Chapitre neuvième
est vrai, mais non moins gênants, dans les membres du clergé et les corporations religieuses. Bien que des bulles pontificales eusseüt interdit aux ecclésiastiques la pratique de la médecine, quelques-uns d’entre eux, sous prétexte de charité, donnaient des consultations et vendaient des médicaments. La Faculté, conjointement avec les gardes apothicaires , présenta à l’Assemblée du clergé une requête contre les religieux qui se livraient à l’exercice illégal de la médecine. Ilsreçurentl’ordre de se renfermer dans leur ministère (14).
La Faculté croyait en avoir fini avec tous ses ennemis ou rivaux. Sa joie fut immense, et pour prouver qu’elle n’avait aucun sentiment d’animosité ni de jalousie contre les médecins provinciaux, et que sa conduite n’avait eu pour guide que l’observation des statuts, elle admit à une nouvelle licence qu’elle appela Jubilé tous les médecins provinciaux qui consentirent à entrer dans la compagnie. Le 16 octobre 1694, deux jours avant la Saint-Luc, onze médecins provinciaux furent admis au baccalauréat et au principium. La Faculté voulut manifester sa reconnaissance envers Fagon d’une façon exceptionnelle et digne de lui : elle décida que son portrait de grandeur naturelle serait peint par H. Rigaud et placé dans le lieu le plus visible de la salle d’assemblée. Le 22 novembre 1695, Charles Thuillier, Ph. Hecquet, Bompard, Chambon, Jacquemier, Tauvry, De Tournefort, etc., tous membres de la Chambre royale, se présentèrent à la licence (15),
(14) Commentaires, XVII, p. 242.
(15) Commentaires , XVII, p. 269.
La Chombre royale et la Société royale de Médecine. 215
Ce dernier dédia à Fagonsa thèse ayant pour titre : An morborum curatio ad mechanicœ leges referenda , et jamais pareille fête n’avait eu lieu à la Faculté. Les écoles étaient richement décorées ; la thèse encadrée était recouverte d’un verre de Bohême et ornée de sculptures et de dorures; au frontispice était le portrait de Fagon, avec une épître d’une vingtaine de lignes exaltant ses mérites, et au bas un quatrain du poète Santeuil. Fagon partagea la joie générale et donna à cette occasion un repas splendide à toute la compagnie dans sa résidence du Jardin du Roi. Tournefort, Santeuil étaient au nombre des invités. Le 12 mars 1695, le Conseil d’Etat défendait aux médecins des universités provinciales de faire imprimer ou présenter aucune requête contre la déclaration du 3 mai. Le 19 juillet parurent la déclaration concernant les conditions d’agrégation des médecins de province à la Faculté de Paris, et enfin le 13 septembre 1696 l’arrêt définitif du Conseil d’Etat ordonnant l’enregistrement de la suppression de la Chambre royale. Cette fois elle était bien morte pour ne plus se relever.
Jusqu’ici la Faculté était toujours sortie triomphante de tous ses procès ; mais une suprême douleur lui était réservée.
Elle était souvent consultée pour des questions d’intérêt général ou
d’intérêt privé.
En 1520, on lui demandait son avis sur le charbon minéral; en 1550 s’agitait devant elle la question de savoir si les femmes grosses pouvaient être traitées et guéries de la vérole. En 1554, on la con-