II. — OFFICES DES GRANDES FÊTES
Telle était leur tâche ordinaire. Aux grandes fêtes elle se compliquait encore; car, au lieu de plain-chant, ils exécutaient de la musique avec symphonie, depuis les premières Vêpres jusqu'aux secondes. UExaudiat lui-même était alors en contrepoint mesuré. En 1751, les Commis, au nom du Chapitre, réprimandèrent le maître de psallette, pour n'avoir pas préparé la messe de l'octave de la Chandeleur. Mais, en général, nous avons déjà dit que le Chapitre dut plutôt modérer la fureur musicale qui régna du xvie au xviuc siècle, soit en exigeant et en réclamant plus de brièveté dans les morceaux (1700, 7 octobre, 1702, 20 novembre), soit en réduisant les messes en musique aux treize fêtes principales. Dans ces occasions, les enfants chantaient ou jouaient du serpent et du basson, de la contrebasse et du violon, selon la qualité de leur voix ou leur science des instruments.
Quelques fêtes leur apportaient encore un surcroît de besogne, dont le Directoire du xive siècle nous donne le détail.
Le dimanche des Rameaux, ils allaient avec tout le Chapitre en procession à l'abbaye de Saint-Cheron, où se chantait Tierce. A la fin de cette Petite Heure, ils enton-
naient l'antienne : Pueri Hebrœorum, puis le verset : De ore leonis; on lisait l'Evangile: Dum appropinquarei ', et on partait pour la Croix de Saint Barthélémy qui domine la cité. Tandis que l'évêque et la procession s'arrêtaient devant elle, le sous-chantre, les heuriers et les enfants de chœur en aube, la dépassaient et se rangeaient en face, le dos tourné à la ville. Gela fait, les enfants commençaient le Gloria, laus et honor, que l'évêque et le chœur opposé reprenaient. Ils continuaient la seconde strophe et les suivantes, et entre chacune le chœur opposé répétait : Gloria, laus et honor. Quand ce chant était fini, le souschantre avec les enfants entonnait l'antienne : Occurrunt, que Tévêque et sa suite redisaient encore, et aux mots: Filio Dei, les premiers faisaient une génuflexion, et les seconds en faisaient deux. Suivait l'antienne : Turbo, multa, reprise par l'un et l'autre chœur : l'évêque s'approchait de la Croix, faisait un sermon en plein air et l'on rentrait en ville au chant du répons: Ingrediente Domino. Cette procession à Saint-Gheron fut supprimée en 1784 : mais on en remplit les cérémonies chez les Cordeliers.
Le mercredi, le jeudi et le vendredi de la Semaine Sainte, les Ténèbres se terminaient ainsi. Après le Benedictus, deux chanoines, près de l'autel, chantaient trois fois, puis deux fois, puis une seule fois: Kyrie eleison, et à chaque coup, les enfants leur répondaient: Domine, miserere nobis. Les deux chanoines entonnaient ensuite : Factus est obediens usque ad mortem, et un enfant ajoutait seul : mortem crucis. Puis on priait, prosterné sur le pavé, jusqu'à ce que le Doyen eût donné le signal de se retirer, en frappant trois fois sa stalle.
Aux processions de Saint Marc et des Rogations, les enfants avaient fort à faire. Sous la direction du souschantre, deux d'entre eux, pendant tout le parcours en plein air, chantaient les litanies des Saints, auxquelles tout le chœur répondait. 11 n'est pas étonnant qu'après cette fatigue on ait pris la coutume, comme nous l'avons vu, de leur servir dans les églises où ils allaient, des rafraîchissements et des gâteaux.
A la procession de la fête de Saint Pierre, dans l'abbaye de ce nom, un enfant et un moine s'avançaient au milieu du chœur et chantaient ensemble V Alléluia et le répons : un chanoine chantait de même le verset avec un moine.
A la Commémoration des Trépassés, quand le prêtre avait achevé la dernière oraison, un enfant s'écriait à haute voix : Requiescant in pace, et le chœur répondait : Amen.
Aux Matines de la Toussaint, les enfants avaient le privilège de chanter tous le huitième répons, un cierge à la main, parce que c'est le répons des vierges. Cet usage délicat existait dans presque toutes les Cathédrales. A Rouen, ils portaient de plus leur amict blanc sur la tête, pour mieux représenter les célestes âmes, au nom desquelles ils louaient Dieu. Jacques de Templeuve, en 1415, s'inspirait de la même pensée, quand il laissait une somme, pour que le premier répons : Missus des Matines du mercredi desQuatre-Tempsd'Avent, auxquelles les enfants ne venaient pas jusqu'alors, fût chanté par deux d'entre eux. Ce répons est, en effet, consacré à la Reine des Vierges1.
' G. 1468, 15 janvier 1415.