Chapitre neuvième
de médecinsdes Rois de France étaient de la Faculté de Montpellier, Mazille, Du Laurens, Héroard, Vautier, Vallot, Daquin, etc.
Pour se donner plus de force, les médecins provinciaux voulurent faire un corps à part, une seconde Faculté rivale, reconnaissant pour président le premier médecin du Roi, qui était Daquin et ayant des syndics, un trésorier, etc., etc.
Ils firent même imprimer la liste de leurs collègues et obtinrent le 11 avril 1673 des Lettres patentes qui les instituaient en Chambre royale , leur permettant de s’agréger des docteurs reçus dans les petites facultés provinciales. La Faculté protesta contre les Lettres patentes, et comme elles n’avaient pas été contresignées par le garde des sceaux, d’Aligre, elles ne furent pas enregistrées. Le 17 juin parut une déclaration royale proclamant que les Lettres patentes avaient été surprises et les annulant. Colbert, ministre d’Etat, avait été pour beaucoup dans cette affaire. Une nombreuse députation en robe, avec le doyen en tète, se rendit chez le garde des sceaux. Le doyen, René Moreau, accompagné de deux collègues, se rendit chez Colbert et lui adressa un discours de remerciment qui est conservé dans les Commentaires (11) : Colbert, de son côté, promit de défendre toujours les droits et les intérêts de l’Université. Bien que dissoute de droit, la Chambre royale ne l’était pas complètement. Elle vivait en secret, et la Faculté qui avait toujours l’œil fixé sur ses menées, traitait sans pitié ceux de ses membres qui se
(11) Commentaires , XV, p. 652, 655.
La Chauibre royale et la Société royale de Médecine. 213
compromettaient dans des consultations avec les médecins étrangers. En 1677, Akakia, convaincu d’avoir consulté avec un de ces derniers, fut rayé des contrôles de la Faculté et en mourut, dit-on, de chagrin (12).
Le 30 juillet 1683, la reine Marie-Thérèse succombait à l’àge de quarante-cinq ans, ce qui commença à ébranler le crédit de Da~ quin, premier médecin du Roi et protecteur de la Chambre royale. Cette Chambre, à cause de son existence illégale, était mal vue dans le monde officiel, et, en 1693, à la Chandeleur, elle avait, selon l’usage, envoyé un cierge au chancelier de France, LeTellier. qui le refusa. Le 2 novembre de la même année, Daquin fut inopinément remplacé par Fagon dans la charge de premier médecin du roi. Ce fut l’arrêt de mort de la Chambre royale, qui avait Daquin pour protecteur. Le dimanche 15 février 1694, la Faculté adressa au Roi une requête motivée et la fit présenter à Le Tellier par une nombreuse députation conduite par le doyen (13). Fagon intervint de son côté, et le 3 mai 1694 parut la déclaration du Roi portant suppression de la Chambre royale des universités provinciales. Le 29 juin le Conseil d’Etat rendait un arrêt ordonnant l’enregistrement de la suppression delà Chambre royale.
La Faculté avait encore des rivaux un peu moins redoutables, il
(12) Commentaires , XVI, p. 53.
(13) Commentaires , XVII, p. 196.