd’hui la lecture , celui de Riolan qui, à côté de quelques exagérations de mauvais goût, contient des passages qui ne manquent parfois ni de verve, ni de charme et celui de Carquet qui mit autant de vigueur dans sa défense que Riolan en avait mis dans son attaque.

(7) Jean Riolan, né à Paris en 1577, reçu docteur en 1604, inaugura comme professeur la chaire d’anatomie, de botanique et do pharmacie au college roya. de France, en 1613. Médecin ordinaire des rois Henri IV et Louis XIII, il fut l’un des plus grands anatomistes de son temps; il mourut en 1657, à la suite d’une deuxième opération de la taille.

(8) 1 vol. in-4 de 248 p., 1653.

La Chambre royale et la Société royale de Médecine. 209

Au fond de ce procès il y avait deux questions : une question d’exercice de la la médecine et une question scientifique. Dans la première, la Faculté de Montpellier perdit sa cause ; dans la seconde, l’antimoine interdit fit un pas vers sa réhabilitation.

La matière médicale ne possède pas un médicament qui ait fait déchaîner autant de haines contre lui. Importé de l’étranger au milieu du xvie siècle, accepté par les médecins de Montpellier, déprécié par ceux de Paris, il fut le sujet d’un nombre considérable d’écrits qui le vantaient outre mesure ou l’attaquaient avec un acharnement injustifiable. De Launay, en 1564, avait décrit ses vertus admirables *, deux ans après, la Faculté le proscrivait par décret du 3 août 1566 ; en 1624, un moine, Basile Valentin, écrivait le Cursus triumphalis antimonii ; Théophraste Renaudot l’employait fréquemment dans sa pratique et eut des imitateurs parmi les médecins en renom de Paris ; Guy Patin au contraire épuisait son vocabulaire contre ce médicament diabolique, contre le vin émétique qu’il surnommait énétique , ab enecando ou hérétique, contre tous ceux qui le prescrivaient et ne se faisait nul scrupule de leur attribuer la mort de leurs malades; toutes ses lettres sont empreintes de sa haine implacable. Jean Chartier, qui osa le défendre, en 1651. dans un écrit ayant pour titre : La science du plomb sacré des sages , se vit par ce seul fait expulsé de la Faculté.

Le 26 mars 1652, soixante-et-un docteurs régents, parmi lesquels étaient Guenaut, Des Fougerais, Chartier, les deux frères Renaudot, Dieuxivoye, Mauvillain, etc., avaienf donné leur approbation au-

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