‹ L'ancienne maîtrise de Notre-Dame de Chartres de V e siècle à la RévolutionChapitre 32 sur 101 · G. 340. Est. p · texte numérisé non relu

G. 340. Est. p

R. C, 3 avril.

leçons. En 1686 *, on refusa d'exempter même les enfants en bas-âge, et, en 1784, on ne les dispensa d'y assister aux semi-doubles que pour l'hiver. S'ils étaient malades, les chanoines de Thiersault étaient tenus de les remplacer. S'il faisait froid, comme en 1775, on requérait au moins ceux qui étaient nécessaires. Leur maître de musique les y amenait lui-même, et y restait avec eux, pour gagner son casuel d'abord, et surtout pour surveiller leurs leçons.

Au début, en 1297, ce soin incombait encore au recteur des grandes écoles, sous l'autorité du chancelier 2. Plus tard, en 1687, le pointeur eut aussi l'ordre de faire prévoir les leçons aux enfants 3. Les uns et les autres ne pouvaient s'absenter ou faire des fautes sans qu'aussitôt une plainte ne fut portée contre eux. Il n'est pas étonnant que cela leur soit arrivé quelquefois, surtout au xvme siècle. Il était pénible d'être si matinal ; tantôt, c'était le maître qui ne venait pas (1755, 1758); tantôt, c'était l'enfant qui s'était trompé de leçon (1724).

Les enfants n'eurent pas toujours le même rôle à y jouer. Le règlement de 1297, rappelé par une ordonnance de 1377 4, les chargeait seuls des deux premières leçons, des deux premiers versets et du Benedicamus Domino. Mais le Directoire, au xive siècle, ne leur assignait que la première leçon et le premier verset. On changea de même au xvne et au xvme siècle. En 1687, ils suivaient la tradition primitive, tandis qu'en 1784 5, on réduisait leur tâche à la

« G. 340. Br., M. p. 25., 5 fév.

2 Cart, N.-U., II, 233.

3 G. 340., Br., M. p. 7-, 1687, 27 juin.

5 B. G., 10 janvier.

première leçon seule ; c'était bien suffisant : d'autant plus qu'ils devaient, pendant le reste des Matines et des Laudes, chanter sur le livre, c'est-à-dire en faux-bourdon, avec lesheuriers matiniers (1738), toutes les fois qu'ils y étaient.

Ils chantaient, au début, ces leçons, entre les deux portes latérales du chœur, derrière l'autel. Plus tard, on les ramena en avant au milieu du chœur. Et, comme on ne les entendait pas, on décida, en 1521 ', de leur bâtir ce qu'on appela la légende. C'était une sorte de chaire fermée, couverte d'un tapis, accostée, croyons-nous, au jubé, et renfermant un lutrin; elle portait la date : 1539. Les enfants s'y rendaient avec l'éteig*neur qui leur donnait un bréviaire et une bougie (1567) 2. Mais plus tard, en 1664, les grands enfants de chœur furent chargés de mettre eux-mêmes le livre et la lumière 3.

Prime se chantait après Laudes, c'est-à-dire vers six ou sept heures, sauf au xvme siècle et surtout à partir de 1784, où cette partie de l'office fut fixée à neuf heures. Les enfants y récitaient le Martyrologe suivi du Nécrologe. Jusqu'en 1351 4, ils en faisaient une simple lecture, sans notes, derrière l'autel, entre les grilles de fer, où sans doute ils se chauffaient; mais à partir de cette époque, ils vinrent le chanter, avec notes, dans le chœur, même en hiver. Ils y manquèrent un jour, en 1705, parce qu'ils s'étaient levés tard, à huit heures, et le maître, interpellé, rejeta la faute sur le grand enfant de chœur, qu'il avait chargé d'y

■ G. 340. Br., L. p. 28.

:» G. 504, 17 déc.

aller. D'autres fois, ils y commirent de grosses fautes (1731), dont leur maître fut encore déclaré responsable. Ces fautes étaient pourtant bien excusables, car ils n'avaient à leur usage qu'un vieux Martyrologe manuscrit du xiv° siècle. On le possède encore à la Bibliothèque de Chartres, et il garde la trace des mains espiègles entre lesquelles il était. Plusieurs enfants y ont inscrit leur nom. Ils y ont noté la morrd'un de leurs condisciples, Longpie, originaire de Saint-Quentin, en 1569 !. Ils y décochèrent aussi quelques traits contre leur maître. A la fête des Saints Innocents, ils ajoutèrent ces mots: in qua octava magister pueroram chori car ère débet omni severitate. Ailleurs, ils inscrivirent cet obit d'un chanoine avare, qui ne leur avait rien légué : Obiit Umbertus... in quo nihil habemus. C'est derrière l'autel, où personne ne les voyait, qu'ils devaient maltraiter ainsi leur vieux Nécrologe. Il n'est pas étonnant qu'en 1586 et en 1675 on ait du l'envoyer au relieur 2.

Prime était suivie chaque jour de la messe De Beata. Les chanoines et quelquefois les heuriers; fatigués de Matines ou occupés à dire leurs messes, y assistaient peu : aussi était-elle chantée presque uniquement par les enfants. Les maîtres, en 1764, se plaignaient qu'ils y perdissent leur voix:i. Les chanoines, de leur côté, trouvaient qu'ils couraient trop vite (1762). Quelques semainiers même allaient jusqu'à leur ordonner de se taire ; ce que le

1 Bibl. mun., 1032, p. 202.

2 G. 418. f<> 21, 23 v. — G. 424, 8 mai. En 1784, Labalte relia le Graduel des enfants de chœur.

3 R. G., 18 août.

Chapitre n'approuvait pas davantage '. En vérité, après Matines, Laudes et Prime, ces enfants étaient bien excusables de se fatiguer ou de se hâter.

Ce n'était pas encore tout pour eux. Après la messe De Beata, suivaient la messe d'Obit presque quotidienne, et d'autres messes fondées à la Crypte ou ailleurs, où ils devaient encore chanter : c'était après ces offices seulement qu'ils pouvaient rentrer à la Maîtrise.

Ils revenaient ensuite vers neuf heures pour Tierce et la messe du jour. A Tierce, ils chantaient le petit verset; en 1707, le jour de l'Exaltation, l'enfant s'étant trompé, le maître s'excusa sur ce qu'il n'avait pas de bréviaire chartrain. Ils assistaient aussi à la messe, même les jours fériés, et ils y exécutaient tout avec les musiciens. Avec eux, ils allaient au jubé pour Y Alléluia et le Trait : ce qui donnait lieu à des conversations entre eux et les chanoines" qui s'y rendaient aussi, conversations qui furent plusieurs fois défendues (1736.) A Sexte, qui suivait la messe, ils étaient encore chargés particulièrement des versets. De même à None, à deux heures et demie. A la Pentecôte de 1755, ils y arrivèrent trop tard : ce qui valut encore une réprimande au maître de la part du Chapitre. Pourtant, en carême, quand Sexte, None et Vêpres se disaient tout de suite après la messe, ils se retiraient presque tous : un seul restait pour aller avertir les autres à la Maîtrise que les Vêpres commençaient.

Aux Vêpres et aux Complies, ils étaient responsables des versets et del'antiennedeiVtmcDMwiWis, qu'ils devaient savoir par cœur (1740.) Aux Salve Regina, ils mêlaient leur voix à

1 U.C., 1007/2, f. 197, an. 1359.

celle des chantres, tous les jours, et souvent, comme nous le verrons, ils étaient spécialement chargés de motets ou d'antiennes à la Sainte Vierge. C'est alors seulement que leur journée liturgique régulière était achevée.

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