ET LES ÉTUDES LATINES A LA MAITRISE
Nous avons vu dans le chapitre précédent l'ensemble des maîtres des enfants d'aube et plus spécialement les chanoines et leurs Commis à l'Œuvre. Comme après ceuxci l'autorité appartint successivement aux maîtres de grammaire et aux maîtres de musique, il convient de faire l'histoire des uns et des autres.
Jusqu'à la fin du xve siècle, nous l'avons dit, les maîtres de grammaire furent les principaux directeurs de la Maîtrise.
Leurs premiers titres, au xive siècle, furent, outre celui de màgister pnerorum, le plus usité, ceux de instructor, gubemator, administrator piierorum. Ces titres indiquaient bien le caractère universel de leur autorité. Le Chapitre leur laissait prendre ou leur donnait lui-même un aide avec lequel ils partageaient au début, selon leur bon plaisir, l'enseignement des lettres et du chant.
En raison même de cette autorité, il les recrutait avec soin parmi ses meilleurs clercs, c'est-à-dire parmi les
chapelains, les heuriers, les curés, et même parmi les anciens recteurs des grandes écoles.
Il les nommait en plein Chapitre général et par une ordonnance qui ne manquait pas de solennité. « Le Chapitre a retenu maître Garnier, disait-il en 1375, pour maître des enfants d'aube , après qu'il a eu promis de les instruire selon son pouvoir : il aura les revenus et les émoluments des enfants, il aura de plus les Matines, la grand'messe et les revenus accoutumés l. » Les nominations de Richard Lapion, en 1383 ~, de Nicolas Loiseleur, en 14093 , sont rédigées dans les mêmes termes.
Le premier d'entre ces maîtres, dont le nom nous soit connu, s'appelait Robert Claude 4. En 1301, il reçut du Chapitre la chapellenie de Saint-Nicolas; c'est tout ce que nous en savons. Mais son successeur, Robert d'Etampes, a laissé de plus nombreuses traces dans les Registres capitulantes. Jusqu'à sa mort, en 1343, il fut fréquemment employé par les chanoines pour leurs affaires financières et même liturgiques. C'était leur homme de confiance, leur comptable, surtout pendant la retraite qu'ils firent à Mantes. Il encaissait les revenus de la Fabrique, payait les serviteurs et tenait les comptes (1309-1312) 5. En 1323, il fut chargé avec Barthélémy, curé de Saint- Saturnin, de corriger le Bref de l'Église 6. A cause de ses
diverses occupations, il s'associa successivement maître Simon, en 1305, et le prêtre Girard : mais ce dernier fut renvoyé par le Chapitre à sa cure en 1310. On ne sait s'il en prit d'autres. En 1329 il fut remplacé par maître Thibault, curé d'Ymeray et ancien recteur des grandes écoles, et reçut à son départ de précieuses gratifications du Chapitre qu'il continua de servir jusqu'en 1343.
Thibault, comme son prédécesseur, se fit aider successivement dans sa cure et dans sa fonction de maître ' . Encelot 2 lui fut d'abord adjoint en 1335 , puis le clerc de chœur Auxelle 3. Mais ce dernier étant entré en religion en 1342, Jacques de Grandrevilie lui fut substitué sur les instances de la reine de Navarre. « Le Chapitre, disent les Registres capitulaires, a député le prêtre Jacques de Grandrevilie, sur la prière de la reine de Navarre, qui en rend bon témoignage , au service des enfants d'aube, avec le maître Thibault, pour les gouverner, les garder et les instruire dans l'art de chanter et de lire, et pour tout ce qu'Auxelle et ses prédécesseurs avaient coutume de faire; le tout pour le salaire accoutumé. »
Thibault d'Ymeray, s'il faut, comme c'est probable, l'identifier avec Thibault Crochet4, signalé comme maître des enfants d'aube en 1350, mourut cette année-là 5, et fut remplacé par Robert Lescot, avec lequel 6 on aperçoit un certain Gui, gubemator puerorum in albis (1351). Ce
6 G. 151, f. 49 v., 78, 79, etc.
Robert avait été aussi recteur des grandes écoles jusqu'en 1349 ' et même jusqu'en 1351, et avait peut-être cumulé quelque temps les deux charges.
Il eut pour successeur Ponce d'Allonville 2 qui apparaît en 1358 dans une vente de Bréviaire et d'Evangéliaire, puis en 1359, Robert de Mantes (Medunta) 3. Suivent encore avec le titre de maître des enfants un certain Pierre, qui est signalé en 1365 4, Jean Garnier, que le Chapitre nomme heurier matinier et retient comme maître en 1374 et 1375. Celui-ci disparaît en 1378 5.
C'est après lui que commence la distinction officielle des maîtres de grammaire et des maîtres de musique. Jean deSantander 6, en 1378, fut, le premier, nommé spécialement maître de chant, sit magister puerorum in albis in arte cantus. Toutefois cette spécification laissa au maître de grammaire sa prédominance antique. Ceux qui suivirent : Guillotin Crochet7, en 1397, Richard Lapion8, en 1383, G. Couvain, 9 avant 1385, Michel Pelletier, avant 1388 t0, Jean Guiart, en 1392 H, furent appelés purement et
1 G. 151, f. 49 et 81 v.
simplement maîtres des enfants1, comme dépositaires essentiels de l'autorité. Jacques de Vuisques, en 1402, et Guillaume le Bourgoyn, en 1404 2 , qui paraissent avoir été affectés au chant, bien qu'on les eût fait venir de loin, n'occupèrent encore qu'un rang* secondaire.
Au xve siècle, la séparation des enseignements s'accentue, mais sans aucun préjudice pour la vieille hiérarchie.
Nicolas Loiseleur3 est nommé maître des enfants d'aube pour la grammaire, en 1409, magister puerorum in albis in arte grammatica. Il remplace Jean Gigot; celui-ci avait été, comme Thibault, maître des grandes écoles. Nicolas Loiseleur lui-même joua un grand rôle dans le Chapitre, et finit par devenir prévôt d'Ingré et chanoine, en 14144. Ces successeurs furent aussi des hommes importants. Clément Trescaille, qui lui succéda jusqu'en 1417, et devint chanoine de Saint-Piat, curé de Houx et Bailleau-le-Pin, avait dû prendre un sous-maître, qui s'appelait Richard Le Beau 5. Jean Langlois qui vint ensuite s'en adjoignit deux : ce même Richard Le Beau (Pulcri), puis Jean Mégret 6, tant il avait d'affaires à traiter ! Richard recevait l'argent en son nom, et remplit cette fonction d'économe jusqu'en 1428. Jean Mégret, après avoir été son collaborateur, continua d'être économe et procureur sous les maîtres suivants. De 1427 à 1450, il leur fournit l'argent pour payer
les vivres et les habits. Ces maîtres sont : André Guilles, administrator puerorum (1427) ' à qui il donne 10 livres, pro n ut rimento puerorum : J. Julien, maître des enfants à qui, en 1428, il verse 32 livres 15 sols tournois pour le même objet 2 ; maître Lubin Leblanc (Albi), auquel pour le même motif, il donne trente livres en 1429 et plus tard 3 jusqu'en 1434. 11 achète d'ailleurs lui-même différents objets, par exemple, en 1417, quatorze manteaux, huit robes et six chaperons 4. Son dernier paiement connu est de 1450 5. C'est de son temps que l'on voit aussi Thomas Du Bois (de Bosco), maître des enfants fi. Tout ce maniement d'arg"ent et la présence de ces sousmaîtres et de ces procureurs prouvent la haute situation des maîtres de grammaire. Elle atteint son apogée à la fin du XVe siècle avec Jean de Lespinay, Simon Coig'net et Gilles Mureau. Jean de Lespinay, que l'on voit en 1453 passant un contrat d'écolag*e pour le fils de Pasquin Bouvart de St Mammés7et tenant une prébende de St Piat, dut aussi prendre un auxiliaire. Ce fut Hug*ues de Vaurans. Simon Coig'net utilisa ce même personnage jusqu'en 1457, époque où il rég-la son compte avec lui moyennant 110 livres tournois8. Ce Simon Coig'net porta de 1457 à 1469
7 G. 170, f. 75 v. et 82.
son école au plus haut degré de prospérité, et donna un très grand relief à sa fonction de maître de grammaire. Gilles Mureau, surnommé Prieur, que l'on voit à la tête de la Maîtrise de 1469 à 1483 parut d'abord la soutenir dig*nement. Mais bientôt, par suite d'épisodes que nous raconterons ensuite, la face des choses changea : le gouvernement des enfants fut profondément modifié et le pouvoir passa du maître de grammaire au maître de musique.
Cette prépondérance du maître de grammaire, qui ne tenait d'abord qu'à la prédominance à la Maîtrise de l'élément littéraire sur l'élément musical, dut ses accroissements successifs à la valeur des études grammaticales qui se faisaient sous sa direction. Peu à peu en effet l'école capitulaire étendit ses programmes et ouvrit ses rang*s à des élèves du dehors.
Ils affluèrent autant et même plus que dans les autres écoles paroissiales, venant non seulement de Chartres, mais de Bailleau, de Senarmont, de Saint Mammès, de Dourdan, pour 12, 18, 21, 33 mois, etc.
Robert Lescot, en 1351, reçut les fils d'Hémeric de Gay et de Philippe le Boucher de Bourg*- Robert •. En 1447, Thomas Du Boys admit Hug"ue; en 1453, Jean de Lespinay accepta le fils de Pasquin Bouvart2. Avec Simon Coig-net la vog"ue devint telle que le chancelier et le maître de Saint- Père, pour restreindre une concurrence qui leur était
« G. 451, f. 79 et 104 v.
nuisible, demandèrent à transiger. Le 15 novembre 1461 les trois maîtres s'engagèrent, sous peine d'un marc d'amende, à n'avoir qu'un nombre égal d'élèves, ou à verser 20 sols dans une bourse commune, pour chaque élève qu'ils auraient en surplus. Et pour bien marquer cependant qu'en ce qui concernait Goignet on ne visait que les élèves venus du dehors, on stipula, que « les boursiers , les clercs et les demeurants, soit Messieurs du Chapitre, soit les chapelains et des draps de l'Eglise, ne seraient comptés au nombre des écoliers de Me Simon. » On ajouta même « que s'il advenait que lesdits Mes Vincent et Jehan Lambert eussent aucuns desdits clercs de dessus dits, Simon pourra substituer et prendre autres, lesquels ne mettra au nombre de venir à égalité avec les deux autres maîtres dessus dits *. »
Cette transaction venait à propos, car, dans la seule année qui la suivit, Coignet enregistra six écolages qui sont parvenus jusqu'à nous.
Ils concernent le filsde Pierre Guitton, marchand demeurant à Chartres, Bertrand Paudoyer, frère du sous-diacre Lucas Paudoyer, Jehan Germond, fils de Guil. Germond, de Senarmont, Jehan Varenne, fils de Mathry Varenne, de Bailleau-l'Evêque, Colin Grandin, fils de Colin Grandin, chaussetier à Chartres, Guill. Pichot, fils de Guillemette Pichot, de Lucey2.
Son successeur Gilles Mureau n'en accepta pas moins de sept, à notre connaissance, dont quatre pour l'année
2 G. 171, f. 2, 45 v., 62, 68, 68 v., 71 v., 87, 89 v. Nous les avons insérés dans nos Ecoles de Chartres, pp. 428-430.
1478. Citons les deux fils de Robert de Garennes, seigneur de Saug*is, les Broutesauge, les Basset !.
A ces enfants du dehors, les maîtres de grammaire n'avaient garde de sacrifier ceux du dedans, qui constituaient spécialement la Maîtrise. Us leur faisaient faire, avec leurs émules, de bonnes études. De 1306 à 1342, cinq enfants de chœur furent en état, après leur sortie, d'aller aux Universités de Paris et d'Orléans 2. En 1482, deux autres suivirent le même chemin 3 et beaucoup dans cet intervalle les imitèrent, dont les noms sont restés inconnus. En un mot, pendant ces deux siècles, la Maîtrise, se souvenant qu'elle était un faible rameau détaché des grandes écoles, eut à cœur de lutter avec elles ; le nombre de ses étrangers et la force de ses études indiquent qu'elle sembla plus attachée aux lettres qu'au chant, et c'est pour cela qu'elle fut gouvernée plutôt par les maîtres de grammaire que par ceux de musique.
Mais, à partir du XVIe siècle, cette physionomie littéraire de la Maîtrise s'effaça peu à peu : elle prit de plus en plus
1 Voici, à titre de spécimen de ces traités entre les parents et les maîtres, comment était libellé le contrat passé avec Robert de Garennes pour ses deux fils, en 1471. Gilles Mureau, y était-il dit, « sera tenu bailler, quérir et administrer.... leurs nécessités, comme boire, menger, coucher, etlever seulement, et aussi les enseigner et monstrer dechant aux mieulx quil pourra , et les fera aller aux matins à lescolle de grammaire pendant icelui temps ». Suivait la désignation de la pension à payer. — Voir G. 172, f. 175. — G. 173, f. 215.
2 R. G., 1007/2, f. 9, 34 v., etc. Voir nos Ecoles chartraines, p. 393.
une orientation musicale, et les élèves du dehors se dirigèrent vers d'autres écoles.
Tout les y invitait. D'une part, la municipalité fondait un collège pour toute la ville ; une première tentative infructueuse en 1534 fut reprise en 1564 avec plus de succès et devint définitive en 1572, quand Jean Pocquetet Michelle HaligTe offrirent le Tripot de Chinche pour cet établissement. D'autre part, le Chapitre peu soucieux de voir les enfants de la ville près de ses enfants de chœur * donna l'ordre à deux reprises de les renvoyer, en 1584 et en 1645. C'en fut fait alors de cette école annexée à la Maîtrise.
Quant aux enfants de chœur proprement dits, ils restèrent encore, pendant tout le XVIe siècle, en mesure de faire de grands progTès dans les lettres. Le Chapitre conçut même un instant, en 1531, le projet de les instruire si bien qu'il serait inutile de les envoyer aux Universités ; mais il renonça immédiatement à cette chimère et se contenta de les rendre capables, par de bonnes études élémentaires, d'aborder les degrés supérieurs. En 1532, 1536, 1537, 1538, il en envoya plusieurs à Paris2. Le 18 mars 1579, il sollicita même de Henri III, par l'intermédiaire de la Reine, deux bourses au collègue de Navarre, pour les deux plus grands enfants de chœur à la fin de leur service, et il les obtint :\ Pendant la première moitié du xvne siècle, il sou-
1 En 1518 et 1531 il avait défendu de les recevoir jusqu'à nouvel ordre de peur qu'ils ne communiquassent la peste alors régnante.
2 BibL mun., 101G, Br., 0. p. 79.
tint ce beau mouvement d'études et envoya plus de quinze enfants de chœur aux Universités pour y achever leurs classes, en leur assurant une pension suffisante : mais ensuite ce fut fini.
Mgr de Neufville, en 1663, en réunissant au collège le prieuré de Saint Michel, réserva une bourse pour le plus grand enfant de chœur, qui, après son service en la Cathédrale , voudrait faire sa philosophie ; et pendant quelque temps on se contenta de préparer les Maîtrisiens à entrer au collège, en leur enseignant toutes les humanités jusqu'à la rhétorique inclusivement.
Mais on ne put continuer cet effort, et dès le commencement du xvme siècle, les maîtres de grammaire ne conduisirent leurs élèves que jusqu'à la troisième et même à la quatrième. Il fallut que, pour leur donner le loisir d'aller jusqu'à la philosophie et de profiter de la bourse, on leur attribuât de différentes manières des ressources pour les classes intermédiaires.
Parallèlement, la situation des maîtres de grammaire, peu à peu dépouillés de leurs élèves payants, s'amoindrit : ils cessèrent d'être les chefs de la Maîtrise , qui fut remise aux mains des maîtres de musique, et, restreints aux enfants de chœur, ils finirent par ne plus être que des professeurs du dedans, des auxiliaires. La transition commença sous Gilles Mureau, successeur de Coignet. Que se passa-t-il alors dans l'intérieur de la maison ? c'est un écheveau difficile à débrouiller. En 1483 Mureau démissionne, rend ses livres à J. Gaboys, clerc de l'œuvre, annonce son départ pour Rome et Jérusalem, et se substitue avec l'agrément du Chapitre l'heurier matinier, Pierre Ménard. Mais
voilà que tout à coup, le 16 juin 1483, sous le coup sans doute d'une accusation, on l'expulse avec la servante des enfants, on l'emprisonne à Loens, et l'on nomme à sa place Jean ïaunier, maître de grammaire et organiste, tandis que Pierre Ménard supplée provisoirement le nouveau maître de musique, Richard Berthelot. Mais une querelle éclate entre eux. Ménard injurie son collègue et se fait emprisonner. Berthelot, qui arrive enfin, se dispute aussi avec Guillaume Mallet, successeur de Taunier, et se fait révoquer pour sa conduite. Enfin, l'on traite en 1484 avec un certain Etienne, chantre et musicien, lequel s'entend avec Gilles Mureau, revenu en grâce, et inaugure une ère nouvelle. Toute cette crise violente avait eu pour cause, semble-t-il, la rivalité entre les deux maîtres. Celui de musique supportait impatiemment le joug" : la crise se dénoua en sa faveur, et à partir du XVIe siècle il fut le chef principal.
En effet, les maîtres de grammaire qui suivent n'ont plus la même importance; on ne les connaît pas tous, et ils sont simplement choisis parmi les heuriers matiniers. De 1501 à 1536, on signale Jacques et Pierre Poulard • : c'est à ce dernier qu'en 1531 on défend de prendre les enfants de la ville à cause de la peste. Après lui, se trouve une lacune de près de soixante ans. Il faut descendre jusqu'en 1585 et 1598 pour rencontrer Jehan Goussu, 2 chanoine de Saint Piat, qui reçut une indemnité et une gratification, pour avoir g*ardé les enfants en l'absence du maître. Viennent après
' Bibl. mun„ 1016, Br., 0. f. 77.
Adrien Peigné, heurier matinier, nommé en 1598 et 16001, François Piel, cité en 1627 et en 1635 2.
Simon Germont, qui exerça de 1647 à 1670, aurait eu le temps de faire quelque chose, mais il n'était pas sérieux 3. Trois semaines après avoir donné sa démission, il se fît condamner à trois mois de séminaire, parce qu'il passait la nuit aux jeux publics, ne disait son bréviaire et n'entendait pas la messe le dimanche. Gomme il n'obéissait point, on le menaça de l'enfermer à Pain Chaud, au besoin par la force armée : il eut beau en appeler comme d'abus ; il dut subir provisoirement sa peine.
Charles le Viseur fut nommé à sa place, le 6 octobre 1670, et prié de demeurer à la Maîtrise 4. Vinrent ensuite M. Rousset, signalé le 22 décembre 1681 5, Léonard Leféron, et enfin Claude Massot 6, prêtre de Chartres, nommé le 16 mai 1695. Ce dernier était infirme et ne put être pour ce motif sacristain de Sous-Terre, bien qu'on l'eût élu à ce poste en 1699. 11 dut se retirer en 1707 et fut remplacé par Germain Laisné, vicaire de Saint-Aignan, qui s'en alla le 4 mai 1713, pour desservir la cure d'Illiers. Jean Jumentier, qui vint ensuite de 1713 à 1741, apporta plus de zèle à ses fonctions de maître de grammaire, et fut dignement continué par Michel Milcent, vicaire deVert-en- Drouais, qui, de 1741 à 1775, tint la Maîtrise avec une grande
3 G. 257, f. 430 v. — G. 388. — G. 340. Bi\, H. p. 28.
4 G. 340, Br., H. p. 28.
sévérité. Baptisé le 22 décembre 1709, enfant de chœur le 1er avril 1719, à 10 ans, tonsuré le 21 septembre 1726, il aima cette maison. Lorsque la maladie l'obligea de se retirer, il entra au Chapitre, et, dit le secrétaire, « il a remercié la Compagnie des bontés qu'elle a eues pour lui pendant les 10 années qu'il a servi l'église en qualité d'enfant de chœur, commencées le 1er avril 1719, et pendant 35 autres années qu'il a été maître de grammaire, dans l'espace desquelles il a fait les fonctions d'épistolier pendant 18 ans. Agé de près de 67 ans, il prie la Compagnie de lui procurer du repos, en lui donnant un successeur dans la dite qualité de maître de grammaire, dont il prie la Compagnie d'accepter la démission, et dont il remplira les fonctions pendant la vacance de la place ; ajoute que, vu les charges du maître de Psallette, il s'oblige aux messes De Beata qui se disent au chœur autant que ses forces lui permettront. »
« Le Chapitre, ajoute le secrétaire, vu les longs et louables services du dit maître Milcent, lui a, d'une voix unanime, accordé 300 livres de pension pour chacun an payables par M. l'Officier, et en outre jouira du canonicat de Saint-Piat dont il est pourvu, et assistera aux messes De Beata tant que ses forces le permettront, et ce pour soulager le maître de Psallette. » Là ne se borna pas la générosité du Chapitre ; quand Milcent * fut malade en 1786, il lui accorda 48 livres de subvention, et lorsqu'il mourut il fît les frais de ses obsèques.
Son successeur, François Courtois, diacre du diocèse de Chartres, fut nommé le 2 janvier 1777, mais devint clerc
de l'Œuvre le 2 mars 1780, et mourut le 15 janvier 1789 à 47 ans.
Mathurin-Pierre Le Page1, prêtre de l' Hôtel-Dieu, le remplaça comme maître jusqu'en 1789, et ensuite comme clerc de l'Œuvre; il fut remplacé lui-même, le 27 juin de cette année, par Louis-Léonard Moriette, prêtre , qui fut élu à la pluralité des voix contre Guillard, sous-diacre de la ville. Moriette fut le dernier maître de grammaire. Le 6 juillet 1791, il écrivit avec Desvig*nes à l'administration révolutionnaire pour solliciter un logement. Elle lui fit répondre aussitôt qu'un maître de latin était inutile. Par lui finit la longue dynastie de ces humbles directeurs de la vieille Maîtrise 2.
Si ces maîtres n'avaient pas réussi à maintenir les études au même niveau qu'autrefois, c'est que la musique et les offices leur enlevaient tout le temps nécessaire. Ils s'en plaignirent plusieurs fois3 ; les Commis à l'Œuvre s'associèrentàleurs doléances. Onréglaqu'en principe on consacrerait à la grammaire l'intervalle qui demeurait libre entre la messe de Saint Piat, chantée de suite après Laudes, et la messe De Beata, et que le maître serait exempté, pour faire sa leçon, de l'obit du matin. Mais cet intervalle réservé fut
1 Le Page fut incarcéré en 1793, exerça le ministère à Chartres et aux environs en 1794, fut curé du Gué-de-Longroi , en 1803, de Champseru, de Coltainville en 1806, puis chapelain des Aveugles, à Chartres, en 1826, et mourut en 1836, à 91 ans {Chronologie, Beauhaire).
2 Moriette fut ensuite desservant de Fruncé, puis en 1795 de Saint-Mauricede-Galoup, près Courville; il devint en 1803 chapelain du château de Spoir, brigua la cure de Mignières, et finit par être curé de Vert-en-Drouais, en 1817; il démissionna en 1830, se retira à Dreux, et y mourut en 1837, à 77 ans {Chronologie).
bientôt attaqué lui-même par le chanoine Robert qui fonda dans l'église de Sous-Terre une messe à chanter par les enfants après Matines (1656). De là, nouvelles plaintes, entre autres en 1662, qui aboutirent non point à la restitution du temps perdu, mais à la fondation par ce chanoine d'une rente de 50 livres pour le traitement d'un maître d'écriture.
De plus, certains maîtres découragés ou jaloux furent inexacts. Massot, en 1702, prenait des congés à toutes les fêtes remises, sous prétexte que le maître de musique accaparait les enfants, et il ne leur montrait pas le latin. Mais on lui lut le Règlement de 1699, portant que tous les jours entre la messe de Saint Piat et de la Sainte Vierge, il devait apprendre aux enfants le Martyrologe et la grammaire. Heureusement une autre mesure, qui devint bientôt une règle, rendit aux maîtres leur fonction plus facile. Pendant presque tout le xvme siècle, afin d'empêcher que les enfants fussent seuls, le Chapitre et les maîtres de musique obtinrent qu'ils prirent leur logement à la Maîtrise ; mais la Révolution sonna au moment où ils auraient fait profiter leurs élèves de cette présence continue.
Une autre raison explique la chute des études latines à la Maîtrise. C'est que, pour avoir des voix plus fraîches et plus maniables, le maître de musique choisissait les enfants très jeunes. En entrant, beaucoup ne savaient ni lire ni écrire; en 1612, les Commis à l'Œuvre chargèrent un certain Maillet de leur donner deux heures de leçon d'écriture par jour. On renouvela la même constatation en 1663, et c'est alors qu'on accepta la fondation du chanoine
Robert, qui, pour faire admettre la messe qu'il instituait à la Crypte pendant le temps réservé à la grammaire, établit une rente annuelle de 50 livres pour un maître d'écriture et de lecture. Dès lors il y en eut toujours un à la Maîtrise1.
On le choisissait parmi les laïques qui professaient le métier d'écrivain, comme on disait alors, après un examen de leurs divers spécimens d'écriture. La Ronce, qui fut le premier titulaire de cette charge, de 1663 à 1680, achetait tous les ans 30 mains de papier environ, et recevait tous les deux mois pour cet objet 75 sols 6 deniers. Après lui ce fut David, puis de 1729 à 1743, Robert. Celui-ci était en même temps maître de violon , et pendant 1 4 ans joua de cet instrument et de la basse de violon, au chœur; ce qui lui valut à son départ une gratification de 20 livres. Ménager demeura de 1743 à 1746, Rouillier ne fit que passer, ainsi que Franchette en 1752. Douglas se fit tristement renvoyer en 1767, pour avoir excité son fils à la révolte contre le maître de musique. Après lui, Franchette revint quelque temps, mais pour céder bientôt la place à Huchet, qui l'occupa pendant près de 38 ans, jusqu'au milieu de la Révolution 2.
2 G. 422, 423, 424, etc.