Chapitre neuvième
thentique à l’antimoine par un certificat signé d’eux tous. L’année suivante, Eusèbe Renaudot écrivait « V Antimoine justifié et V Antimoine triomphant, ou discours apologétique, faisant voir que la poudre et le vin émétique et les autres remèdes tirés de l’antimoine ne sont point vénéneux, mais souverains pour guérir la plupart des maladies qui y sont exactement expliquées, etc. » Germain avait répondu à Jean Chartier par un volumineux dialogue entre Iatrophile et Philalèthe et ayant pour titre Orthodoxe (9); Jacques Perreau répondit à Eusèbe Renaudot par le Rabat-joie de l'antimoine triomphant.
Ces discussions thérapeutiques inspirèrent même la verve poétique et reconnaissante d’un célestin , le R. P. Carneau qui composa, en 1566, la Stimmimachie ou le Grand combat des médecins modernes touchant l’usage de l’antimoine , poème histori-comique d’environ deux mille vers de huit syllabes, assez mauvais du reste, et ne contenant pas le moindre épisode intéressant :
Je dis donc que je vais décrire Un grand combat à faire rire....
C'est un combat de Médecins ,
Dont les tambours sont des bassins;
(9) Germain. Orthodoxe ou de l’abus de l’antimoine, dialogue pour détromper, etc... 1652, in-4.
La Chambre royale et la Société royale de Médecine. 211
Les syringues y sont bombardes ,
Les bastons de casse hallebardes ;
Les lancettes y sont poignards,
Les feuilles de séné pétards.
Enfin après cette nouvelle guerre de cent ans (1566-1666), le 29 mars 1666, la Faculté se réunit par ordre du Parlement. Sur centdeux docteurs présents, quatre-vingt-douze se prononcèrent pour l’antimoine, et le Parlement rendit un arrêt permettant à tous docteurs régens de se servir du vin émétique. Un seul, François Blondel, ancien doyen, protesta avec opiniâtreté, plaida contre la Faculté, contre le doyen, fut condamné, refusa de payer et vit vendre ses meubles (10). [Cette fois l’antimoine était réellement triomphant.
Mais tout n’était pas fini à l’égard des médecins de Montpellier. Quatre ans après, Antoine Magdelain, de Montpellier, obtenait du Grand Conseil un arrêt qui l’autorisait à exercer la médecine à Paris. Plus tard, en 1668, le Grand Conseil reconnaissait aux médecins étrangers le droit d’exercer à Paris, à la charge par eux de présenter leurs lettres de doctorat et de se faire inscrire sur les registres du Grand Conseil, composé de commissaires nommés par le Roi et s’occupant de certaines causes soustraites à la juridiction du Parlement. C’était une rivalité de puissance à puissance. Beaucoup
(10) Commentaires , XV.