IV. — LES ENFANTS DE CHŒUR THURIFÉRAIRES
Les enfants de chœur étaient aussi chargés d'encenser. Cette fonction leur incombait dès le xme siècle, témoin le vitrail qui nous représente le fils de Gaufridus, l'encensoir et la navette à la main. Elle leur fut réservée jusqu'à la Révolution. Les encensements furent très réduits en 1784, mais auparavant ils étaient fréquents, et ils exigeaient chez les thuriféraires de la force et de l'habileté. A plusieurs reprises, au xvnf siècle, le Chapitre se préoccupa de rechercher des enfants doués de ces deux qualités. A cette époque, les encensoirs avaient de longues chaînes et se jetaient très haut : de plus, aux grandes fêtes, il y avait deux thuriféraires. Il fallait donc avoir toujours, à la Maîtrise, deux enfants assez grands, assez forts, assez adroits, pour manier élégamment cet instrument, le lancer avec vigueur et le retirer avec grâce et dextérité. Aussi c'était presque toujours aux deux plus grands enfants qu'étaient confiés les encensoirs : et lorsqu'ils sortaient, on prenait, pour les remplacer, ceux qui
venaient après eux pour la taille et pour la force. S'ils sortaient tous deux à la fois, ou si l'on n'avait que des enfants petits et délicats, l'on était parfois très embarrassé. Dans ce cas, le Chapitre ne craignait pas d'enfreindre les règles accoutumées, et il prenait, uniquement en vue de cet office, des jeunes gens de seize ou de dix-sept ans. C'est ce qu'il fît en 1777, où il admit deux enfants de chœur de la Collégiale de Saint-André de Châteaudun, Chuatron, âgé de dix-sept ans, etTullot, de seize ans. En 1790, l'on fit rester Goblin à la Maîtrise, bien qu'il eût fini son temps, parce qu'on avait de la peine à trouver un thuriféraire. En 1754, on avait été obligé de confier provisoirement l'encensoir à un heurier matinier.
Il n'est pas étonnant que, vu les difficultés de cet emploi, l'on s'y préparât par des exercices particuliers. Il y avait, en effet, à la Maîtrise, un encensoir destiné aux répétitions. On s'en servit trop en 1760, car il fut cassé; mais on en fît faire un autre en cuivre.
Les thuriféraires ne devaient pas mettre eux-mêmes le charbon dans leur encensoir; mais on constata souvent qu'ils oubliaient cette défense (1749). Ilsle prenaient derrière l'autel. Il y avait là un simple réchaud en été, et en hiver ce qu'on appelait le charriot de feu , sorte de grand brasier roulant que, d'après une convention de 1528', l'évêque devait entretenir de charbon pour les deux tiers et le chevecier pour le reste. Les enfants de chœur et les autres assistants avaient le droit de venir s'y chauffer pendant les offices u. il est même probable que dans la saison des
* G. 433, 28 octobre.
froids les enfants restaient près de lui pendant Matines, puisqu'ils chantaient le Martyrologe derrière l'autel. Naturellement, c'était l'occasion et le sièg*e de causeries. Et pour éviter ces confabulations, comme on disait alors, le Chapitre décida plusieurs fois, par exemple en 1765, de transporter le charriot à la sacristie. Mais il s'aperçut bien vite qu'il s'était trompé ; et, en 1779, il le fît remettre à son ancienne place.
Les principaux encensements se faisaient à l'Offertoire et à l'Elévation. A l'Offertoire, dès 1561 2, quand c'était fête solennelle, un ou deux enfants allaient dans les stalles, et offraient l'encens à chaque chanoine à la suite sans en passer aucun (1723); de son côté, chaque chanoine était tenu de se lever. Il arrivait que ces enfants se trouvaient encore dans les stalles quand le Sanctus sonnait et qu'ils restaient debout parmi ces Messieurs à genoux. C'était disgracieux : et, en 1728, on régla qu'ils rapporteraient l'encensoir au diacre au commencement de la Préface.
Le thuriféraire encensait lui-même le Saint-Sacrement à l'Elévation. Aux Vêpres, il accompagnait le célébrant dans ses encensements, et il lui était bien recommandé de se placer par derrière pour retenir sa chape et la manche de son surplis (1667). Aux processions, il marchait en avant, et lorsqu'on arrivait dans une église, il allait renouveler son feu derrière l'autel (1667). On le retrouvait aux autres cérémonies où l'encens était nécessaire. Deux enfants tenaient les encensoirs à la bénédiction des cloches qui eut lieu en 1724.
« Bibl. mun. 1016, Br., 0. f. 79 (1531.) — G. 340. Est. f. 80 (1672.) s G. 297, f. 63 v.