‹ L'ancienne maîtrise de Notre-Dame de Chartres de V e siècle à la RévolutionChapitre 28 sur 101 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'histoire des maîtres de musique, parallèle à celle des maîtres de grammaire, se divise en deux périodes : la première, du xive au xvie siècle, où ils ne furent que les auxiliaires ou les seconds de ceux-ci ; la deuxième, du xvie au xviiic siècle, où ils furent à leur tour les vrais chefs de la Maîtrise.

Nous ne reviendrons pas sur les premiers maîtres du xive siècle, Rohert d'Etampes, Thjbault, curé d'Ymeray, Robert Lescot, Robert de Mantes, ni sur leurs aides. Nous l'avons dit, ils portaient indistinctement le fardeau du double enseignement. Ne lisons-nous pas que les heuriers, c'est-à-dire les chantres, devaient réciter leurs psaumes par cœur, tous à la fois, à Robert d'Etampes et à son auxiliaire, Simon, et que Jacques de Grandreville, adjoint à Thibault après Encelot et Auxelle, fut nommé pour le servir, in arte cantandi et legendi, comme eux? Certains indices cependant permettraient de supposer que plusieurs maîtres, tels que Thibault, qui avait été recteur des grandes écoles, ou Robert Lescot, qui reçut plusieurs écolages, se réservaient de préférence la grammaire, et cédaient assez volontiers la musique, comme une science

secondaire, à leurs compagnons. Cette division, qui existait de fait quoique non de droit, prépara sans doute la distinction officielle entre les deux enseignements.

Nous avons vu que celle-ci fut définitivement établie avec Jean de Santander, lequel fut le premier maître de musique nommé comme tel en 1378, et il semble qu'à partir de cet artiste, pendant tout le xve siècle, le Chapitre préoccupé déjà d'avoir une bonne musique, eut à cœur de chercher au loin les meilleurs musiciens. Il leur écrivait, les faisait venir et leur payait leur voyage, puis il les examinait, s'informait de leur science et leur faisait prêter serment.

« Que Jean de Santander, disait-il dans une ordonnance à son sujet, soit maître des enfants d'aube dans l'art du chant, s'il en est trouvé capable; c'est pourquoi qu'on lui écrive de venir à Chartres et qu'on l'indemnise de ses frais de route, et s'il ne reste pas, de ses frais de retour l. »

Deux de ses successeurs paraissent être aussi venus du dehors. Si l'on en juge par son nom2, Jacques de Vuisques ou de Morino, dont nous avons encore deux marchés au sujet d'un livre de miniatures et d'un Missel (1401 et 1404), était un étranger. Tel était certainement Guillaume le Bourgoyn 3, en 1404. Il provenait de Faremoutiers, et comme Jean de Santander, il fut défrayé de son voyage moyennant 20 livres par le Chapitre. D'où étaient, Et. le

Métayer \ collaborateur en 1412 de Nicolas Loiseleur 2, et P. Moyer 3 qui, en 1420, le second après Jean de Santander, fut nommé expressément instrucior puerorumin musica? Nous ne le savons. Nous ignorons aussi ce qu'ils firent, sauf que celui qui était maître en 1415 « reçut 35 livres pour avoir écrit et noté par quatre fois un répons4, lequel on chante chacun jour en faisant la procession par l'église. » Notre ignorance est plus grande encore, elle est complète, au sujet des maîtres suivants jusqu'à Jehan le Buègue en 1476 5. Quant à celui-ci, un traité conclu avec Guillaume Gohier, tonnelier, nous apprend qu'il était artiste réputé. Cet homme lui confia son fils « pour le servir bien et honnestement en toutes choses licites et permises, pour ainsi que le dit maître Jehan sera tenu lui montrer de la musique pendant le dit temps. Et par ce dit moyen le dit Gohier sera tenu paier au dit maître Jehan pour l'introducion de son fils, 100 sols à la Purification... » Mais on ne nous dit pas quel était son pays.

Son successeur, Richard Berthelot6, était certainement un étranger comme Jean de Santander, Jacques de Vuisques et Guillaume le Bourgoyn ; comme eux il avait été examiné : on avait de même pris des renseignements sur sa science, sa probité, sa capacité, et après cela on l'avait accepté aux gages accoutumés, en lui accordant les

4 Compte* de l'Œuvre, de 1414-1415, p. 21, 25 août.

draps de l'église et une stalle. On l'avait accepté, disonsnous, parce que, trait à noter, il avait demandé lui-même à venir, comme si dès lors la Maîtrise se donnait au concours. Il semblait d'abord avoir un bel avenir. Au moment où il était appelé, les affaires du maître de grammaire étaient en baisse. Gilles Mureau venait d'être chassé à cause de sa servante et le Chapitre se proposait de donner au nouveau venu la direction de la Maîtrise. Malheureusement, il retarda son arrivée et on dut le remplacer provisoirement par un heurier matinier, nommé Pierre Ménard. Celui-ci ayant fait du scandale à l'église, on pria Richard de se hâter. Il était là en 1484, mais il ne réussit pas dans son gouvernement. A peine arrivé, il demanda huit jours de congé pour aller visiter sa cure; il passa pour être incapable de tenir ses enfants; il ne sut garder la paix avec ses voisins. Nous avons déjà vu qu'il fut injurié par Guillaume Mallet, maître de gTammaire. Celui-ci était poussé sans doute par la jalousie. Néanmoins, après cet esclandre, le Chapitre ordonna une enquête sur la gestion de Berthelot : super administratione, regimine, doetrina et correctione puerorum ; et cette enquête aboutit à une ordonnance sévère de renvoi, le 16 février 1485.

Après cette crise, le Chapitre, soutenu sans doute par la vogue universelle dont jouissait alors la musique, maintint la direction de la Maîtrise aux mains du maître de chant. En 1498, elle appartenait à maître Jehan de Laon, prêtre heurier matinier, « maistre des enffans

d'aube * » qui se choisit, le 21 juin, des procureurs pour recevoir tout ce qui pouvait lui être dû en la ville et diocèse de Chartres, tant à cause de l'administration des enfants qu'autrement. L'un de ses procureurs était peutêtre Hierosme de Glibano, qui se voit comme maître la même année. Leur successeur, Jean de Montillet2, tomba en démence et pendant quelque temps il fallut le remplacer par un musicien sage et prudent; son père, sa mère et ses sœurs s'étaient installés auprès de lui pendant sa maladie. Quand il fut guéri, on dut les expulser, et on ne lui permit que d'avoir une femme honnête pour servante. Peut-être lui laissa-t-on aussi son frère P. Montillet, à titre d'auxiliaire ? Les suivants passèrent vite ou subirent des contretemps. Jean Sohot 3 prêta serment ad caput B. Annae, le 24 mai 1512, et fut installé a parte decani, le 19 juin. Mais sa place était déjà vacante le 27 juin 1513, et il n'était remplacé que le 3 octobre par Maurice Auberge 4. Celui-ci fut emporté par la peste, croit-on, avec son notateur, dès le 24 mars 1515. Comme le fléau sévissait toujours, on lui donna pour continuateur un homme important, Michel Bart 5, qui était chanoine depuis 1511 et fut aussi curé de Bailleau-sous-Gallardon et administrateur de l'Hôtel-Dieu de Pontgouin. Sur l'ordre du Chapitre en 1516, Bart renvoya les enfants de la ville, emmena les enfants d'aube dans la maison de

:i Bibl. mun., 1016, Br., 0. p. 78.

4 Bibl. mun., 1016, Br., O. p. 79. — G. 183, f. 276.

5 Bibl. mun., 1016, Br., 0. p. 79.

campagne de Vauxjoly pendant plusieurs mois, et fit désinfecter leur maison.

De ses successeurs, Jacques de la Genserie *, mentionné le 11 janvier 1533 et remplacé dès le 14 août 1534 par Jean le Bouteiller 2, signalé en 1536, de Jean Guyon, maître vers 1541, de Guillaume Galles3, indiqué vers 1555, de Nicole Grousil, qui paraît vers 1566 et meurt le 8 juin 1568, de Catherin Angenard, de 1566 à 1597, de Maury Bocheron, de 1597 à 1608, de Gilles Gontet, de 1608 à 1611, nous ne savons presque rien. Jean Guyon était cependant un ancien élève de la Maîtrise, il devint chanoine et puis Commis à l'Œuvre ; il dut travailler à sa prospérité. Nicole Grousil 4 était assez riche, si l'on en juge par la vente de sa maison du Saumon et son testament 5. Angenard ,5, instructor puerorum chori in musica, avait du goût pour la musique, et il obtint l'envoi de son neveu Catherin Fizelier aux écoles d'orgue de Paris. Bocheron 7 n'eut pas l'heur de plaire à tout le monde et en 1603, ayant entendu dire qu'on voulait le destituer, il offrit sa démission.

Mais les siècles d'or de la musique à Chartres furent les xvne et xvme siècles. Alorson remit, comme au xve siècle, la Maîtrise au concours, et l'on y appela de nouveau les

1 Bibl. mun., 1016, Br., 0. f. 79.

2 Bibl. mun., 1016, Br., O. p. 80.

4 Bibl. mun., 1016, O. p. 80.

étrangers. Ces concours se passèrent généralement ainsi jusqu'à la Révolution. Après avoir déclaré la Maîtrise vacante, le Chapitre écrivait aux principaux maîtres de musique des grandes Cathédrales, spécialement à ceux qu'il convoitait. Ceux-ci d'ailleurs, toujours désireux de changements, soit parce qu'ils avaient maille à partir avec leurs chanoines, soit dans l'espérance de gagner davantage, se tenaient au courant de toutes les mutations. Ils arrivaient les uns après les autres, d'autant plus que leurs voyages, aller et retour, leur étaient payés ; défrayés à la Maîtrise, ils faisaient chanter au chœur, le dimanche surtout, une messe ou des motets de leur façon; dans la semaine, ils mettaient en musique des paroles qui leur étaient fournies ordinairement par le sous-chantre. S'ils ne pouvaient venir, ils offraient leurs services par lettres, et envoyaient les meilleures de leurs œuvres musicales. Les chanoines nommaient une commission pour examiner leurs compositions, puis, réunis en Chapitre, ils élisaient à la pluralité des voix celui qui leur convenait. Gela fait, on le prévenait, on l'indemnisait de ses frais de déménagement, on l'installait, et de suite on le nommait chanoine de Saint Piat, en lui faisant prêter serment ad raput B. Annae. Ce système de recrutement donna de bons résultats au xvnc siècle.

Viobalin, maître en 1612, était du dehors ; car on lui accorda, l'année d'après, un congé de huit jours pour régler ses affaires à la campagne, et un démissoire pour se faire ordonner diacre. Sur Thomas Bernier1, signalé de

1 G. 548, 6 déc. — G. 252. — G. 387.

1622 à 1626, nous ne sommes pas renseignés: mais Vincent Jolliet *, son successeur, qui tint la Maîtrise pendant 24 ans, de 1626 à 1650, et fut l'un des plus grands maîtres chartrains, conquit sa charge par son savoir et ses examens. Enfant de chœur dès 1618 et chanoine de Saint Nicolas, il prit en 1622 un long* cong*é, pour étudier aux écoles ou peut-être même dans les Cathédrales voisines. Reçu maître à son retour, il continua de travailler la musique. 11 gagna au Puy de Saint-Julien du Mans, pour l'une de ses compositions, une croix plate d'or émaillé qu'il offrit à la Sainte Châsse en 1634. Amateur de l'orgue, il prit en pension l'organiste François Thibault, dès 1633 2, et intervint au nom du Chapitre dans le marché fait pour la réparation des grandes orgues en 1635 3. Il fut envoyé vers le même temps à Rouen ou à Paris, sans doute pour des questions de musique4. Il fonda la messe de Saint Vincent, son patron, en 1645, à condition qu'elle serait chantée par les enfants de chœur. Puis il mourut à la Maîtrisele, 11 août 1650 5, et fut inhumé le lendemain aux Jacobins. Nous avons encore l'inventaire fait après son décès G.

Après lui, on élut Pierre Robert, clerc de Paris, et ancien Spé, ou grand enfant de chœur de la Maîtrise de Notre-Dame, qui fut reçu chanoine de Saint-Piat, le 15 septembre 16507.

2 G. 255, 9 août.

3 G. 256, 4 mai.

5 G. 340. Br., H. p. 29.

Son passag-e fut de courte durée, puisqu'il remit l'inventaire de la Maîtrise le 29 mars 1652 ' ; de Chartres il se rendit à Senlis. Pendant son séjour à Chartres, il avait invité, le 20 septembre 1651, Bournonville 2, maître de chapelle de Notre-Dame de Paris, à venir chantera la Cathédrale. Il lui succéda, le 28 avril 16533, et y resta neuf ans, jusqu'en 1662, où il prit la direction de la musique du Roi, qu'il garda jusqu'en 1684. Fétis rapporte qu'il refusa à Louis XIV de rajeunir ses motets dans le style de Lulli; il dit aussi que Robert obtint au concours la Maîtrise de Saint Germain-l'Auxerrois, mais cela paraît peu probable. Il a publié de nombreuses compositions dont une partie importante est aujourd'hui conservée à la Bibliothèque nationale et au Conservatoire 4.

L'intérim fut rempli à Chartres par un chanoine musicien, nommé Pierre Laurent 5. Celui-ci composa de la musique pour Pâques et le clerc de l'œuvre lui acheta du papier réglé pour l'écrire. Fétis signale de lui une messe à quatre voix, ad imitutionem moduli: Regina cœli, messe publiée par Ballard, en 1659.

« G. 340, Br., H. p. 29.

* G. 340, Br., H. p. 29.

3 M. Chartier (p. 109) dit que Valentin de Bournonville, maître de musique à Amiens, vint à Paris le 27 août 1646. Sa famille s'était distinguée dans le chef-lieu de la Picardie en formant de nombreux élèves. Louis XIII avait appelé son père à Paris, et Gantez rapporte qu'il mourut maître de musique à la Sainte-Chapelle. On a de lui plusieurs messes éditées chez Ballard, avec de vieux titres français. Son fils lit beaucoup de musique dans les offices, et le Chapitre dut lui rappeler, dans sa séance du 14 avril 1651, que les jours de grande fête un seul psaume et le Magnificat pouvaient être chantés en musique, le reste devant rester en plain-chant. Bournonville se retira en 1653 et reçut un bénéfice de Saint Jean le Bond.

* Chartier, op. cit. p. 111.

K G. 340, Br., H. p. 29.

Le 29 avril 1652 !, Jean Jouet fut nommé maître de musique. Né en 1629, puis enfant de chœur, il s'étail rendu si habile qu'il fut reçu sans composer, malgré l'opposition de plusieurs qui voulaient l'observation des règles, et malgré son jeune âge. Il n'avait que 23 ans. On exigea qu'il prit un valet au lieu d'une servante, et l'on obligea les parents à blanchir les chemises des enfants. Jouet fut un grand musicien comme Jolliet. En 1658, il obtint une plume d'argent au concours de la chanson à Rouen : en 1659 il gagna, au Puy de Sainte Cécile 2 d'Evreux, une médaille aussi d'argent3; il offrit ces deux objets en 1659 au Chapitre qui les agréa et fît déposer la médaille au Trésor. Cependant plusieurs chanoines, sans doute à cause de sa nomination extra-régulière, lui restaient opposés. En 1655, il fut remplacé momentanément par Jehan de Brie 4; en 1662 il fut sur le point d'accepter la Maîtrise de Notre-Dame de Paris 5. Le Chapitre, prévenu de son dessein, le retint en lui donnant un acte, par lequel, en vue de ses services passés et futurs, il lui promettait, en cas de maladie, les draps de l'église, un canonicat de Saint-Piat, 100 livres sur l'office , des distributions comme les autres, et la direction de la Psallette tant qu'il serait en santé. En 1664 (12 déc), il fut encore si chagriné par les insultes de certains heuriers matiniers, soudoyés par quelques chanoines, qu'il remit sa charge et l'acte du 5 juin 1662. Cette fois encore on put le retenir ;

1 G. 340, id.

2 Chartier fait un petit historique des Puys d'Evreux, op. cit. p 196 et 197.

3 G. 340, Br., H. p. 29.

4 R. C, 16 avril.

5 G. 340, Br., H. p. 29.

on le retint de nouveau en 1685; mais, le 10 septembre 1687, il donna définitivement sa 'démission, après 37 ans de service. Il vécut encore à la Cathédrale, aidant son successeur, et demeura chanoine de Saint-Piat avec 100 sols par semaine. Il mourut, le 20 novembre 1702, et son corps fut inhumé à Saint-André1.

Nous avons encore son inventaire 2. Sa bibliothèque était celle d'un musicien et d'un érudit. On partagea les ouvrages de musique en deux lots. Les traités furent offerts au Chapitre; il devait s'y trouver une copie de la Théorie de la musique de Jean des Murs, copie très rare : Jouet l'avait jadis prêtée à dom Jumilhac, l'auteur de la Science et la Pratique du plain-chant (1673). Les morceaux furent offerts au maître de musique. On ne sait pourquoi ils furent refusés.

Parmi les mille autres ouvrages de sa bibliothèque, la plupart théologiques et historiques, il y en avait deux dont il était l'auteur. L'un, intitulé un Journal chartrain, subsiste encore aux Archives. L'autre était un appendice au Voyage .de Munster et d'Hollande, de Claude Joly, chantre de Paris (1672), et se composait de trois lettres, adressées à ce chanoine par Jouet, les 7, 27 et 28 février 1669, sur la fondation et les ex-votos de Philippe le Bel dans l'église de Chartres.

Après son départ, la Maîtrise3 fut mise au concours et elle échut à Pierre Bourcy, clerc du diocèse de Laon4,

1 G. 340, Br., H. p. 46. — G. 551.

;> (1. 340, Mr., M. p. 25.

qui prit possession de sa charge le 2 novembre 1687, à la procession de Sous-Terre, et s'installa chez lui, le 15 décembre, et à la Cathédrale, le 16. Ce maître ne le céda pas à Jouet et porta comme lui très haut la réputation musicale de Chartres. Il fut compositeur de musique sacrée et de musique profane. Entre autres morceaux, il fît cinq motets pour la Fête-Dieu des années 1689, 1690, 1691, 1692, 1693, deux pour le Roi (1691 et 1693), trois pour la fête de la Brèche, un pour l'entrée de l'évêque Godet des Marais. Après en avoir publié quelques-uns à part, il les réunit tous dans un petit volume qu'il dédia à Madame de Maintenon. « Ils sont tous tirés, lui disait-il, de l'Ecriture Sainte. Il n'y a de moi que les liaisons, l'arrangement et le dessein. » En face des textes latins, ainsi composés par Bourcy, se trouvaient des traductions en vers français, qui avaient pour auteurs Antoine Danchet, alors professeur de rhétorique et plus tard membre de l'Académie française, Louis Peu, docteur de Sorbonne et souschantre de Chartres, et Jean Lubriat, conseiller du roi au baillag*e de Chartres. Malheureusement la musique n'a pas été publiée avec le texte l,

Bourcy fît aussi la musique de plusieurs tragédies représentées au collège, telles que Ptolémée ou l'Usurpateur puni (12 août 1681), Judith (20 février 1691), Annibal (12 juillet 1696). Il composa aussi Y Idylle à la louange de Louis le Grand (16 avril 1693). Mais nous n'avons rien conservé de ces productions.

Ce maître mourut à la Maîtrise, entre le 13 avril et le

1 Bibl. de Chartres, 94/D. Recueil de Motets, Est. Massot, 1693, 88 p.

21 juin 1694. Il fut remplacé d'abord par Pierre Prévost, qui ne resta que trois mois, de juillet à septembre, puis par Nicolas Bernier. Celui-ci est encore un fameux maître de musique. Né à Mantes1 le 21 juin 1664, il avait concouru pour la Maîtrise de Rouen en 1693, et s'était rabattu sur celle de Chartres2, le 17 septembre 1694. Malheureusement, il ne la gouverna que trois ans. Parti sur sa demande, le 18 mars 1698 3, il devint maître de musique de Saint Germain-1'Auxerrois, puis de la Sainte Chapelle, et mourut le 5 septembre 1734. Fétis raconte à son sujet une singulière histoire. Etant allé dans sa jeunesse à Rome pour parfaire son éducation musicale, il voulait se lier avec le fameux Caldara, et ne trouva rien de mieux pour cela que d'entrer chez lui comme domestique. Un jour que ce maître était parti, laissant sur son bureau un morceau inachevé, Bernier ne craignit pas de le continuer jusqu'au bout. Surpris à son retour de trouver son œuvre finie, Caldara voulut savoir quel artiste y avait mis la dernière main, et l'on juge de sa stupéfaction quand il apprit que c'était son propre serviteur. A partir de ce moment, les deux musiciens devinrent grands amis. Et plus tard, Bernier, se souvenant de son séjour en Italie, disait aux jeunes compositeurs : « Allez en Italie, ce n'est que là que vous apprendrez votre métier. » D'ailleurs il était luimême très habile. Fétis énumère les morceaux dont

1 Fétis, Dictionnaire des Musiciens.

2 Maîtrise de Rouen. — Il y eut un Bernier (Pierre), à Saint-Quentin, en 1(587 et 1695, Maîtrise de Saint-Quentin, Gomard, p. 54.

3 G. 340, Br., K. p. 40.

il fut l'auteur, mais la plupart sont postérieurs à l'époque où il était à Chartres.

Huit jours après son départ (le 25 mars), la Maîtrise fut, selon l'habitude, mise au concours. Le 9 avril, on entendit Michel Quignon, clerc du diocèse d'Amiens. Celui-ci s'était déjà présenté pour Rouen, le 20 novembre 1693; il y avait eu pour concurrents Gervais, maître de musique de Sentis, Michel Hermier, maître de musique de Saint-Malo, Nicolas Bernier, nommé plus haut, Michel Lamy, et François Lallouette l. On en entendit plusieurs autres encore, qui donnèrent des messes ou des motets de leur composition. Et, le 3 mai, on convoqua un Chapitre général pour choisir entre ces divers candidats. Pendant cette longue vacance, Jouet avait bien voulu se charger de conduire les enfants. Enfin, le 24 mai, on vota et Quignon fut élu.

Il renouvela d'abord son personnel en juin et juillet : il renvoya les enfants sans voix et en choisit de nouveaux2. Il fit venir des musiciens aux grandes fêtes et le Chapitre l'indemnisa de ses frais. Désireux de se perfectionner, il demanda, en 1700, huit jours de congé pour aller entendre la musique à Saint-Germain-en-Laye ; il obtint même d'être dispensé pendant un an des offices de Saint-Piat. Mais, comme les autres, il convoitait une Maîtrise plus lucrative : celle d'Amiens, son pays natal, ayant vaqué, il l'obtint, et il partit après avoir demandé au Chapitre un certificat de bonne vie et mœurs.

1 Lallouette fut maître de chapelle de N.-D. de Paris le 17 novembre 1700; il avait concouru avec Gabassol. Voir sur lui Fétis et Chartier, l'un à son nom, l'autre, p. 113.

2 G. 340, Br., K. p. 49, an. 1698. — G. 551.

La Cathédrale perdait avec lui son dernier grand maître de musique. Pendant tout le xvne siècle elle avait été favorisée; Jolliet, Jouet, Bourcy, Bernier, Quignon, étaient tous des compositeurs fameux. Mais, au xvme siècle, le système de concours produisit de moins bons résultats. Il donnait trop à tous oes maîtres la fièvre du changement. Ceux-ci rêvaient toujours d'obtenir de meilleures Maîtrises que la leur. Celle de Chartres était cotée parmi les premières. Elle venait cependant après celles de Paris, de Rouen, d'Amiens. Aussi, pendant le xvme siècle, malgré de nombreux concours, elle put difficilement garder ses titulaires. A peine arrivés, ils partaient ailleurs; ils se retiraient même souvent avant que d'être installés. Et ce fut. pendant ce siècle une succession constante de musiciens, une suite presque continuelle d'examens et de vacances, dont les unes de plus d'un an furent très préjudiciables à la discipline. On essaya plus de trente maîtres ; sur dix-sept admis six ou sept démissionnèrent avant de venir, l'un d'eux resta deux ans, cinq autres trois ans : quatre gardèrent le bâton quatre, cinq, six et huit ans : Chenu le garda quinze ans et Delalande ving*t-quatre.

Donc, le 13 mai 1702, un concours fut ouvert pour remplacer Quignon. Beaucoup de musiciens se présentèrent pendant ce mois et les suivants, entre autres les maîtres de Saint-Germain-l'Auxerrois et des Saints-Innocents, à Paris, ceux des Cathédrales d'Evreux, de Reims, ceux de Mantes et de Saint Martin de Tours. Ils furent reçus, logés et nourris pendant leurs épreuves à la Maîtrise, et indemnisés de leurs frais de voyage. Presque chaque dimanche, ils firent exécuter des morceaux de leur répertoire.

Chenu fut entendu le 31 mai. On leur donna des paroles qu'ils durent mettre en contrepoint. Les 21 et 22 juillet furent consacrés à l'examen de leurs œuvres. Et, le 24 juillet, on procéda au scrutin1.

Sébastien Ennelin fut élu. Né en 1650 ou 1655, cet artiste avait été d'abord enfant de chœur à Saint-Quentin ;il s'était perfectionné à Noyon, en 1679, et s'était fait nommer maître de la chapelle de Saint-Louis après le décès d'Antoine Gras, le 3 juillet 1680. Il occupait encore ce poste en 1702, lors de son élection à la Maîtrise de Chartres. Mais l'évèque de Noyon, son évêque, lui refusa son exeat, et il ne put venir. Ce fut un malheur; il fut maître de musique de Saint- Quentin de 1713 à 1747, et composa trois gros recueils de messes conservés en cette ville et dont Fétis donne le résumé2.

Force fut aux chanoines de jeter leur choix sur un autre candidat : après deux scrutins les 21 et 26 août, ils nommèrent Jacques Cabassol, maître de musique des Saints-Innocents3, et, en guise de consolation, ils donnèrent aux autres concurrents évincés une gratification (16 sept.). Mais le nouvel élu ne g*arda pas longtemps son poste. Cabassol prit possession le 2 septembre et se retira 4 ans après, le 28 août 1706 4.

1 G, 340, Br., K, p. 50. Pour les maîtres du xvme siècle, nous avons omis les références aux Registres capitulaires. Avec les dates que nous avons presque toujours données, on retrouvera facilement, dans ces Registres, les passages qui concernent chacun d'eux.

2 Notes historiques sur la Maîtrise de Saint-Quentin, par Gomard, p. 55.

3 Ce Cabassol avait concouru les 5 et 10 novembre 1700 avec Lallouette pour la Maîtrise de N.-D. de Paris.

4 On le retrouve à Paris en 1733 où il ne reste que quelques mois; il avait été préféré dans un concours à Rlanchard, compositeur distingué, qui devait, en 1737, obtenir une des quatre charges de la chapelle du Roi (Ghartier op. cit. p. 118).

Nouvelle vacance, nouveau concours. Provisoirement, M. Nau fut chargé, le 26 août, de la musique; mais le grand enfant de chœur, Margat, s'en occupa plus que lui. Ce fut Marg-at qui, le o octobre, fît le motet pour la procession solennelle de la Sainte Châsse à Saint-André.

Deux candidats seulement, Pierre Chenu, du diocèse de Senlis, et Fauche, maître de Clermont, se présentèrent, l'un le 16 octobre, l'autre le 20. Chenu, que l'on connaissait déjà, fut choisi d'abord le 11 décembre, mais, le 18, il écrivit qu'il ne pouvait pas encore venir. Alors on retomba sur Fauche, qui fut nommé le 26 décembre, mais lui aussi se déroba. On fut donc oblig*é d'en revenir à Pierre Chenu, et de l'attendre. Après avoir envoyé plusieurs lettres dilatoires, les 30 janvier et 17 février 1707, il finit par accepter, et fut définitivement installé le 18 mars comme chanoine de Saint-Piat. En 1718 et 1719, Chenu passa quelque temps à Beauvais pour y recevoir le diaconat et la prêtrise, puis il fixa son séjour à Chartres où il fut très considéré. Les marchands le prièrent de composer un Te Bêum qui fut chanté aux Cordeliers, le 16 août 1721, et il prêta son talent à plusieurs cérémonies. Il savait l'org-ue et il acheta le buffet de celui de Saint Piat. On le nomma chanoine de la Cathédrale en 1722. Il en profita pour se retirer de la Maîtrise, le 23 novembre de cette année-là. II mourut à Chartres, le 13 mars 1742, à l'âg'e de 66 ans.

Pour le nouveau concours qui fut ouvert, on écrivit aux maîtres de musique de Notre-Dame de Paris, de Saint- Paul, de la Sainte-Chapelle ; nous ne savons s'il se présenta beaucoup de candidats. Charles Leschenault, maître de

musique des Saints-Innocents, et acolythe du diocèse d'Autun, fut élu le 14 décembre 1722. On lui fît beaucoup d'avances; il fut installé chanoine de Saint Piat dès son arrivée ; le 11 mars 1723, on lui accorda 20 sols d'augmentation par semaine, et 200 livres pour frais de déménagement. Néanmoins il se retira le 29 avril 1724, au bout de deux ans, et de nouveau le Chapitre dut faire appel aux musiciens, tandis qu'il chargeait M. Grespy, l'un des heuriers matiniers, de montrer le chant aux enfants. Cette fois les concurrents furent plus nombreux que jamais. Le 7 mai 1724, Louis Legras, maître de musique d'Evreux, fut autorisé à faire chanter une messe de sa composition, et le sous-chantre lui donna des paroles pour un motet qui serait exécuté le dimanche suivant après Complies, et dont il devait laisser la partition. On permit aussi, le 7 août, à Godard, maître de musique au Mans, de faire entendre quelques morceaux, et on lui fournit de même un texte de motet. Il reçut de plus 60 livres pour son voyage. On vit encore Homet, maître de musique d'Orléans, le 10 septembre, celui de Vernon, le 18 du même mois, et celui de Mantes, le 5 octobre. Ceux de Cambray et Saint-Quentin s'offrirent par lettres à cette même date. Aubert, du diocèse de Chartres, chanta dans la Cathédrale, le 16 octobre, et composa un motet sur les paroles données par le sous-chantre. Le maître de Coutances s'annonça aussi le 28 octobre. Mais on en avait assez de ces musiciens, dont plusieurs accouraient parce que leur voyage était payé et n'avaient pas grand talent. On lui répondit ainsi qu'aux autres qu'il leur était permis de venir, mais qu'ils ne seraient pas indemnisés de leurs

frais de route. Et, chose curieuse, après avoir tant fait venir de maîtres, après en avoir tant examinés et tant payés, on finit par en accepter un qu'on n'avait jamais vu et qui s'était présenté le dernier. C'était François Pétoville, maître de musique de Langres ; il avait écrit, le 7 décembre, qu'il s'offrait de venir à Pâques, et demandait quelles étaient les charges de la Maîtrise. Même le 23 décembre il avait envové son certificat de bonne vie et mœurs. C'était donc une affaire réglée et c'eût été une bonne affaire, car ce fut un maître fameux. Mais nouveau contretemps; ce Pétoville, après s'être annoncé pour la Mi-Carême, puis pour la Pentecôte 1725, finit par envoyer sa démission. Il se rendit peut-être à Laon, puis deux ans après, le 12 mai 1727, il remplaça Lallouette à Notre- Dame de Paris, où il mourut au commencement de 17301. Il y avait un an que la Maîtrise était vacante et l'on n'était

pas plus avancé qu'au premier jour. On ne pouvait plus recommencer le concours, et on revint au maître qui s'était présenté le premier et qu'on avait dédaigné, à René Louis Legras, aeolythe du diocèse de Rouen, maître de musique d'Evreux. Arrivé sur la fin de mai 1725, Legras fit ses débuts à la Cathédrale le 24 juin. Il aurait fait un bon maître, mais l'ambition le poussait, et, le 15 mars 1728, il obtint la Maîtrise de Rouen. Les Rouennais l'avaient préféré à Antoine Fouet, maître de musique de la Cathédrale de Lisieux, qui se vantait de connaître plusieurs instruments, surtout la basse de viole, et de savoir dans une petite perfection, plain-chant, musique italienne et

1 Son aini Nicolas André édita ses œuvres et les offrit au Chapitre de Paris en 1739.

française, fleurty et composition. Cependant Legras, sans doute sur les instances du Chapitre, se désista de son droit sur Rouen et resta à Chartres ; mais ce fut pour y tomber malade le 25 juin 1729. Il y mourut le dernier jour de février 1731 et fut enterré le 2 mars au cimetière Saint-Jérôme.

Sans plus attendre, dès le 17 mars, le Chapitre appela Louis Homet. Né à Paris, Louis Homet était entré à la Maîtrise de Chartres en 1710 et y avait été tonsuré en 1714. Il avait été l'élève du célèbre Bernier : successivement chantre en l'église d'Amiens et maître de musique à Orléans, il avait déjà brigué la Maîtrise de Chartres en 1725. Quand il y revint, il n'était encore que sous-diacre, mais il prit le diaconat et la prêtrise à Paris en 1732 et 1733. Les chanoines firent beaucoup d'honneur à leur ancien enfant de chœur. Ils lui conférèrent le canonicat ordinaire de Saint-Piat (29 avril 1731); ils lui soldèrent tous ses frais de réception pour la musique du roi, lors des pèlerinages de la reine, en 1731 et 1732 ; ils lui octroyèrent sur sa demande, en 1733, 40 sols par semaine d'augmentation et 100 livres par an de gratification, « et ce pour l'estime que la Compagnie fait de ses talents pour l'instruction des enfants et le chant en musique, sans tirer à conséquence pour aucun autre. » Malgré tout, il brigua la Maîtrise de Paris en 1734, et l'obtint le 27 juin.

C'était un musicien estimé. M. Chartier dit qu'il rendit à cette Maîtrise un nouvel éclat, en reprenant les traditions anciennes et en les améliorant à l'aide de ses connaissances harmoniques. Il y resta jusqu'au mois d'avril 1749 et continua de composer jusqu'à sa mort en 1777. Fétis rap-

porte qu'à la Bibliothèque de Paris et à la Maîtrise on trouve encore plusieurs de ses morceaux. Ce biographe possédait lui-même la partition de sa messe: in anniversariis. Il était, dit-il, l'auteur de l'harmonisation à quatre voix du Dies irœ en plain-chant romain, que Ton chante à Paris et dont l'effet est fort beau. Peut-être composa-t-il plusieurs de ces œuvres à Chartres?

Jean-Baptiste Duluc, sous-diacre du diocèse de Bazas et maître de musique de la cathédrale de Tours, fut élu à sa place sur la fin de juillet 1734. Il avait déjà rempli cet office à Notre-Dame de Paris de 1730 à 1733, et était revenu à Tours. Il démissionna le 31 décembre 1737, et partit le 9 janvier pour sa chère Touraine, où le Chapitre le redemandait. Le Conservatoire a de lui plusieurs motets. Pendant la vacance, M. Robert fut chargé d'enseigner aux enfants la musique et le chant sur le livre.

D'ailleurs la Maîtrise, à cause de tous ses changements, devenait difficile à gouverner, et les maîtres qui suivirent eurent de grandes difficultés avec le Chapitre.

Le 18 mars, on choisit Antoine Goulet, sous-diacre du diocèse de Paris, maître de musique de Verdun. En 1739, on lui délivra un certificat de bonne vie et mœurs pour aller recevoir le diaconat à Paris ; on lui accorda même, à cette occasion, un mois de congé, pendant lequel M. Martin fut chargé de donner des leçons de musique à la Maîtrise. Mais, dès 1 740, il commença de déplaire. M. Le Roy se plaignit qu'il n'assistait point aux offices et n'y accompagnait point les enfants. On le fit comparaître : on lui reprocha que les enfants étaient dissipés, ignorants des cérémonies, et on l'invita à y prendre garde. Goulet le

promit : mais, dès la fin de 1740, de nouvelles plaintes s'élevèrent contre lui, parce que les enfants ne chantaient point aux versets de Tierce et de Complies, ni à l'antienne deNunc dimittis. Mandé de nouveau en plein Chapitre, Goulet reçut l'ordre de rester à la Maîtrise, de veiller sur la conduite des enfants, et de les instruire tant dans la religion que dans la musique et le chant sur le livre. L'infortuné fît encore les promesses qu'on voulut. Mais il essaya de se tirer d'affaire, et, le 13 janvier 1741, il se fîtrecevoir maître de musique à Meaux. Déjà l'on avait chargé le maître de grammaire de veiller à sa place sur les enfants, quand, nous ne savons pourquoi, il demanda et obtint de rester encore. Ce fut un malheur pour lui : car, le 3 mai 1741, il fut congédié définitivement. Il concourut pour la Maîtrise de Rouen et se fît appuyer par le maître de musique de Notre-Dame de Paris, mais il ne l'obtint pas. Il fut, par la suite, maître à Saint-Germain-lAuxerrois, puisa Notre-Dame de Paris, en 1748, à la place d'Homet; il y resta jusqu'en 1761 et y forma de bons élèves, entre autres Nicolas Homet *, neveu de son prédécesseur.

Gérard Michel Benoist, prêtre du diocèse d'Autun, maître de musique de Saint-Etienne de Dijon, nommé le 17 juin 1741, n'était pas sans talents, car il composa des motets pour la chapelle du Roi. Mais il ne fut pas plus goûté que son prédécesseur. En 1743, on rejeta l'une de ses demandes d'augmentation. Le 31 mars 1749, MM. les Commis à l'Œuvre rapportèrent « qu'ils avaient, conjointement avec M. le Doyen et le grand archidiacre, examiné la

' Sur Homet, v. Ghart. op. cit. p. 129.

manière dont M. Benoist, maître de psallette, s'était comporté dans le gouvernement de la Maîtrise depuis un temps assez considérable, — et, qu'examen fait avec toute l'exactitude possible, ils ont remarqué que ledit maître Benoist n'est point régulier dans ses fonctions, et enfreint les règlements qu'il doit observer religieusement: pourquoy ils ont estimé qu'il était à propos de le remercier et de déclarer la Maîtrise vacante. » Et sur ce, l'on décida que Benoist était congédié, que la Maîtrise était vacante, et l'on chargea le maître de gTammaire d'en prendre soin.

Benoist ne se laissa pas ainsi condamner 'sans se défendre. Il demanda du temps pour se justifier et même fît actionner un enfant de chœur. Mais il eut beau se cramponner à sa charge. Décidé d'en finir, le Chapitre obtint contre lui une lettre du petit cachet du Roi, qui le forçait de sortir de la ville et même du diocèse.

Chevallier, maître de musique à Beauvais, fut élu pour maître de psallette à sa place, le 27 octobre 1749 ; mais il écrivit, le 12 novembre, qu'il restait àBeauvais. Le Chapitre revint alors à Duluc, maître de chapelle de Tours, qui avait déjà dirigé la Maîtrise de 1734 à 1738. Il arriva le 21 janvier 1750 et trouva la Maîtrise fort agitée. On se plaignait des enfants, et, au mois d'octobre, il fut cité à comparaître devant les chanoines. « Etant entré, il dit que si les enfants n'étaient pas plus avancés dans la science de la musique et des cérémonies, ce n'était point sa faute, mais l'indocilité de plusieurs d'entre eux, entre autres de Toullon, qui détournait les autres; que cependant il avait reçu plusieurs avertissements de MM. les Commis, qu'il ne croyait pas mériter. » Le Chapitre lui donna satisfaction

en renvoyant Toullon, et lui accorda trois mois pour mieux régler et discipliner les enfants de chœur.

La situation devenait pénible à Duluc, et, dès qu'il le put, il s'en alla. Le 21 août 1753, il prévint les chanoines qu'il était reçu maître de musique de Rouen. Là, il fut plus heureux. Par considération particulière pour lui, le Chapitre lui manda qu'il contribuerait aux frais du transport de ses meubles (7 septembre 1753), et lui envoya, quelques jours après, un mandat de 48 livres. A son arrivée, on le nomma à une petite prébende de 15 livres, (octobre 1753.) Après avoir dirigé cette Maîtrise pendant plusieurs années avec succès, il y mourut le 25 octobre 1761.

On tâtonna encore pour lui trouver un successeur. On désigna d'abord Pierre Pelisson, prêtre du diocèse de Tours, qui avait été maître de musique à Rouen, du 30 septembre 1746 au 29 septembre 1750, puis à Glermont. Le 22 octobre, même avant son arrivée, on augmenta ses gages. Mais, par malheur, peut-être à cause des difficultés de la situation, il resta où il était. Quelques années plus tard, il eut voulu en sortir .car, en 1753, il concourut sans succès avec Duluc et Trabouillet pour la Maîtrise deRouen.

Déçu de ce côté, le Chapitre revint à Chevallier, qui, de la Cathédrale de Reauvais était passé à celle de Rlois. Appelé le 22 octobre, il répondit le 1er décembre qu'il ne viendrait pas.

Après cette seconde déception, les chanoines s'adressèrent à Henri Hardouin, maître de musique de Reims. Fétis raconte que ce musicien, né à Grandpré en 1714,

enfant de chœur dès l'âge de 10 ans à Reims, était allé au séminaire après ses humanités, s'y était fait ordonner prêtre, et était resté maître de musique dans sa Cathédrale, pendant 40 ans. Il fît plusieurs œuvres musicales. En 1759, il revit le plain-chant du diocèse. Il se peut qu'en 1753 il ait pensé quitter le Chapitre de Reims : car il sollicita de celui de Chartres un mois pour délibérer. Mais il se ravisa, et manda, le 20 décembre, qu'on n'eût pas à compter sur lui. Peut-être avait-il été instruit du sort de ses prédécesseurs ?

En prévision de cette réponse, le Chapitre, qui frappait à plusieurs portes à la fois, s'était déjà tourné vers Jean- Raptiste Claude Patte, prêtre du diocèse de Marseille, et maître de musique à Saint-Jean-en-Grève, de Paris, lll'avait entendu le 15 décembre et le nomma le 20. Rien que la Maîtrise eut été gouvernée pendant toute la vacance par Milcent, maître de grammaire, elle était aussi troublée que jamais. Patte se heurta aux mêmes difficultés que ses confrères. En 1755, on se plaignit encore que les enfants étaient inexacts, que, le jour de là Pentecôte, ils n'étaient pas arrivés à temps pour chanter les versets de None, que le maître battait la mesure de son stal, ce qui était contre l'usage. On remarqua plus tard qu'il était peu assidu à Matines. Patte, fatigué, se retira, au bout de trois ans, le 26 juin 1756.

Et la chasse aux maîtres de musique recommença. Le 28 juin, le Chefcier lut une lettre de Goulet, l'ancien maître de musique de Chartres, pour lors maître de musique à Notre-Dame de Paris , qui proposait, pour la succession de Patte, M. Demongeot, maître de musique à Saint-Gatien de

Tours. Le Ghefcier présenta aussi Godard, maître au Mans, Trabouillet, maître à Saint-Dié, de Lorraine. Tous les trois étaient d'anciens enfants de la Maîtrise, devenus maîtres à leur tour. Godard y était entré en 1730. Trabouillet, entré en 1731, et, depuis, maître de Saint-Dié, venait de briguer, sans succès d'ailleurs, la Maîtrise de Rouen contre Pelisson et Duluc. Demongeot leur fut préféré à tous deux. Originaire du diocèse de Dijon, il était venu à la Maîtrise en 1723, et en était sorti en 1734. Quand il revint à Chartres, il avait déjà composé des œuvres musicales. Le 28 novembre 1757, il entra au Chapitre et offrit aux chanoines un recueil de messes « comme un gage de sa reconnaissance de sa première éducation. » Les chanoines en acceptèrent la dédicace et prièrent MM. de l'Œuvre de chercher la gratification qu'il convenait d'accorder à l'auteur. Elle fut de 288 livres qu'on lui versa le 3 février. Sous sa direction et celle de Milcent, maître de grammaire, qu'il avait obtenu de prendre en pension, la Maîtrise prit une meilleure allure. Lorsqu'il rendit ses comptes, le 31 janvier 1761, on lui accorda 150 livres d'augmentation. Néanmoins, il donna sa démission le 6 juin ; mais c'était pour aller à Notre-Dame de Paris, où il fut installé, le 13 avril, à la place de Goulet. Le 15 avril, il eh avait prévenu officiellement le Chapitre et l'avait remercié de ses bontés. Il fut nommé, en 1771, vicaire de Saint-Aignan, et céda la place à Dugué,en 1780: il vivait encore à Paris en 1785.

Il fallut encore se mettre en quête de maîtres pendant que Milcent gardait les enfants. Pollio, maître de musique de la Sainte-Chapelle de Dijon, offrit ses services. Démon-

geot recommanda Bachelier, maître de musique à Angers. Rousseau , de la Cathédrale de Beauvais, Hérissé, de celle de Meaux, le maître de celle d'Evreux, se portèrent candidats par lettres. On aurait voulu Hérissé, diacre du diocèse d'Orléans; mais les chanoines de Meaux le retinrent1. Alors on invita Michel Delalande, né en 1745, clerc du diocèse d'Angers, maître de musique de Soissons. C'était un descendant du fameux maître de chapelle de Louis XIV. Enfin la Maîtrise posséda un maître qui demeura longtemps à sa tête. Appelé le 19 août 1761, Delalande ne se retira que le 25 juin 1785. Il n'eut, d'ailleurs, qu'un conflit avec les Commis à l'Œuvre; c'estlorsque, le 18 août 1764, il voulut lire aux chanoines un mémoire sans l'avoir d'abord fait approuver par eux. « Sur quoi M. Degach a observé, en présence dudit maître de psallette, qu'il aurait dû, au préalable, communiquer son mémoire à MM. de l'Œuvre, pour qu'il fût par eux approuvé et présenté ; et sur les plaintes faites par MM. de l'Œuvre contre ledit maître de psallette, de ce qu'il ne leur faisait aucune part des fautes commises dans ladite Maîtrise ny aucun cas de leur avis, ledit sieur Degach, ancien chanoine, a requis que le mémoire cy-dessus fût remis audit maître de psallette pour être par luy présenté à MM. les Commis à l'Œuvre, et qu'à la diligence des dits sieurs Commis, lecture fût faite des règlements audit maître de psallette, et singulièrement des articles de règlement concernant la police de la Maîtrise, avec injonction audit

1 Hérissé fut chanoine semi-prébendé d'Orléans en 1790, et chanoine honoraire après le Concordat. Voir Maîtrise d'Orléans, par M. l'abbé Pelletier, p. II.

maître, tant en leur nom qu'au nom de la Compagnie, de s'y conformer de point en point. »

Ce fut le seul nuage entre le Chapitre et Delalande. Douglas, qui se plaignit, le 11 juillet 1767, d'en avoir reçu de mauvais traitements, fut renvoyé avec son père, accusé de l'avoir excité. On lui accorda, le 9 janvier 1768, une augmentation de traitement. Il ne se retira que forcé par les infirmités. « Le 25 juin 1785, M. Delalande. maître de psallette, étant entré, a représenté à la Compagnie que, depuis plusieurs années, il est sujet à des étourdissements et faiblesses de nerfs considérables, incompatibles avec les obligations de maître de psallette qu'il remplit depuis près de 24 ans, a prié la Compagnie d'accepter sa démission, et l'a remerciée de toutes les bontés qu'elle a eues pour lui pendant ledit temps. » On le pria de rester à la Maîtrise jusqu'à l'arrivée de son successeur, ce qu'il accepta volontiers, et pour sa retraite, on lui conserva son canonicat de Saint-Piat, et on lui fît une rente de 9 livres par semaine. 11 garda toutes ces allocations jusqu'à la Révolution et celle-ci lui fit au début une pension équivalente K

Sitôt que son départ fut connu, le maître de musique des Saints Innocents, à Paris, présenta celui d'Evreux. On prit des informations sur ses talents. Elles durent être bonnes, car bien qu'on eût reçu, le 8 août, des lettres de différents maîtres de Cathédrale, on se décida dès le

1 II fut ensuite enfermé aux Carmélites le 4 septembre 1792, accusé d'avoir favorisé l'évasion de dix laboureurs et ouvriers vendéens, transféré à Rambouillet. On confisqua son mobilier, ses livres et cahiers de musique, dont la vente produisit 2.774 livres 5 sols.

13 août pour celui d'Evreux, Pierre-Louis- Augustin Desvignes, clerc tonsuré du diocèse de Dijon. Ce fut le dernier maître de musique avant la Révolution. Il paraît s'être acquitté dignement de sa charge. Plusieurs fois malade en 1786, 1788 et 1789, il fut suppléé par Delalande. Nous avons encore le montant de ses gages et les mémoires qu'il présenta pour les répétitions des musiciens. Peut-être suivit-il les idées modernes ? deux fois on dut lui interdire d'aller aux concerts qui se donnaient à l'Hôtelde-Ville. Il resta maître jusqu'en 1793. Nous verrons, dans un chapitre spécial, comment il fut traité par la Révolution.

Cette longue dynastie de maîtres est vraiment curieuse. Nous l'avons donnée tout entière parce qu'elle nous fait mieux comprendre la vie musicale d'alors ; elle est, de plus, fort complète. Et il serait à souhaiter qu'on la dressât de même pour toutes les Maîtrises de France. C'est ainsi seulement que l'on connaîtrait la véritable histoire de la musique dans notre pays pendant les derniers siècles.

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